Culture

Plaidoyer pour la création d’une Secrétairerie d’État aux droits linguistiques en Haïti

L’épineuse « question linguistique haïtienne » -étudiée par Pradel Pompilus entre autres dans sa thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne en 1961, « La langue française en Haïti »-, fait régulièrement la « Une » dans les médias, au pays comme en outre-mer. De différentes manières, elle est mise en débat tant par de simples citoyens que par des enseignants et des linguistes. De plus en plus nombreux sont ceux qui s’efforcent de mieux comprendre cette complexe problématique linguistique et des linguistes s’efforcent de la dénouer à la lumière des sciences du langage. Pour notre part, nous avons une nouvelle fois contribué à cet éclairage par la publication, le 7 février 2017, du texte « Les grands chantiers de l’aménagement linguistique d’Haïti (2017 – 2021)[1] » qui expose à la fois une claire vision de l’aménagement concomitant de nos deux langues officielles et l’impératif de la formulation/mise en œuvre de la première politique linguistique nationale de l’État haïtien qui saura instituer pareil aménagement.

Deux articles parus récemment en Haïti et en outre-mer ont retenu l’attention des enseignants, des linguistes, des didacticiens et de nombre de personnes qui s’intéressent aux défis actuels du système d’éducation nationale et à la question des droits linguistiques au pays.

Le premier, consigné à Port-au-Prince dans Le Nouvelliste du 4 avril 2017, s’intitule « La difficile feuille de route du ministre de l’Éducation nationale ». L’auteur de ce texte, Robenson Geffrard,  précise que le nouveau ministre de l’Éducation nationale, l’enseignant de carrière Josué Agénor Cadet, a hérité « d’un système éducatif en crise » et qu’il « (…) devra concrétiser les 26 points de sa feuille de route ». Parmi ces points on a noté que Josué Agénor Cadet aura à « développer un réel partenariat avec l’Akademi kreyòl ayisyen (AKA) et la Faculté de linguistique appliquée, en vue d’aborder la problématique de la langue d’enseignement dans le pays ». Il devra également « Entreprendre des politiques d’aménagement éducatif et linguistique, en vue de parvenir à un bilinguisme créole/français équilibré, et de promouvoir le multilinguisme dans le pays ».

Le second, paru en Martinique le 6 avril 2017 sur le site Montray kreyòl, a pour titre « L’illettrisme en Haïti : un mal qui renforce l’analphabétisme et qui est pris en patience ». Son auteur, le linguiste Renauld Govain, est le doyen de Faculté de linguistique appliquée de Université d’État d’Haïti. Il est l’auteur de plusieurs articles scientifiques scrutant une réalité historique souvent oblitérée par certains prédicateurs créolistes, le patrimoine linguistique haïtien bilingue créole-français. On (re)lira avec profit « La situation de l’enseignement du français à l’Université d’État d’Haïti », par Govain R. et Mimy H. (2006), ainsi que « L’état des lieux du créole dans les établissements scolaires en Haïti », par Renauld Govain (2014), études que nous avons analysées en décembre 2014 dans l’article « Le droit à la langue maternelle : retour sur les langues d’enseignement en Haïti ».

Dans l’optique du futur aménagement concomitant des deux langues officielles d’Haïti, le créole et le français, plusieurs volets de ces deux articles interpellent un prolongement de la réflexion qui doit en amont s’enraciner dans les sciences du langage, dans la jurilinguistique, et ainsi accompagner des actions éclairées et durables.

L’article de Robenson Geffrard expose avec objectivité les chantiers sectoriels qui ont rendez-vous avec l’Éducation nationale. À l’aune des défis qu’aura à relever Josué Agénor Cadet, il faut savoir qu’en 2017 il ne s’agit pas de réécrire l’histoire d’Haïti de 1804 à nos jours… comme s’il fallait, pour la première fois, « (…) aborder la problématique de la langue d’enseignement dans le pays ». Cette problématique a été amplement diagnostiquée par nombre d’experts, entre autres par le GTEF (Groupe de travail sur l’éducation et la formation) dans le document intitulé « Façonnons l’avenir » de mars 2009 (voir « Les 33 recommandations du GTEF » et son rapport synthèse « Pour un pacte national pour l’éducation en Haïti » d’août 2010). Celui-ci traite de la problématique de « L’enseignement des langues (p. 148); il précise l’objectif d’ « apprendre dans sa langue maternelle et [de] maitriser les deux langues officielles du pays (p. 173). Il précise également que « la demande est (…) que l’École fondamentale habilite l’enfant, dès la fin de la scolarité obligatoire, à être fonctionnel dans les deux langues officielles du pays ». L’impératif de l’apprentissage des savoirs et des connaissances dans la langue maternelle de l’enfant, exposé par l’UNESCO il y a plus de cinquante ans, est soutenu par les linguistes et les didacticiens ainsi que par de nombreux enseignants haïtiens alors même qu’il fait encore l’objet, en Haïti, de multiples préjugés, de clichés réducteurs et d’approximations délirantes relevant la plupart du temps de l’ignorance, de l’incompréhension et de la cécité idéologique. La généralisation obligatoire de la scolarisation dans la langue maternelle de la majorité des apprenants, le créole, n’est toujours pas placée au coeur de la refondation de l’École haïtienne réclamée depuis fort longtemps et en particulier à la suite du séisme de 2010 qui a lourdement affecté les infrastructures scolaires et le personnel enseignant.

Le ministère de l’Éducation nationale est préoccupé depuis nombre d’années par « (…) la problématique de la langue d’enseignement dans le pays ». Il a fait paraître en 2000 un document de qualité, « L’aménagement linguistique en salle de classe – Rapport de recherche » (éditions Ateliers de Grafopub, 272 pages) document peu connu et devenu rare. Aucun texte accessible du ministère de l’Éducation nationale ne consigne une quelconque suite opérationnelle qui aurait été donnée depuis 17 ans aux recommandations de cet important rapport de recherche…

Quant à lui, l’article de Renauld Govain ratisse large et expose avec acuité le dispositif de l’illétrisme/analphabétisme, « deux freins au développement » du pays. Le diagnostic qu’il pose peut paraître sévère mais il est juste et bien argumenté. Il définit avec rigueur les deux phénomènes dans leurs sphères autonomes comme dans leurs rapports transversaux, et il démontre que « L’analphabétisme et l’illettrisme massifs en Haïti constituent un frein au développement et restreignent les droits des citoyens », d’autant plus que « L’illettrisme dont il est ici question concerne à la fois le créole —la langue première de 100% des Haïtiens– et le français, la principale langue de scolarisation ». Renauld Govain est l’auteur de « Dix nouvelles années d’alphabétisation en Haïti : quel bilan tirer ? » paru en septembre 2005 dans Le Nouvelliste. Bien au fait de l’échec des trente dernières années en alphabétisation, il pose sans complaisance que les « campagnes d’alphabétisation constituent une machine à fabriquer des illettrés », en particulier lorsqu’elles sont dévoyées par un pouvoir d’État populiste et démagogique comme c’était le cas durant les présidences de Préval et d’Aristide. L’analyse de Renauld Govain est conforme à l’observation objective de la réalité lorsqu’elle expose que « L’école haïtienne est aussi un lieu de fertilité pour l’illettrisme. Ainsi, l’illettrisme haïtien est le résultat de la qualité de l’enseignement/apprentissage des deux langues à l’école, y inclus les expériences d’alphabétisation. »

Renauld Govain propose –avec clairvoyance, hauteur de vue et à contre courant du « tout en créole tout de suite » prôné par le linguiste Yves Dejean[2] et l’inaudible Académie créole–, d’« Introduire le français dans le processus d’alphabétisation ». Il assume que « Les observations sans passion sont –et cela a toujours été le cas– favorables à l’introduction du français dans les campagnes d’alphabétisation. Cela s’inscrit dans le cadre d’une démarche de justice sociale, le pays possédant deux langues officielles. L’école haïtienne prône, à partir de la réforme éducative de 1979, un bilinguisme équilibré et la connaissance du français offre des avantages sociaux que celle du créole uniquement ne donne pas. » Cette exigeante manière de poser l’obligation de « l’équité des droits linguistiques » dans le système éducatif haïtien est aujourd’hui portée par les linguistes se réclamant, en Haïti et en outre-mer, du courant des « droits linguistiques » à instituer au pays. Elle démystifie le catéchisme fondamentaliste d’Yves Dejean qui, pour contrer « l’exaltation de l’idole française », a longtemps prêché que « Fransé sé danjé » (revue Sèl, 1975, New York, no 23 – 24, p. 32 – 39).

Les deux articles, « La difficile feuille de route du ministre de l’Éducation nationale » et «  L’illettrisme en Haïti : un mal qui renforce l’analphabétisme et qui est pris en patience », à l’instar des nombreux diagnostics du système éducatif haïtien des trente dernières années, renvoient à une question centrale à laquelle le ministère de l’Éducation nationale devra impérativement répondre : en conformité avec les sciences du langage, quelle est aujourd’hui la vision la plus rassembleuse, la plus juste de l’aménagement des deux langues officielles d’Haïti dans le système national d’éducation ? Faut-il intervenir dans ce système uniquement sur le créole ou au cas par cas, de manière politicienne, pour y injecter des « programmes » oblitérant les droits linguistiques de tous les Haïtiens et dénués d’une vision d’ensemble?

 S‘agit-il d’encombrer le système éducatif haïtien de « mesures cosmétiques » ou de propagande « poudre aux yeux » comme les « 36 actions opérationnelles » ou les « Douze mesures majeures pour améliorer la qualité de l’éducation et la gouvernance du système éducatif » ? Ces « mesures  majeures », incantatoires et cosmétiques, annoncées le 8 août 2014 par Nesmy Manigat, ministre Tèt kale de l’Éducation nationale, se sont révélées  improductives malgré le cocorico promotionnel tardif du sociologue Fritz Dorviller dans un article du Nouvelliste, « Sur la pertinence de la gouvernance éducative de Nesmy Manigat »… (À propos de cette « gouvernance éducative », voir notre bilan critique « L’exil programmé de la langue créole dans le système éducatif haïtien[3] »). Faut-il en 2017 recycler ce type de « mesures majeures », des « arrêtés présidentiels » borgnes et invariablement décoratifs, qui confortent la confusion théorique et le défaut originel de vision, du type « Pwotokòl akò ant Ministè Edikasyon nasyonal ak fòmasyon pwofesyonèl (Menfp) ak Akademi kreyòl ayisyen (Aka) » daté du 8 juillet 2015 ? (Sur ce protocole d’accord, voir notre analyse « Du défaut originel de vision à l’Académie du créole haïtien et au ministère de l’Éducation nationale[4] ».) 

À l’inverse faut-il aujourd’hui plaider, rigoureusement, pour l’institution d’une dynamique rassembleuse devant déboucher sur la création de la première Secrétairerie d’État aux droits linguistiques en Haïti  dotée d’un réel pouvoir exécutif et qui devra, sous la tutelle administrative du ministère de l’Éducation nationale, mettre en oeuvre et garantir l’effectivité de la future politique linguistique de l’État haïtien et de la législation linguistique qui en découlera ?

Quel est donc le lien entre « La difficile feuille de route du ministre de l’Éducation nationale » Josué Agénor Cadet, « L’illettrisme en Haïti : un mal qui renforce l’analphabétisme et qui est pris en patience » et le présent plaidoyer pour la création de la première Secrétairerie d’État aux droits linguistiques d’Haïti ?

Pour répondre adéquatement à cette question, il faut prendre la mesure d’une réalité dont le dispositif sociologique est amplement attesté : dans le système éducatif haïtien, nous sommes en présence d’une culture du statu quo et du bricolage systémique qui étale constamment les paradoxes d’un « nationalisme » identitaire aussi bavard qu’improductif… Ainsi, cultiver le statu quo signifie laisser perdurer les lourdes déficiences d’un système éducatif sous qualifié et incapable de répondre aux impératifs connus de la demande scolaire dont la configuration démographique et sociale a amplement été modifiée depuis la défaite de la dictature des Duvalier en 1986. Cultiver le statu quo signifie également s’opposer de facto à la « parité statutaire » entre les deux langues officielles du pays et à l’établissement de « l’équité des droits linguistiques » dans le système éducatif haïtien.

Du milieu des années 1970 à la défaite de la dictature des Duvalier en 1986, puis de 1986 à nos jours, la configuration démographique et sociale du système éducatif haïtien s’est en effet considérablement modifiée. La majorité des élèves est de langue maternelle créole dans un pays amputé, au cours des années 1960-1970, de plusieurs centaines d’enseignants bilingues français-créole obligés de s’exiler pour échapper au terrorisme d’État de la dictature duvaliériste. Selon l’Unicef, « Le système éducatif haïtien accueille 2 691 759 élèves dans 15 682 écoles. Alors que le secteur public reçoit 20% des élèves (538 963) dans 9% des écoles (1 420 écoles publiques), le secteur non public accueille 80% des élèves (2 152 796) dans 91% des écoles (14 262 écoles non publiques) » (Unicef : « L’éducation fondamentale pour tous »).  

Le lien entre la feuille de route du nouveau ministre de l’Éducation nationale Josué Agénor Cadet, l’illétrisme en Haïti et le présent plaidoyer consiste en la capacité d’Haïti à élaborer et à mettre en oeuvre –DANS LE CADRE DE L’ÉTABLISSEMENT D’UN ÉTAT DE DROIT–, une politique linguistique d’État ainsi que la législation linguistique contraignante qui en découlera.

En clair, il s’agit de rompre avec la culture du statu quo et du bricolage programmatique dans le système éducatif haïtien. Il s’agit de refonder ce système : avec qui, dans quel but et, surtout, selon quelle vision. Les enseignants haïtiens en témoignent avec constance : l’expérience de terrain et l’observation objective de la réalité nous enseignent que pour rompre avec la culture du statu quo et du bricolage programmatique et refonder le système d’éducation nationale il faut une claire et forte volonté politique et, dans sa centralité, une vision nouvelle de la problématique linguistique au pays qui s’articule autour de la notion essentielle des « droits linguistiques[5] ».

Cette vision nouvelle ainsi que la configuration des droits linguistiques au pays figurent dans le livre de référence « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions[6] » ; elles sont rigoureusement conformes à la Déclaration universelle des droits linguistiques de 1996. Partant du principe que les droits linguistiques sont à la fois individuels et collectifs, qu’ils constituent des droits personnels inaliénables, nous les avons identifiés au titre des droits humains fondamentaux. Cette neuve manière de problématiser la question linguistique haïtienne, à contre-courant de l’approche militantiste et de l’enfermement identitaire, permet de circonscrire l’aménagement des deux langues officielles du pays sur le terrain des droits citoyens et des obligations de l’État car l’aménagement linguistique est en amont une question politique, une intervention planifiée de l’État dans le domaine linguistique (Jacques Maurais (dir.) « Politique et aménagement linguistiques », Québec/Paris, Conseil de la langue française/Le Robert, 1987). Les notions qui sont au fondement de cette vision sont celles de « patrimoine linguistique bilingue », de « droits linguistiques », de « droit à la langue », de « droit à la langue maternelle » créole, « d’équité des droits linguistiques », de « parité statutaire entre les deux langues officielles », de « didactique convergente créole-français », de « politique linguistique d’État » et de « législation linguistique contraignante » : elles doivent régir toute entreprise d’État d’aménagement des deux langues officielles d’Haïti, en particulier dans le système d’éducation nationale.

C’est donc au creux de cette vision nouvelle que doit se situer la refondation de l’École haïtienne (voir là-dessus notre analyse « L’école en créole, en français, dans les deux langues ? État de la question et perspectives[7] »). C’est cette vision qui devrait rigoureusement éclairer la feuille de route du nouveau ministre de l’Éducation nationale et contribuer à durablement éradiquer les ravages de l’illétrisme analysé avec hauteur par le linguiste Renauld Govain dans « L’illettrisme en Haïti : un mal qui renforce l’analphabétisme et qui est pris en patience ». 

Rompre avec la culture du statu quo et du bricolage programmatique dans le système éducatif haïtien consistera, en toute rigueur, à centraliser toutes les interventions linguistiques de l’État haïtien en conformité avec la future politique linguistique de l’État et avec la législation linguistique contraignante qui en découlera. La centralisation de toutes les interventions linguistiques de l’État haïtien devra être confiée sous mandat exécutif à la future Secrétairerie d’État aux droits linguistiques.

Nous plaidons que cette future Secrétairerie d’État aux droits linguistiques soit fondée À L’INITIATIVE DES ORGANISATIONS HAÏTIENNES DES DROITS HUMAINS et dans la concertation avec plusieurs institutions haïtiennes, notamment la Faculté de linguistique appliquée et la Faculté de droit de l’Université d’État d’Haïti, les associations d’enseignants, etc. Sa création devra cependant émaner de l’Exécutif qui en soumettra le projet au Parlement haïtien en vue de sa ratification. En conformité avec les articles 5 et 40 de la Constitution de 1987, la future Secrétairerie d’État aux droits linguistiques, INSTANCE DOTÉE D’UN RÉEL POUVOIR EXECUTIF ET RÉGLEMENTAIRE D’AMÉNAGEMENT DES DEUX LANGUES OFFICIELLES DU PAYS, devra disposer d’un mandat explicite et sa mission consistera à veiller à l’application et à garantir l’effectivité de la première politique linguistique de l’État haïtien et de la première législation linguistique contraignante qui sera adoptée par le Parlement. Placée sous la tutelle administrative du ministère de l’Éducation nationale et porte-parole de l’État et interlocuteur exclusif de toutes les institutions du pays dans son champ de compétence, elle aura la responsabilité de la coordination interinstitutionnelle, de la concertation, de la promotion et de la mise en oeuvre de la politique linguistique de l’État haïtien. Responsable de  la cohérence des interventions gouvernementales en matière linguistique, elle devra également conseiller le ministère de tutelle coresponsable de l’application de la future loi d’aménagement linguistique d’Haïti sur toute question relative à la politique linguistique de l’État.    

Travailler à mettre sur pied la future Secrétairerie d’État aux droits linguistiques revient dès maintenant à INSTITUER UNE DYNAMIQUE qui, entre autres, permettra de contribuer à

1.     formuler les orientations générales de la politique d’aménagement linguistique de la République d’Haïti dans l’Administration publique et dans le système éducatif ;

2.     définir le cadre législatif de l’aménagement des deux langues officielles du pays et circonscrire le cadre institutionnel de l’aménagement linguistique en Haïti.

3.     définir les droits linguistiques de tous les Haïtiens ainsi que les obligations de l’État en matière de droits linguistiques, notamment en ce qui a trait au droit à la langue maternelle créole et à son emploi obligatoire dans la totalité du système d’éducation nationale.

À contre-courant de l’aventure désastreuse du PSUGO –rigoureusement analysée par Charles Tardieu dans Le National et sur le site www.berrouet-oriol.com, « Le Psugo, une des plus grandes arnaques de l’histoire de l’éducation en Haïti[8] »–, et loin des pseudo « Douze mesures majeures pour améliorer la qualité de l’éducation et la gouvernance du système éducatif », « mesures » incantatoires et cosmétiques de Nesmy Manigat, ex-ministre Tèt kale de l’Éducation nationale, les défis à relever par l’actuel titulaire de ce secteur de premier plan pour l’avenir du pays doivent impérativement trouver leur résolution dans une dynamique rassembleuse : élaboration, adoption et application de la politique linguistique de l’État et de sa législation linguistique contraignante légitimant la création de la Secrétairerie d’État aux droits linguistiques.

Il serait illusoire de croire que l’adoption d’un énoncé de politique linguistique nationale assorti d’une loi d’aménagement concomitant des deux langues officielles d’Haïti, le créole et le français, pourrait résoudre comme par magie les séculaires blocages linguistiques du pays. C’est bien parce que nous sommes conscients des pièges potentiels d’une approche étroitement « légaliste » de l’aménagement linguistique au pays que notre vision s’articule autour de la notion, essentielle, de « droits linguistiques » situés dans l’ensemble des droits humains fondamentaux et dans le cadre de la construction d’un État de droit post-duvaliériste. En clair, il s’agit d’imputabiliser une dynamique institutionnelle par l’instauration de mécanismes (légaux et administratifs) de contrôle d’efficience relevant à la fois du Parlement haïtien et des organisations des droits humains au pays. Dans cette optique, la Secrétairerie d’État aux droits linguistiques devra statutairement rendre compte de son action par-devant le Parlement haïtien et dans la concertation avec les organisations haïtiennes des droits humains.

À l’échelle du pays tout entier, Haïti ne dispose toujours pas d’une politique linguistique nationale d’État ni d’une institution vouée à l’aménagement de nos deux langues officielles et dotée d’un pouvoir exécutif contraignant. Il s’agit là d’une profonde lacune qui alimente les errements du pays en matière linguistique et en particulier dans le champ éducatif. En 2017, l’aménagement concomitant des deux langues officielles d’Haïti est un défi majeur à relever au creux des urgences nationales.

 

Par Robert Berrouët-Oriol

Montréal, le 20 avril 2017

 

 

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