Société

Pétition à l’attention de Nicolas Hulot contre le massacre injustifié des requins à la Réunion

Monsieur Nicolas Hulot, la France doit stopper le massacre injustifié des requins à la Réunion et enquêter sur les irrégularités qui l’ont rendu possible.

 

Monsieur Nicolas Hulot, Ministre de la transition écologique.

Nous connaissons votre souci de protection de l’humain, votre amour de la vie sauvage, ainsi que votre sens de l’État.

Nous vous demandons donc de suspendre la pêche des requins dite « à visée de protection », qui a été engagée par la France à la Réunion sans les obligatoires études d’impact, et sans consultation du public.

Nous vous demandons aussi de faire évaluer par un organisme scientifique indépendant l’opportunité, l’efficacité et l’impact des programmes en cours: « Caprequins », « Post-attaque », et « Valorequins » qui consistent juste à tuer des requins sans pouvoir justifier d’un effet quelconque de protection, ou de réelles perspectives de « valorisation ».

On ne peut prétendre réguler une espèce dont on ne connait ni la population autour de la Réunion, ni la circulation dans l’Océan Indien. On ne peut non plus mener une « régulation » sans en avoir estimé l’impact écologique. Par ailleurs, la seule fois où les Réunionnais ont pu s’exprimer sur ce sujet, ils ont rejeté la pêche des requins dans la réserve à 81%.

Nous vous demandons aussi de diligenter une enquête sur les conditions légales, financières, scientifiques dans lesquelles les programmes de pêche au requin, à visée dite « de protection », ont pu être menés, et la mise en danger qui a pu en découler.

Le Comité régional des pêches (CRPEM) a porté l’intégralité des projets « Cap requins », sans aucun contrôle ni partage, et sans avoir la compétence juridique ou scientifique de porter un projet à visée de « protection ». Il en menait, d’après documents consultés :

  • La conception.
  • La gestion administrative et financière.
  • Le pilotage de la phase préparatoire.
  • Les commandes de matériel.
  • les appels à candidatures des prestataires.
  • L’évaluation et la contribution au suivi scientifique des opérations.
  • Le rendu opérationnel et scientifique aux financeurs du programme.

Le tout dans le cadre d’un protocole établi par lui même, et en l’absence d’observateur indépendant.

En résumé le CRPEM était juge, parti, et bénéficiaire financier des programmes de »protection » qu’il concevait, sans avoir la compétence de les mener, en l’absence de tout contrôle et sans observateur.

Il ne peut donc être accordé aucun sérieux à ses conclusions malgré le coût énorme des « programmes » portés par le CRPEM. Après vérification, le rendu pseudo « scientifique » qu’il a fourni s’est avéré fantaisiste jusque dans les calculs statistiques. C’est pourtant sur la base de ces « rendus scientifiques » qu’a été lancée par la France, la politique de pêche des requins à la Réunion.

Sur la seule appréciation du CRPEM, des appâts ont été installés près des plages fréquentées. Les scientifiques avaient pourtant souligné la dangerosité de cette pratique: Les appâts sont susceptible d’attirer des requins vers les baigneurs et d’aggraver un risque déjà présent. Des accidents mortels se sont produits, sans être suivis d’une quelconque remise en question ou réévaluation.

Les prises accessoires déclarées officiellement, représentent au minimum deux fois les prises de requins bouledogues et tigres. Leur nombre officiel semble de plus minoré en l’absence d’observateur embarqué. De nombreuses prises accessoires sont des espèces menacées, comme le requin blanc, ou les requins marteaux qui ne survivent pas à la capture. Aucune étude n’est faite sur leur survie réelle et les pêcheurs ont été autorisés à conserver des prises accessoires commercialisables.

Nous vous demandons aussi de faire cesser les pêches officielles dites « post attaque ». Ces pêches post attaque ne sont que des opérations de représailles systématiques. Elles n’ont aucune explication rationnelle ou justification. Elles suivent pendant 72 heures, tout incident, y compris matériel, impliquant un requin et un surfer, même si celui ci n’a pas respecté les interdictions en cours.

Par ailleurs, le CRPEM et les programmes de pêche au requin « à visée de protection », semblent avoir été financés par l’État en dehors du cadre légal qui s’impose pour une mission de cette nature, et sans réel contrôle.

Ces programmes sont présentés tour à tour par la préfecture comme relevant de la mission régalienne de l’État, d’une mission de service public et du contraire quand est abordé la légalité de leur financement et des procédures suivies. La prétendue recherche de »valorisation » n’a semble t’il d’autres utilité que ce tour de passe-passe budgétaire et l’attribution au CRPEM d’une mission ne relevant pas de sa compétence . Tout ceci dans la plus grande opacité puisque, malgré l’avis de la CADA, la préfecture a le plus souvent refusé de communiquer les documents demandés. Il semble aussi que l’utilisation des fonds alloués pour ces programmes pose question, selon l’audit demandé par la nouvelle équipe dirigeante du CRPEM.

La philosophie « de protection » qui consiste à tuer des requins remonte à plus de 70 ans, aux années de l’après-guerre où tuer des animaux n’avait guère d’importance. Ces dernières années, prés de 300 requins tigres et bouledogues ont été massacrés sur quelques kilomètres, sans autre résultat qu’une augmentation du nombre des accidents et des observations de requins, probablement attirés par les appâts.

Tuer des requins au motif de sécurisation a prouvé son inefficacité et va à rebours de l’évolution des mentalités et de la conscience écologique. Tous les pays qui ont tué des requins dans ce but, à l’exception du seul Queensland, y ont renoncé ou cherchent maintenant des méthodes qui protègent les gens sans tuer les requins : Hawaï, le Brésil, Hong Kong, ont jugé la méthode inefficace après l’avoir pratiquée et y ont renoncé. L’Australie Occidentale, qui a récemment expérimenté la pêche au requin, l’a jugée inefficace pour la sécurité, et dangereuse pour la biodiversité. L’Afrique du Sud, qui a hérité d’un programme de pêche, en conserve juste l’apparence, pour des raisons politiques. Depuis 1989, tous les requins de toutes espèces pris vivants, sont relâchés. La pêche est même interrompue lorsque qu’il y a le plus de requins, lors du sardine-run, sans constater d’impact sur la sécurité des personnes. Le New South Wales commence à utiliser un système d’alerte, ironiquement mis au point à La Réunion pour, non plus tuer, mais relâcher systématiquement tous les requins. Ils sont alors équipés d’une balise de détection.

De nos jours, seule la France à La Réunion, avec 70 ans de retard, prétend régler le problème de sécurité en tuant des requins. Cette pêche a été autorisée par le préfet jusque dans la réserve marine protégée, au risque de compromettre les efforts de reconstruction des écosystèmes fragiles des récifs coralliens, ce qui a été sanctionné à plusieurs reprises par le tribunal administratif.

A La Réunion, aucun humain n’a l’obligation de s’exposer au risque requin. Cette prise de risque est toujours volontaire, dans le cadre d’une activité de loisir, le plus souvent en infraction. Le massacre des requins à La Réunion ne peut donc se justifier par aucune situation d’urgence puisque il suffit de ne pas s’exposer au risque pour éviter l’accident.

Un animal sauvage, aussi écologiquement important que le requin, dont le seul tort est de vivre dans son milieu ne doit pas être sacrifié parce qu’une minorité activiste de surfers l’exige.

Vous avez la responsabilité, Monsieur Nicolas Hulot, de rendre sa dignité à la France en arrêtant le massacre injustifié des requins à La Réunion. Vous avez aussi la responsabilité de lancer un travail collectif auquel tous soient enfin associés, pour co-consruire les conditions d’une cohabitation avec le requin, lorsque nous empiétons, pour un loisir, sur son propre milieu.

Associations co-signataires :

      et Requin intégration et Vagues.

 

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