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NOUS SOMMES TOUS DES MARTINIQUAIS ET DES HAITIENS

François Duvalier était-il issu d’une famille originaire de la Martinique* ou de la Guadeloupe ?

Nous avons toujours en tête les images de la profanation du tombeau du dictateur le 8 février 1986, quand la foule s’en prend au mausolée de Papa Doc qui sera détruit à coups de pierres et à mains nues; le cercueil est sorti ; la foule danse dessus puis le met en morceaux ; elle s’empare du corps pour le battre rituellement, joue avec ses lunettes, et chante : « Les Tontons Macoutes, ils mangent du caca ». (Archives de l’INA).

Alors, martiniquais ou guadeloupéen ? Nous ne cessons de le répéter, et  si ce n’était pas là l’essentiel ?

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Un internaute précise qu’on notait en Haïti, une préférence pour le qualificatif martiniquais qui désignait souvent tous les originaires des Antilles Françaises. Au 19 ème siècle, de nombreux antillais se sont installés en Haïti, surtout à l’époque de la construction du câble reliant le Môle Saint-Nicolas à la ville de Saint-Pierre. Une deuxième vague est arrivée après la catastrophe de Saint-Pierre.

Haïti, de par son histoire, a toujours été ouverte à toutes les influences.

Sa révolution est à ce titre exemplaire. François Boukman était originaire de la Jamaïque, Henry Christophe de la Grenade, Deka celui qui célébra la première cérémonie vaudou était mandingue, tout comme François Mackandal le célèbre marron empoisonneur ; on pourrait continuer avec ce cacique venant de Cuba qui a eu un rôle éminent, et bien d’autres encore nés à l’extérieur d’Haïti.

La première constitution d’Haïti accordait la nationalité haïtienne à toute personne qui touchait le territoire et en faisait la demande.

Cette révolution était «impensable» pour reprendre le mot de l’anthropologue Michel-Ralph Trouillot, en raison de sa radicalité face à la pensée dominante de l’époque. Elle a dépassé les révolutions française et américaine en étendant le concept de droits humains à l’ensemble de l’humanité, sans distinction de race ou de sexe.  La Révolution française avait ainsi rédigé le premier article de la Déclaration des Droits de l’Homme. « Les hommes naissent libres et égaux en droits ».

La Révolution haïtienne ajoutera l’adverbe Tous. « Tous les êtres humains ».

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Les « nanchon-vodoun » sont définis comme des ensembles rituels répertoriés en Haïti dont les attributs sont nettement caractérisés ainsi que les divinités, les rythmes de tambour, ainsi que les chants et danses (Groupe d’études et de recherches en espace créolophone, mars 2003- Rachel Beauvoir-Dominique) On en dénombrerait plus d’une centaine.

Dans ces rituels, il existe des rythmes appelés Matnik-Djouba ! (au même titre que les congo, rada, danhome, manding… ). Le mot djouba signifie révérence en langue Vodou, et l’une de ses danses est similaire au quadrille.

Sa possible aire de développement serait le Kanem-Bornou,  ancien royaume africain situé autour du Lac Tchad. 

Nous sommes donc tous des martiniquais et nous sommes tous des haïtiens. Pour le meilleur et pour le pire.

Car si nous pouvons nous déployer jusqu’à l’universel, nous pouvons tout autant faire surgir les pires dérives.

Nous aurons des «  Baron Samedi », personnage maléfique du vaudou auprès duquel François Duvalier a délibérément modelé son image. Il mettait souvent des lunettes de soleil, et parlait avec un fort ton nasal associé aux Loa ( divinités du panthéon vaudou). 

L'acteur Geoffrey Holder jouant le Baron Samedi dans un James Bond @Terry O'Neill/Hulton

L’acteur Geoffrey Holder jouant le Baron Samedi dans un James Bond @Terry O’Neill/Hulton

Ils utiliseront délibérément une stratégie pro-négritude, et n’hésiteront pas à se proclamer tiers-mondistes pour asseoir leur dictature sanguinaire. Ils réclameront même une Eglise Noire tout en assassinant et en violant. Duvalier avait réussi à faire en sorte que les évêques haïtiens ne soient plus nommés par le Vatican.

Comble de cynisme, ils proclameront qu’ils voudront être jugés « Face au peuple et à l’histoire » ( 1961 )

Ils rendront de manière honteuse « Hommage au martyr de la non violence, le révérend Martin Luther King » ( 1968 ) tout comme ils rendront un «  Hommage au Marron inconnu » ( 1969 ) tout aussi révoltant. Ces ouvrages de Duvalier sont parus aux Presses Nationales d’Haïti. Ce seront de vrais révolutionnaires, des patriotes convaincus. 

« Il n’y a pas de preuve par l’horrible », écrivait Jean Rostand. Il ajoutait : « On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un Dieu ».

Comme Hannah Arendt lorsqu’elle parlait d’Eichman, Chapoutot a assuré qu’il ne faut pas faire des criminels nazis des étrangers à notre humanité. Les nazis furent des êtres humains qui ne considéraient pas leurs actes comme des crimes, comme des actes monstrueux, mais comme un devoir nécessaire, historique et glorieux.

Plus que jamais, alors que nous sommes sur le point de franchir une nouvelle année, nous savons que l’utopie n’existe pas sur cette terre. La vigilance doit être de mise face aux discours et aux attitudes de toutes sortes.

Nous sommes tous des Toussaint Louverture et des Aimé Césaire.

* Sauveur Pierre Etienne, « Haiti, Misère de la Démocratie » L’Harmattan, 1999, p.70 

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Théo LESCRUTATEUR

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2 Comments

  1. Victor ALAMKAN
    janvier 2, 2017 at 15:58 — Répondre

    Arrangez vos affaires…………………………..

  2. ALAMKAN
    janvier 3, 2017 at 15:36 — Répondre

    « de nombreux antillais se sont installés en Haïti ». Ce n’est pas un scoop, les Haïtiens étant des Antillais.

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