Société

Nous, policiers français issus de la diversité, prenons l’initiative de sortir du silence

Dans une tribune publiée dans Marianne le 11 juin, des policiers issus de la diversité prennent la parole.

Nous, policiers français issus de la diversité, prenons l’initiative de sortir du silence. Les polémistes qui jettent sur nous des a priori refusant de nous donner la parole.

Puisque ces mêmes idéologues séparatistes qui prétendent lutter contre le racisme obligent à considérer l’ethnie plutôt que les valeurs humaines, nous l’affirmons : nous, policiers français issus de la diversité, revendiquons notre adhésion sans nuance aux valeurs républicaines universalistes de notre métier.

Nous sommes présents dans tous les services de la Police nationale, des commissariats à la police judiciaire, des états-majors aux services de protection des personnalités, des renseignements aux CRS. Et nous espérons que cette pluralité imprégnera un jour jusqu’aux plus hautes sphères de notre ministère.

Nous sommes des femmes et des hommes, noirs, arabes, métis, asiatiques, originaires des DROM-COM, des anciennes colonies, chrétiens, musulmans, juifs, hindous, athés, hétérosexuels, homosexuels, de toute opinions philosophiques ou politiques… Nous sommes la diversité de la France qu’elle porte dans nos récits familiaux.

Nous réaffirmons notre fierté d’appartenir à la nation française, engagés pour secourir et protéger dans ce pays où nous sommes nés, dont nous avons acquis la citoyenneté. Nous condamnons les injures dégradantes sur nos complexions selon lesquelles nous serions des « vendus », des « nègres de maison », des « arabes de service ».

Des mots trop souvent entendus dans la bouche de ceux qui emploient également l’affreuse insulte « sale blanc ». Notre institution ne s’encombre pas de connaître nos provenances et attend uniquement de tous ses agents qu’ils protègent les libertés et l’égalité, et qu’ils placent la fraternité au-dessus de tout. Nous ne cachons pas nos origines dans nos services, en revanche nous sommes forcés d’apprendre à nos enfants à cacher la profession de leurs parents…

Nous ne dénions pas qu’il y ait des racistes dans la police. Nous savons qu’il en existe, qu’ils nuisent à l’Etat démocratique, et nous nous en désavouons. Mais la police est à l’image de toutes les couches de la société qu’elle sert. En revanche, nous refusons l’affirmation que « la police est raciste ». Une marginalité ne représente pas l’ensemble. Si le progressisme lutte contre les amalgames, c’est sans distinction entre les groupes qui en sont victimes qu’il doit le faire, dont la Police nationale.

Le racisme est un délit, et endosser l’uniforme exige l’exemplarité. Il n’y a donc pas débat sur les suites à réserver pour ceux qui se rendraient coupable du rejet de l’autre, qui serait « différent ». Et une prise en compte sérieuse par nos autorités administratives des déviances d’une poignée de brebis galeuses permettra enfin d’éviter aux policiers de souffrir des caricatures généralisantes.

Notre Police nationale est à mille lieues de la description qui en est faite par ceux qui ne la connaissent pas mais portent sur elle leurs préjugés.

Notre Police nationale, ce sont des agents qui repoussent l’heure du dîner au crépuscule pour accompagner l’un des leurs à la rupture du jeûne du Ramadan. Notre Police nationale, c’est celle qui s’organise pour permettre à un autre de respecter Shabat. Notre Police nationale, c’est aussi travailler le jour de Noël pour que ceux qui le célèbrent prennent congé. Notre Police nationale, c’est celle dans laquelle deux policiers victimes du terrorisme le même jour ont été salués une dernière fois par leurs collègues dans une église et dans un carré musulman. Notre Police nationale, c’est celle qui, suivant la loi, lutte contre les racismes et l’homophobie.

Notre Police nationale, c’est l’intimité de nos unités et brigades où se nouent des amitiés multicolores sur nos peaux, mais d’une seule teinte sur le terrain. Celle de notre uniforme : bleu.

La Police nationale n’est pas parfaite, et les bonnes âmes sont bienvenues pour l’améliorer. Mais nous ne laisserons pas nos frères d’armes être traités de racistes, et nous de victimes consentantes. Nous sommes fiers de protéger la population dont nous sommes tous issus. Faut-il rappeler que notre noble mission est de soustraire la délinquance des rues pour les rendre plus sûres ? Et ne doutons pas que jusque dans les quartiers populaires, nombreux sont ceux qui veulent rejoindre nos rangs.

En dépit des discours qui nous divisent, nous appelons ceux qui se reconnaissent dans le respect des lois et des valeurs humanistes à embrasser le beau métier de policier. Sans jamais se renier car ce sont justement nos richesses respectives qui font de la Police nationale, au service de tous, le plus sensé et le plus bel engagement qui soit…

Signataires :

Linda Kebbab, Abdel Nahass, Abdelatif Dris, Abdelaziz M, Abdelilah B, Abdoulaye Kanté, Adel B, Ali Hennous, Amphone L, Azdine L, Bibia Dergham, Dalila Benamara, Daniel Bonsu, Denis Jae Hong V, Erol A, Faredje Mouaci, Frédérique R, Fredy Lefi, Ghazala Z, Hannane Driouch, Huseyin A, Ingrid T, Jean-Yann William, Jérôme B, Johan O, Josias Claude, Kader Mokadem, Keny T, Kevin B, Kevin G, Loic Trotin, Louisa B, Malek Djerroud, Manuel B, Marie-Do Marfaing, Mel K, Messaoudi Raissi, Mila Napal, Mohamed G, Monir Lagrini, Mylène S, Nabille M, Nassira R, Nawel Lettat, Philippe P., Rachid B, Razel Zaidat, Reda Belhadj, Riadh Mimouni, Ronald S, S.A. (RAID), S.B. (DCPJ), Saïd Ben Mohamed, Saïd H, Samira L, Slim Bouraoui, Sonia Hmimou, Stéphane S, Tarek El Boudali, Tayeb C, Tyssem Bahaj, Wissem Guesmi, Yssoufa M

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