Société

Notre nationalisme épidermique finira dans le zouk, le carnaval et le rhum

Georges Patient, sénateur de la Guyane, s’est indigné, des propos d’Eddie Marajo sur la Guyane. « Arrogance inacceptable, bêtise insondable, mépris… méprisable ».

La Guyane serait quantité négligeable, un « truc » dont on se souvient quand il faut caser une population persécutée, ou installer une base de lancement de lanceurs spatiaux. Georges Patient dénonce ces mots pas très heureux, il faut l’avouer, du journaliste. 

Eddie MARAJO à droite Photo RCI

Georges Patient

Il s’enflamme, citant même Edouard Glissant, son Tout-monde. Quel mépris pour l’histoire des Guyanais, en général, des Hmongs en particulier, de la part des martiniquais, ou d’un martiniquais ! 

L’une des idées développées par Edouard Glissant et par les écrivains de la créolité, aussi forte que contestée, est en effet celle de la créolisation du monde.

Edouard Glissant relevait qu’il n’était « pas utopique d’espérer un jour l’avènement d’une grande civilisation composite » à l’image des Antilles, qui « offrent un exemple privilégié de symbiose culturelle ». A l’image de la Guyane ?

Nous citions récemment l’écrivain Chris Offutt : «  Un des défauts de l’humanité est notre besoin de nous considérer comme meilleurs que les autres ». Pourquoi cette propension, sur ces deux îles dans la Caraïbe et sur cette collectivité française en Amérique, à toujours nous revendiquer comme meilleurs que tout le reste de l’humanité.

«  Les Guyanais sont divers, les Guyanais s’enrichissent encore, de leur diversité. Ses frontières sont des mondes-en-soi, nous saurons vivre avec ces réalités. » s’enthousiasme le sénateur.

Espérons que l’optimisme de Georges Patient- nous le souhaitons de toutes nos forces- ne soit pas contredit.

Car de nombreux chercheurs, comme Michel Leiris, ont pu affirmer, que le caractère composite des Antilles (et aussi de la Guyane), constituait un handicap. Yves Leborgne, lui aussi, précisait qu’il faut observer plusieurs temps dans « l’aventure antillaise ». Il y a eu des périodes assez étales pour que ce que l’on considère comme composite ait le temps de se synthétiser, pour que le brassage opère et réalise une humanité nouvelle. Mais il y a eu des chocs et des crises qui ont donné leur chance aux forces centrifuges et qui ont remis en question les synthèses opérées. Il y a une instabilité du mélange. Et nous en sommes maintenant au composite ».

Les Hmongs ont fait l’objet de la part de la population guyanaise de forts rejets au début. Pour éviter un accueil hostile, les premier Hmongs qui atterrissent à l’aéroport de Cayenne en 1977 sont amenés de nuit en camions bâchés à l’endroit qui leur a été assigné. La population et les hommes politiques défilent, n’ayant pas de propos assez belliqueux pour fustiger le remplacement de la population «  autochtone ».

De plus, comment ne pas nous inquiéter des querelles d’ego surdimensionné entre habitants de nos territoires ?

« Evoquer l’identité culturelle d’un peuple, confirme Alain Brossat, c’est toucher de près à sa conscience nationale, à son sentiment d’exister comme nation.

Remarquable, est la confusion qui, dans l’intelligentsia radicalisée, prévaut sur cette question : le nationalisme s’y porte en sautoir, mais un nationalisme souvent épidermique, sans conséquence, sans portée stratégique qui, souvent oscille de l’esprit de clocher au « négrisme » vélléitaire. Dans la gauche et l’extrême-gauche antillaise, le débat qui oppose les tenants de la « nation martiniquaise », de la « nation guadeloupéenne », à ceux d’une unité nationale des deux îles dans un cadre caraïbe est à peine ébauché ».Que dire alors des rapports Guyane – Guadeloupe/Martinique ?

Pour ne pas nous éterniser sur ce sujet, qui nous fatigue, mais constamment remis sur le tapis par ces hommes politiques qui devraient prendre de la hauteur, puisque le sénateur fustige également la condescendance d’Eddie Marajo sur la Guyane, nous avons cherché sur un site de voyages comment la Guyane était présentée. Prenons donc notre fiche Guyane.

« Région de jungle épaisse, traversée par plus de 20 rivières, qui peut attirer ceux que l’aventure séduit et que l’inconfort n’effraie pas (à ne pas confondre avec un écotourisme de type est-africain). Réseau routier de bonne qualité. Pas de voies ferrées. Population localisée essentiellement sur la côte atlantique (villages et fermes de l’intérieur souvent entretenus par des exilés asiatiques Hmong. Statut de DOM, de droit français ; indépendantistes minoritaires mais parfois actifs et bruyants, habituellement peu violents ».

Evoquons maintenant – à notre corps défendant- la députée européenne Pirbakas, suite au séisme Georges Floyd.

Nous avions tenté d’expliquer comment certains sites et réseaux sociaux surfaient aux Antilles sur la déflagration des manifestations anti-violences policières, le déboulonnage de statues, sur un déferlement racial nauséabond, avec la complaisance de la population et de nos élus, puisque nous n’avons entendu aucun dirigeant, aucun responsable, dire : ça suffit !

Nous nous souvenions de « l’humoriste » Ibo Simon, qui sous couvert de noirisme, et de défense de la Guadeloupe, avait finalement pris la tête de petites armées anti-haïtiennes. Nous le répétions : Nous ne sommes pas meilleurs que les autres en Guadeloupe et en Martinique. Ce qui revenait à affirmer. Nous ne sommes pas pires que les autres.

Depuis l’affaire Pirbakas, nous sommes dans le doute. « Nombreux sont les intellectuels qui, avec inquiétude, soulignent le fait suivant : dans la confusion et le vertige actuels des perspectives historiques aux Antilles, devant le vide social et culturel, l’antagonisme racial apparaît de nouveau comme le seul point d’ancrage entre le colonisateur et le colonisé »…(Alain Brossat nous le rappelait déjà en 1981).

Dans cette société disséminée, pâteuse, où les contours des classes sociales apparaissent indistincts, le sentiment racial se reproduit avec force comme une évidence qui englobe et englue les tensions surgies de la lutte des classes elle-même. Il fonctionne comme une approximation de conscience de classe et de conscience nationale.

Au fur et à mesure que se dispersent les conditionnements anciens de l’époque esclavagiste, se dessinent et se reproduisent, dans la vie sociale et culturelle, les figures d’une nouvelle hétéronomie, faite de mimétisme du monde occidental, curieusement entrecroisées parfois avec un « négrisme de pacotille », sans portée historique.

Il convient de rappeler, insiste Brossat, que l’idéologie de la négritude, dans ses développements culturels, brouille les pistes et entretient des illusions : dans la culture antillaise, l’Afrique est moins une composante, un élément agencé avec d’autres, qu’une trace au sens freudien de ce terme (trace mnésique).

Selon Daniel Maragnés, le conflit racial irrigue le champ social et à chaque fracture historique, il fait brutalement irruption, renvoyant comme à l’époque esclavagiste à un traitement des luttes de classes par l’entremise de surdéterminations raciales.

Parce que la députée foldingue est d’origine indienne, il faudrait incriminer maintenant une communauté !

Mais le pire est que tout finira par du zouk, du carnaval et du rhum.

«  Devant le trou noir qui sert de porte, sur trois pierres et dans un chaudron, bouillonne un noir brouet… Mais le tout est recouvert de grands rires nègres et de la musique du Gouvernement patriotique chrétien : «  Avec mon gros tuyau, chérie, j’arrose ton jardin… Ici et là, sur le tronc d’un arbre ou collées à la diable sur les planches d’une case, de grandes affiches d’exportation proclament en lettres bleu blanc rouge : « Sécurité ! Prospérité ! Votez Français ! » (Salvat Etchart : L’homme empêché).

Pour contredire le sénateur Patient, dans son optimisme un peu simpliste, Guyane la première dans son édition du 1er juillet, faisait état des propos haineux et racistes sur les réseaux sociaux guyanais, à l’encontre des Amérindiens d’Iracoubo, accusés de répandre le COVID. Ces réseaux dégoulinant de haine sont désormais une constante dans nos territoires.

La vérité de l’œuvre de Salvat Etchart est amère écrivait le philosophe Alain Brossat. Son propos n’est pas de faire le partage du bien et du mal dans une société dont la monstruosité suinte par chaque pore. Etchart ne raille pas les uns pour amnistier les autres… comme si aucun carnage symbolique ne suffisait à racheter la souffrance de cette terre antillaise… (et donc guyanaise)

Le parti-pris de Salvat Etchart, est de n’épargner personne : pas plus le béké, le mulâtre, le fonctionnaire « métro », que le petit-bourgeois noir ou l’homme du peuple… Aurait-il fustigé aussi le Hmong, et l’amérindien  ?

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Théo LESCRUTATEUR

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