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Noire, ronde, or aux J.O en quête d’emploi

Je suis petite, noire et ronde, médaillée d’or aux jeux olympiques, et au chômage. On m’a dit : « Tu comprends, il y a Teddy RINER ! ».

Pourtant les jeux olympiques c’était au Brésil en 2016. J’étais la bonne personne à l’entraînement que personne ne regardait. Je regrette d’avoir gagné les Jeux Olympiques, la chute aurait été moins dure. J’ai pris dix kilos, j’ai fait un burn-out. C’est ainsi que se confie dans Le Parisien du 3/12/2019, Emilie ANDEOL.

Douze ans de haut niveau, et le trou noir. Elle a pensé que les JO lui auraient conféré une certaine médiatisation, mais aucune proposition professionnelle ne lui avait été communiquée. C’est uniquement suite à son coup de gueule, qu’elle a trouvé un travail.  « Stéphane Nomis  m’a proposé de travailler dans sa fondation. Je vais mettre en place des classes informatiques en Afrique, je vais être utile, j’ai besoin de ça ».

Mais il y a aussi toutes les fêlures intimes révélées après la médaille d’or. « Le judo me permettait de faire sortir tout ce que j’enfouissais en moi ».

On devine dans son témoignage qu’elle était une adolescente complexée par son physique, que devenue jeune femme elle a tenté d’oublier.

Le douloureux parcours d’Emilie, nous fait réfléchir. Quand les nutritionnistes nous répètent que le sport ne fait pas maigrir, qu’il est devenu le miroir aux alouettes, la poule aux œufs d’or, nous refusons de les croire.

D’autre part le sport de haut niveau est-il désormais réservé à celles qui ont une taille mannequin ou un corps ou un visage à la Beyoncé ?
Si vous n’avez pas ces « qualités », même avec une médaille d’or, vous resterez une sportive de deuxième zone. Car telle est la loi médiatique. Au commencement étaient les fesses galbées que les caméras suivent au centimètre carré prêt.

D’ailleurs les dames qui pratiquent le sport numéro un, l’athlétisme, l’ont très bien compris. Le but du jeu est que la caméra dissèque les fesses et les hanches, remonte jusqu’au ventre si plat balayé par le piercing, fasse baver d’envie le spectateur mâle qui s’imaginera tenant sur ses genoux la championne adulée au physique prépubère, et rugir de désespoir la spectatrice femelle qui en tâtant ses fessiers constate les dégâts.

Aujourd’hui le galbe doit marquer une rupture radicale avec des cuisses au contraire très fines, comme le reste de la silhouette (excepté éventuellement les seins), ainsi que des hanches assez étroites, explique le sociologue Jean-Claude Kaufman dans « La guerre des fesses ».

« Le mot sculpture n’est donc pas exagéré pour réussir ce prodige, car ce schéma idéal n’a rien de naturel et s’oppose à la logique anatomique ancestrale »

Peu importe donc que le bagage d’Emilie soit conséquent, Bac, DUT technique de commercialisation, licence de management des organisations, peu importe son naturel, et son rire si franc, peu importe l’extraordinaire leçon de courage administrée. Noire et ronde ne sont pas des éléments valorisants sur un CV.

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Théo LESCRUTATEUR

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