Société

Miguel Otavio mort (de racisme / de négligence) ?

« Alors que le hashtag #blacklivesmatter fait le tour des médias sociaux, ici au Brésil, nous avons perdu un enfant noir à cause du racisme profondément enraciné dans notre société », écrit l’historienne Larissa Ibumi. « Ce sont toujours les mêmes structures coloniales qui assignent les femmes noires à être les servantes de maîtresses blanches. »

Ibumi réagissait à la mort tragique de Miguel Otavio Santana da Silva, fils de Mirtes Renata Souza, une employée travaillant au cinquième étage d’une copropriété de luxe. Le 3 juin à Recife, les écoles étant fermées en raison de mesures contre le coronavirus, Mirtes a donc amené avec elle son fils de 5 ans, Miguel.

Souza a ensuite sorti le chien pour sa promenade, selon les instructions de sa patronne, Sari Corte Real, laissant son fils dans l’appartement. Mais le garçon voulait suivre sa mère et Corte Real l’a finalement laissé prendre l’ascenseur seul.

Les images des caméras de sécurité prouvent que le garçon est sorti de l’ascenseur au neuvième étage puis a grimpé par une fenêtre sur une balustrade de balcon. Il est mort peu de temps après sa chute. L’employeur de sa mère a été accusée d’homicide involontaire et de négligence et remise en liberté après le paiement d’une caution d’environ 3 500 €.

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision brésilienne Globo, la mère de Miguel a déclaré : « Mon employeur m’a souvent confié ses enfants. Malheureusement, au moment où je lui ai confié mon fils, elle n’a pas eu la patience de le surveiller.  »

Miguel était le seul enfant de Mirtes Renata Souza. Après sa mort, les réseaux sociaux ont été inondés de reactions avec le hashtag #justicapormiguel (Justice for Miguel). Une pétition en ligne a obtenu plus de 680 000 signatures en moins de 24 heures.

La chanteuse pop Iza a commenté sur son compte Twitter, qui compte 2,5 millions de followers: « L’histoire de Miguel est une réelle tragédie. Alors que Mirtes, sa mère, endure la pire douleur possible, Sari, elle, paie une caution et est libre de rentrer chez elle. Et si c’était l’inverse ?  »

L’écrivain et activiste Joyce Fernandes, ancienne employée de maison, a écrit sur Facebook et Instagram: « Une jeune vie s’est terminée par cette maudite élite blanche et décadente qui achète tout avec l’argent hérité des maîtres qui ont asservi mes ancêtres ».

La Fédération nationale des travailleurs domestiques (FENATRAD) a souligné la négligence de l’employeur, Corte Real: « C’est typique du mépris et de l’objectivation de la vie des Noirs brésiliens. Cela en dit long sur notre pays, l’héritage de l’esclavage et le racisme qui n’a pas été vaincu.  »

La discrimination à l’encontre des travailleurs domestiques au Brésil est particulièrement mise en lumière lors de cette crise du coronavirus. La première victime de COVID-19 à Rio de Janeiro était une employée de maison diabétique de 63 ans, Cleonice Goncalves. Son employeur, infectée lors d’un séjour en Italie en mars et testée positive après son retour, n’a pas daigné avertir sa gouvernante. Goncalves est décédée le 19 mars à l’hôpital.

Les employeurs de Mirtes Renata Souza ont également attrapé le coronavirus. Sergio Hacker, le mari de Corte Real, est le maire d’une ville de la banlieue de Recife. Dans une vidéo  enregistrée le 22 avril, il explique que sa femme et lui avaient été testés positifs pour le COVID-19. Pourtant, malgré cela, leur femme de ménage devait toujours venir travailler.

De nombreux Brésiliens doutent que le couple soit un jour tenu pour responsable. « Nous ne devons pas nous faire d’illusions », a tweeté Tulio Gadelha, avocat et député fédéral de l’État de Pernambuco, représentant le Parti démocratique du travail. « La famille Corte Real / Hacker a beaucoup de pouvoir politique et d’influence à Pernambuco. Il est clair que Pernambuco est toujours gouverné par des oligarques. »


La lettre d’excuses de Sari Gaspar à Mirtes Renata Souza

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