Société

Métropole/DOM : En matière de santé, 2 poids 2 mesures (mais pas dans le sens que l’on croit)

Publication du Huffington Post du 12/04/2016

Depuis la fin des années 1990, l’augmentation indiscutable de l’incidence de nombreuses maladies chroniques (cancers, obésité, diabètes, maladies neurologiques, autisme, Parkinson, Alzheimer…) a entraîné une prise de conscience des effets des pollutions multiples sur la santé, amenant la société civile à interroger la classe politique sur les mesures de prévention, de gestion et de remédiation.

En même temps que l’Etat renforçait ses structures d’évaluation des risques (ANSES) et de l’état de santé des populations (InVS), on voyait les médias porter au débat public de grands sujets comme les perturbateurs endocriniens, l’amiante ou les pesticides. Parallèlement, on a vu se multiplier des actions en justice individuelles, par exemple pour des empoisonnements d’origine environnementale ou professionnelle (affaire Paul François et affaire Singer, affaires de l’amiante, du Gaucho, des bitumes…).

Ayant eu à traiter depuis plus de 25 ans de ces différents sujets au titre d’expert ANSES ou à titre d’expert indépendant, j’ai pu me rendre compte que les problèmes venant d’outre-mer mobilisaient beaucoup plus les moyens publics que les sujets venant de métropole. Or le message le plus courant porté par les médias et les ONGs est plutôt que la métropole néglige ses dépendances d’outre-mer, avec un comportement empreint de reliquats de colonialisme.

De nombreux exemples illustrent ce paradoxe. Pour les pesticides, concernant la contamination des Antilles par le Chlordécone utilisé dans le traitement des bananiers, des moyens considérables ont été déployés pour étudier l’étendue de la pollution et ses effets sur la santé des travailleurs exposés, mais aussi de la population générale. L’ensemble des organismes de recherche et des Agences (ANSES, INERIS, IFREMER, INRA…) a été mobilisé, allant jusqu’à la délocalisation sur place d’une unité INSERM d’épidémiologie. On a vu la mise en place, d’une part, de programmes d’analyses portant sur le sol, l’eau, les aliments, les sangs humains (y compris le sang du cordon), et d’autre part, des études épidémiologiques portant sur les cancers ou le développement neurologique des enfants exposés in utero.

Si l’on ne peut que se féliciter de la mise en place de tels outils pour répondre aux inquiétudes des Antillais, on peut s’étonner de la fin de non-recevoir opposé aux demandes d’études approfondies d’habitant du vignoble Bordelais de la région de Preignac, suspectant une augmentation des cas de cancers pédiatriques dans une population d’élèves d’une école mitoyenne de vignes.

Un autre exemple est celui des sols miniers. En Nouvelle-Calédonie, des moyens considérables sont attribués à de la réhabilitation des sites miniers après arrêt de l’exploitation. Il s’agit d’éviter la diffusion de la pollution par lixiviation avec édification de systèmes de lacs de retenue étagés, de stabilisation des résidus miniers, recouvrement de terre végétale et re-végétalisation à partir de semis de plantes endémiques cultivées dans des immenses serres, avec la main-d’œuvre des populations locales.

Par comparaison, l’affaire du « scandale sanitaire des Cévennes » montre une complicité des élus, des autorités préfectorales et des services de l’Etat pour étouffer le scandale dû à l’absence d’opérations de réhabilitation de sites miniers abandonnés depuis les années 1970.

Enfin, que dire des saisines multiples de l’ANSES en appui des programmes de l’ARS de Guyane, pour évaluer les risques liés à l’exposition des populations (en particulier infantiles) aux résidus des activités aurifères (mercure et cyanure). En revanche, l’Agence n’a jamais été saisie du problème des anciennes mines des Cévennes (ni d’autres sites d’ailleurs).

On pourrait multiplier les exemples qui illustrent ce paradoxe français affectant les pouvoirs publics, qui montrent une forte sensibilité aux problèmes de contamination venant de nos territoires d’outre-mer et organisant l’omerta pour les mêmes problèmes touchant la métropole.

Les élus ultramarins seraient-ils plus attentifs à la santé de leurs électeurs que les élus de la métropole ?

Jean-François Narbonne

Toxicologue, ancien expert auprès de l’ANSES

 

 

 

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