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Maryse Condé : Même son visage est un paysage…

Un article de Cornelia Zetzsche, journaliste allemande pour BR24.

 
Même son visage est un paysage. Il raconte des histoires d’amour, de chaleur, de passion, mais aussi de scepticisme. Des doutes, une farouche volonté propre, une auto-ironie joyeuse et un intéret aigu pour toutes les questions sur les injustices et les inégalités. Un visage haut, sombre et expressif, des yeux noirs et mélancoliques, encadrés par un duvet blanc comme neige. Et un regard qui connaît le pouvoir destructeur de l’homme. C’est sa vie sans fards, son fil conducteur dans ce travail de longue haleine.

La vie des femmes dans la Guadeloupe coloniale

« Ce n’est que vers la fin des années 60 que Maryse Condé a retrouvé sa grand-mère Victoire Quidal, née hors mariage, avec une peau claire parmi les Noirs, illettrée, servante toute sa vie, mais cuisinière douée en Guadeloupe », écrit-elle dans Victoire. Et en conversant, en tant que successeur de sa grand-mère, elle déclare : « L’écriture et la cuisine permettent de créer quelque chose de beau, et elle pouvait lire et écrire autrement, utiliser son pouvoir pour faire différemment »… Elle est mon véritable ancêtre.

« En 1937, Maryse Condé est née à Pointe-à-Pitre sur la plus grande île de l’archipel de la Guadeloupe, dernière de huit enfants. Ses nombreuses sœurs et sa mère, une institutrice, l’ont rapidement renseignée sur la condition des femmes. Les héroïnes de ses romans sont souvent des femmes – des femmes fortes comme Tituba dans le roman « Moi, Tituba, sorcière noire de Salem »; une historiographie « d’en bas », un plaidoyer pour l’historiographie blanche oubliée des victimes noires des procès pour sorcières en Nouvelle-Angleterre de 1692. Ou ce sont des femmes qui, comme Maryse Condé elle-même, ont étudié en France, puis en Afrique, puis sont retournées en Guadeloupe, désillusionnées suite aux troubles politiques, par les dictatures, les rébellions, les répressions, la violence. « Quand je vivais en Guinée », dit Condé, « ils m’ont appelée la Toubabesse, la femme blanche. Ils savaient que j’avais une culture différente, je ne parlais pas de dialecte africain, j’étais différente, une étrangere, une Toubabesse, mais l’Afrique a changé. On sait aujourd’hui que l’on peut avoir l’air différent mais être près de son cœur, aujourd’hui il n’ya plus d’insulte de ce genre « .

« Qui écrit, invente une langue à partir de ses propres rêves »

Inspirée par le Mali, son roman le plus abouti, « Segou », une saga familiale opulente en deux volumes, l’histoire d’une famille et d’une ville légendaire qui sombre à la suite de l’islam, des missionnaires chrétiens et des colonisateurs européens. 600 pages en gros plan sur la vie quotidienne, le choc des civilisations, le fanatisme religieux et le rôle de la femme – dans une perspective africaine.

Bien que Maryse Condé soit revenue dans sa patrie des Caraïbes, elle sait que l’identité des Antilles est marquée par ce va-et-vient entre la fascination pour l’Afrique et le patrimoine culturel européen. Elle écrit en français : « Je pense qu’un écrivain n’a pas de langue maternelle pour écrire, inventer la langue de ses rêves et la nostalgie. Je ne vois aucune opposition entre le créole et le français. Un écrivain fabrique sa langue pour le livre qu’il écrit. « 

Maryse Condé parvient à zoomer sur ses personnages dans une dimension tant historique que géographique, dans un universalisme qui prouve à quel point l’homme est inadapté pour la paix. Il y a près de 30 ans, elle a suivi avec Haïti Chérie un bateau de réfugiés se dirigeant vers les États-Unis, dont la cargaison humaine importune, sera jetée à la mer. Mais la mort n’est pas une fin chez Maryse Condé, sa littérature un véritable antidote contre l’innaceptable.

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