Société

MARTINIQUE : UNE ILE QUI PEINE A VALORISER SES ATOUTS

LeMonde.fr et l’institut Montaigne ont conclu un partenariat, proposant un diagnostic détaillé de l’état économique et financier des 22 régions. Voici des extraits de celui de la Martinique du 26 novembre.

Une région qui perd des habitants

Région française la plus dense après l’Île-de-France, la Martinique a vu sa population croître significativement jusqu’au milieu des années 2000… Depuis, ce chiffre ne cesse de décroître : 381 326 habitants en 2014, soit une baisse moyenne annuelle de 0,5%. Avec la région Champagne-Ardenne, la Martinique est la seule région française à perdre des habitants.

Cette réduction du nombre d’habitants est due à la baisse du taux de natalité martiniquais d’une part, et à un solde migratoire négatif d’autre part. La première région d’accueil des Martiniquais est l’Île-de-France.

La population martiniquaise demeure jeune : les moins de 20 ans représentent 28,3% de la population (contre 24,4% en métropole).

Un fort de taux chômage

En Martinique, en 2014, le taux d’activité reste légèrement en deçà de celui de la France métropolitaine (66,6% contre 71,4%), alors que le taux de chômage y est près de deux fois supérieur (19,4% contre 10,3%). Néanmoins, la Martinique est le seul département d’outre-mer dont le taux de chômage est inférieur à 20%…

La Martinique compte 31 300 chômeurs pour une population active de 159 600 personnes. Les plus jeunes sont les plus touchés avec un taux de chômage approchant les 51% chez les moins de 25 ans.

Une économie pénalisée par la situation géographique martiniquaise

Le territoire martiniquais souffre de trois grandes difficultés :

  • l’éloignement ;
  • l’insularité ;
  • la topographie et la forte densité de la population qui limitent l’extension de l’agriculture locale.

En outre, l’économie martiniquaise peut êtree fragilisée en raison de la taille réduite de ses unités économiques : plus de 96% de ses établissements ont moins de 10 salariés et moins de 1% ont 50 salariés ou plus.

Des atouts à valoriser

La Martinique dispose d’atouts certains :

une position géographique au sein de la zone Caraïbe qui en fait une plate-forme d’échanges de biens et services insuffisamment exploitée. La Martinique compte ainsi le 4ème port de conteneurs français et le 11ème aéroport national (pour les gros porteurs – le 13ème en nombre de passagers) ;

elle est le 2ème territoire le plus riche de la zone des petites Antilles après la Barbade ;

un pouvoir d’achat parmi les plus élevés de la zone ;

un marché intérieur exigeant en matière de qualité et de disponibilité des services…

Une économie tertiarisée

La répartition sectorielle des emplois en Martinique est particulièrement déséquilibrée avec la domination du secteur tertiaire, lequel regroupe 75,3% des effectifs salariés du territoire, d’une part, et par le poids important du secteur public qui regroupe 42% des salariés locaux, d’autre part.

Le commerce : à l’origine d’1/3 de la valeur ajoutée du territoire et qui regroupe la moitié des entreprises martiniquaises ;

Les services à l’origine d’1/3 de la valeur ajoutée du territoire et qui concerne une entreprise martiniquaise sur cinq. Les services représentent 50% des investissements du territoire.

Enfin, il convient de noter que le secteur agricole est dominé par la culture de la banane, laquelle représente 1/4 des surfaces cultivées.

Une croissance économique encore fragilisée par la crise de 2009

La croissance en Martinique a atteint 1,4% en 2014, un taux nettement supérieur à ceux constatés au cours des 3 années précédentes. Cette augmentation est due principalement à un effet de rattrapage par rapport à 2013, où la croissance était négative (– 0,9%) en raison, notamment, de la baisse de la production de produits pétroliers.

La crise économique de 2009, dont les effets avaient été amplifiés par la crise sociale qu’avait traversée le territoire, a affecté significativement l’économie de la Martinique. Le PIB en volume avait alors chuté de 4,5% avant de se redresser en 2010 (+ 2,4%). Mais, les difficultés structurelles continuent de pénaliser l’économie locale :

le secteur agricole doit faire face à la fois à une baisse des rendements des plantations de bananes, aux suites de l’utilisation massive du chlordécone et à la baisse de la production de canne à sucre;

Le secteur du BTP est particulièrement affecté par la baisse de la commande publique, dont il dépend fortement ;

Enfin, l’activité touristique peine à se développer malgré les efforts déployés.

Des échanges commerciaux qui soutiennent la croissance

En 2014, la Martinique a connu une très forte hausse de ses exportations (+22,1% en valeur), en particulier en raison du doublement des exportations de produits pétroliers raffinés mais aussi de la hausse des exportations de bananes. Les importations ont augmenté de 4,1% en volume, tirées par l’import de produits issus des industries extractives et de biens manufacturés (+ 3,4%).

Des dépenses en très forte augmentation

Entre 2009 et 2013, les dépenses totales se sont révélées en très forte hausse : elles évoluent de 272,8 M€ à 414,9 M€, soit une hausse de 52,1%.

La proportion des dépenses d’investissement est en nette diminution

Les dépenses de fonctionnement ont vu leur proportion significativement augmenter depuis 2009, passant de 45,5% à 53,9% des dépenses totales de la région Martinique.

Entre 2009 et 2013, les dépenses de fonctionnement ont augmenté de 80% tandis que les dépenses d’investissement ont crû de 28,7%.

Une progression des autres charges d’activité

L’ensemble des composantes des dépenses de fonctionnement est en hausse :les frais de personnel ont augmenté de 80,8% entre 2009 et 2013, passant respectivement de 31,8 M€ à 57,5 M€ ;

les « autres charges d’activité1 » augmentent également de 68,8% sensiblement sur la même période : passant de 70,7 M€ à 119,4 M€ ;

les charges à caractère général augmentent pour leur part de 35,1%, passant de 21,1 M€ à 28,5 M€.

Alors que les dotations et subventions reçues couvraient 103,8% des dépenses de fonctionnement de la région en 2009, ce taux de couverture a diminué pour atteindre, en 2013, 70,4%.

Des dépenses orientées vers les services généraux

Les services généraux constituent le premier poste de dépenses de la région Martinique: 81,3 M€ en 2013 contre 44,8 M€ en 2009, soit une hausse de 81,5%.

Les dépenses en faveur de l’enseignement, de la formation professionnelle et de l’apprentissage, et des transports représentent 45,6% du total des dépenses ventilées de la région en 2013. En 2009, ces trois fonctions représentaient 58,3% des dépenses de la région.

L’apprentissage voit ses crédits augmenter (de 42,6 M€ en 2009 à 58,5 M€ en 2013). Les crédits vers l’enseignement sont également en hausse (45,3 M€ en 2009 contre 59,2 M€ en 2013). Les crédits vers les transports sont stables et constituent le deuxième poste de dépenses.

Sur la même période, la part des crédits en faveur de l’action économique a légèrement augmenté passant de 10,2% en 2009 à 11,5% en 2013. Ils constituent le cinquième poste de dépenses de la région Martinique en 20130

Des recettes en hausse

Les recettes totales de la région Martinique ont augmenté de 37,9%, passant de 287,1 M€ en 2009 à 395,8 M€ en 2013.

Les recettes réelles de fonctionnement représentent 64,5% des recettes réelles totales en 2013 ; leur proportion atteignait 77,7% en 2009.

Alors que la Martinique n’avait pas recours à l’emprunt en 2009, désormais, les emprunts sont à l’origine de 15,2% des « recettes » (ou plutôt des ressources de trésorerie) de la région. Les nouveaux emprunts représentent 60 M€ en 2013.

Une telle évolution a conduit au recul de la part des recettes fiscales dans l’ensemble des recettes de la région (41,2% en 2013 contre 53,3% en 2009). La part des dotations et subventions reçues diminue également légèrement sur la même période : de 44,9% à 39,7%.

Une hausse de la fiscalité locale

La fiscalité locale a progressé depuis 2009 : elle est passée de 153,1 M€ en 2009 à 163,3 M€ en 2013.

C’est la fiscalité indirecte qui est à l’origine de cette hausse puisqu’elle est passée, sur la même période, de 133,2 M€ (87% des recettes fiscales) à 145,9 M€ (89,3% des recettes fiscales), soit une hausse de 9,5% sur la même période.

La 5e région française la plus endettée par habitant

En 3 ans, la dette de la région Martinique s’est particulièrement accrue.

La région Martinique a vu son encours de dette exploser entre 2011 et 2013 alors que l’encours de dette du conseil régional était nul jusqu’en 2010.

La dette moyenne par habitant s’élève ainsi, à la fin de l’année 2013, à 470€ par habitant, soit près de deux tiers de plus que la moyenne nationale.

La région Martinique est ainsi devenue, en moins de trois ans, la 5ème région la plus endettée (si l’on considère le montant par habitant).

Une capacité de désendettement qui se dégrade

Entre 2009 et 2013, la capacité de désendettement de la région Martinique s’est dégradée et atteint désormais cinq ans. L’endettement de la région semble, toutefois, encore maîtrisé puisque la Martinique dispose d’un ratio annuité de dette / recettes de fonctionnement inférieur à la moyenne métropolitaine et ultra-marine (4,1 contre respectivement 10,7 et 14,9).

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