Culture

Maison de la radio : pour ou contre l’abolition ?

Hier, le studio 104 de la Maison de la radio était devenu un hémicycle avec des applaudissements et des huées, les acteurs de la Comédie Française restituant un débat sur l’émancipation des noirs datant de 1845 dans une émission de Jean Lebrun.
Des acteurs investis dans leur rôle

Des acteurs investis dans leur rôle

Les Comédiens-français restituent les plus importants discours de l’histoire parlementaire pour les auditeurs de France Inter et de La marche de l’histoire au Théâtre du Vieux-Colombier. Hier, le rendez-vous se tenait exceptionnellement à la Maison de la radio avec Michel Favory, Bruno Raffaelli, Loïc Corbery et Hervé Pierre interprétant les propos exacts des députés. Le public selon son placement était invité à se positionner pour ou contre l’abolition afin de restituer l’ambiance de l’époque n’hésitant pas à ovationner ou au contraire chahuter les orateurs à leur plus grande joie. Mme Cottias du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage intervenait à la fin des débats pour expliquer l’avènement de l’abolition définitive.
Une pétition d’ouvriers
Sous la Monarchie de Juillet, une pétition rassemblant des ouvriers de Paris et des personnalités de l’époque vient réclamer l’abolition de l’esclavage. Certains députés sont pour une abolition progressive évoquée pour le 1er janvier 1853 qui permettrait l’expérience de la liberté lentement. Est-il urgent de prendre une telle décision ? L’argument économique d’un esclavage passéiste retardant la modernisation des colonies sera décisif.
 La France a à réparer
Des extraits de l’intervention d’Agénor de Gasparin à la Chambre des Députés en avril 1845, au sujet des projets de lois du Baron Mackau, ministre de la Marine  « On vous a parlé de produits coloniaux; on vous a dit que l’exportation du sucre pourrait diminuer, et, par là même, la question était résolue. (…) Rendre la liberté à ceux à qui on n’a pas eu le droit de l’enlever, remplir un grand devoir, payer une grande dette, réparer de grands crimes, des crimes contemporains; car, il faut l’avouer, c’est en plein 19e siècle que la France, par un décret inséré au Bulletin des Lois, a rétabli l’esclavage dans ses colonies. Voilà la chose essentielle: la France a à réparer, on peut le dire; et elle n’est pas la seule malheureusement dans le monde qui ait une pareille réparation à accomplir. (…) On me fait l’honneur de m’interrompre pour me dire: Plus heureux ! « Les esclaves ont la nourriture, l’hôpital, les soins empressés; les châtiments diminuent de rigueur chaque jour. » Eh bien, voilà une assertion contre laquelle il importe de protester toujours avec énergie, parce que la conscience humaine proteste elle-même ! j’attends le jour où l’on verra l’un de ces ouvriers libres solliciter la condition des esclaves. Un ouvrier libre sent très bien toute la différence qu’il y a entre son malheur à lui et le bonheur de l’esclave ! il sent cela. L’ouvrier libre a une famille, l’ouvrier libre se marie, l’ouvrier libre est responsable, il a un avenir et un passé. L’ouvrier libre, enfin, n’est pas esclave, et tout est dans ce mot. Et voyez ces créatures heureuses ! On les vend au marché. Dans la Guadeloupe seule, en quinze ans, plus du tiers de la population esclave a été vendue, 38 000 esclaves sur 90 000. Les esclaves sont heureux ! et ils s’enfuient, ils s’enfuient de tous côtés. »
Une expérience historique unique pour ne pas oublier qu’un représentant de la France pouvait déclarer  « L’émancipation provoquera la ruine des blancs sans faire la fortune des noirs » et être applaudi par ses pairs. A réecouter sur le site de Radio France pour s’imprégner des idées de l’époque.
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Joël DIN

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