Société

Madinina, l’île aux fleurs…fanées

Association des Consommateurs et des Citoyens de la Caraïbe

L’annonce en pleine période de trêve des confiseurs de la suppression de 25 postes pour la rentrée prochaine ne semble guère émouvoir plus que cela la population martiniquaise et ses élus. Il faut dire qu’au fil des années et depuis 2007 ce sont des milliers de postes qui ont été supprimés en Martinique. Le nombre d’ailleurs importe peu en soi.

Ce qui importe, ce sont les conséquences de ces mesures sans précédent dans l’histoire de la Martinique et de l’Education Nationale. Car, ces suppressions de postes ont beau –nous criera-t- on – n’être que la conséquence d’une baisse sensible de la natalité, elles sont aussi un moyen de relever le nombre d’élèves par classe – notamment en collège – .

Or, compte tenu déjà des difficultés en matière scolaire en Martinique, cette augmentation des élèves par classe n’augure rien de bon. On nous dira bien sûr que nous sommes encore loin des chiffres de la France hexagonale mais nous savons aussi parfaitement que notre population est socialement sinistrée, et bien plus qu’en France hexagonale. Bien sûr les clignotants sont au rouge, qu’il s’agisse de la pauvreté, du niveau social de la majeure partie des familles, ainsi que du taux de chômage dont on fait semblant de considérer qu’il est à peu de choses près à peine un peu plus élevé qu’en métropole.

Mais il faut rappeler quelques vérités dont on s’affranchit aisément ! La Martinique est pauvre, pour la plus grande partie de sa population. Il y a des arbres qui cachent la forêt mais il faut en finir avec les faux-semblants : que les Porsche envahissent soudain les routes de l’île ne doit nullement faire oublier que 15% de la population utilise les transports en commun bon an mal an, quand ils fonctionnent et que 7% se déplace à pied au XXIème siècle. L’état du parc automobile est perceptible aussi de manière visuelle à travers l’augmentation soudaine des véhicules en panne sur nos routes.

Quant aux 61% des Martiniquais qui se déplacent en voiture, ils subissent tous – mais les plus modestes plus fortement que les autres ! – l’écart de quelque 40% de surcoût d’utilisation des voitures en Martinique par rapport à la métropole.

Autre phénomène encore plus parlant : les prix alimentaires qui non seulement ne cessent d’augmenter depuis 2010, malgré le travail de l’Observatoire des prix des marges et des revenus (OPMR) pour limiter le dérapage des prix, mais qui traduisent un écart de l’ordre de 48% avec la métropole. Et chose particulière, l’augmentation des prix alimentaires frais est plus forte en Martinique qu’en Guadeloupe, qu’à la Réunion et même qu’en Guyane !

Et personne de s’émouvoir de cette situation dramatique qui plombe nos populations vis-à- vis de l’école ? Comment peut-on trouver la force de s’occuper de la scolarité de ses enfants quand il faut courir pour subvenir à des besoins qu’on n’arrive de moins en moins à couvrir puisque les prix courent plus vite encore ?

Tout le monde pourtant a bien noté que la dernière enquête PISA mettait en évidence le fait que l’éducation en France figeait une fois pour toute la situation sociale en bloquant l’ascenseur social avec pour conséquence que les enfants des pauvres resteront pauvres, tandis que ceux des riches resteront riches parce qu’ils pourront profiter de l’école !

Cette situation éclaire d’un jour cru la situation tant économique, sociale et scolaire en Martinique. Dans notre île plombée par la vie chère – n’en déplaise aux détracteurs de tous poils des 40% puisque c’est 48% de plus qu’il faudrait pour simplement manger ! – il est criminel de ne pas tout faire pour relever le niveau scolaire des enfants en difficultés parce que issus de la pauvreté.

Cela devrait commencer par un encadrement bien meilleur tant en termes de qualité du personnel enseignant, qu’au niveau du nombre d’adultes attentifs aux enfants (infirmier(e)s, assistants sociaux et assistantes sociales, éducateurs spécialisés…) ; il faudrait aussi des classes à effectifs bien plus faibles et poser courageusement le problème des enfants qui relèvent de CLIS, d’ULIS 1 et de Segpa.

L’augmentation de l’inclusion supposerait un suivi véritable des enfants au sein de l’école et des familles alors qu’en Martinique, trop souvent, nous constatons une poudre aux yeux qui permet à des parents découragés d’abandonner le suivi de leur enfant par des spécialistes, tant sur le plan de leur handicap que sur celui de leurs résultats à l’école et donc de leur bonne adaptation et intégration au milieu scolaire. Il n’est pas plus acceptable qu’on refuse de sortir de segpa un enfant que ses professeurs diagnostiquent en mesure de suivre une scolarité normale, que de refuser un passage en ULIS à une enfant qui le réclame se sentant particulièrement en difficulté dans une classe « ordinaire ».

Par ailleurs, il conviendrait aussi d’aller à l’encontre de la politique actuelle du gouvernement qui nous propose un enseignement allégé pour tous les élèves en primaire, collège et lycée. Or tout le monde sait que sur un apprentissage de langues par exemple la seconde langue s’apprend plus vite et mieux que la première ; et un récent rapport a mis en évidence la nécessaire répétition (le fameux rabâchage !) qui permet à l’enfant de fixer les leçons et de mieux réussir les exercices…à condition d’avoir suffisamment d’heures de travail ! Ti son-son ne dirait pas mieux :

c’est en travaillant qu’on apprend ; La Fontaine dans Le laboureur et ses enfants 2 en avait fait une fable !

A force que faire comme si les ratios en Martinique étaient les mêmes qu’en France métropolitaine, au moment où un candidat à la présidence de la république considère qu’une mère d’enfant métropolitaine est expatriée en Guadeloupe, c’est la Martinique que l’on détruit, ainsi que sa jeunesse. Moins de postes, ce sont des encadrements moins efficaces, on l’a dit ; mais ce sont aussi nos jeunes lauréats aux concours d’enseignement, pleins de dynamisme et futurs jeunes parents qu’on envoie en France, contribuant ainsi un peu plus à la baisse de notre natalité.

A la veille d’élections présidentielles et parlementaires, alors que tout le monde sait bien que la richesse première des pays réside la plus grande partie du temps dans leur jeunesse, il est temps, après des années de saignées, de revenir à une situation plus en rapport avec nos nécessités.

Si nous ne réagissons pas, c’est le pays tout entier qui plongera : faute de jeunesse, point de consommation et donc disparition d’une bonne partie du paysage économique fondé sur une consommation effrénée qui n’aura pas lieu d’être devant le vieillissement particulier de la population de notre île.

On pourra, alors plus justement parler d’une île aux fleurs….fanées !

 

Yvon JOSEPH-HENRI

 

 

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