Société

L’espace politique haïtien constitue un haut lieu de démesure

Des extraits d’une chronique du sociologue Fils-Lien Ely Thélot  » Haiti en démesure » publiée dans Le Nouvelliste du 23 octobre 2019.

… Récemment en France (le 3 octobre 2019), dans la préfecture de police de Paris, trois fonctionnaires de police et deux agents administratifs ont trouvé la mort suite à un règlement de comptes à l’interne.  Le drame s’est produit entre 12h30 et 13h00. À 16h45, le ministre de l’Intérieur, qui a annulé son voyage à l’étranger pour la circonstance, était déjà en train de donner un point de presse pour informer et rassurer la nation française sous le choc.

Le président de la République, Emmanuel Macron, s’est rendu sur les lieux pour exprimer son soutien et sa solidarité aux victimes et à leur famille. La réaction des autorités politiques, au plus haut sommet de l’État, donnerait à croire que dans ce pays, chaque vie compte, chaque existence est individuellement mesurée et pesée à sa juste valeur.

En Haïti, il y a eu le massacre de La Saline en novembre 2018. Plusieurs rapports élaborés par les organismes de défense des droits de l’homme et de l’ONU ont laissé entendre que des dizaines de personnes auraient été assassinées de manière très violente, puis jetées aux ordures, dévorées par des porcs. Ni le ministre de l’Intérieur haïtien ni le président Jovenel Moïse n’ont eu un mot de sympathie pour les familles de ces victimes. Probablement, leur vie n’a jamais été comptée, leur existence s’est déroulée en dehors de toute mesure.

Combien de victimes faut-il pour que la nation haïtienne soit sous le choc ? Combien faut-il de cadavres pour que cela vaille un mot de réconfort de la part du président de la République ?

On dirait, de toute façon, que cela ne sert à rien de prendre les chiffres ou les statistiques pour agir sur les actions décisions politiques en Haïti. Le pourcentage de personnes vivant en dessous du seuil de la pauvreté, le taux de mortalité maternelle et infantile, le faible niveau du rendement scolaire, ne semblent pas vraiment vouloir signifier grand-chose pour les Haïtiens que nous sommes. Ces chiffres nous parviennent tels de lointains échos. Et lorsque, de rares fois, ils retiennent notre attention, nous avons cette impression qu’ils trahissent notre réalité, à tout le moins, ils n’en rendent pas fidèlement compte…

L’espace politique haïtien constitue un haut lieu de démesure. Démesure dans la diabolisation de l’adversaire politique… Démesure dans les répressions dictatoriales, les massacres, les débordements populaires. Démesure dans les aspirations au pouvoir : chacun se voit président, ministre, directeur général, sans aucune considération des compétences nécessaires. Démesure dans la politique du ventre, comme le dit si bien Leslie Péan, qui « va se traduire par une indigestion dans l’organisme social ».  Hybris et Némésis.  Nous sommes ce peuple déchiré entre ses passions et ses pénitences, entre ses folies de grandeur et ses étroitesses insulaires. Et nous chantons. Et nous dansons. Sans battre la mesure. Sans compter les pas. Au rythme de nos provisoires lucidités. Jusqu’à l’explosion de la voyance.

… Décidemment, il est venu le temps de remettre en question la capacité de ces hommes et femmes politiques dénués de tout sens de la mesure de prendre des mesures justes et cohérentes en vue du bien-être collectif. Mais qui… qui donc dans notre chère Haïti peut se prétendre imperméable à la démesure ?

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