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Les joueurs français sont aussi africains qu’ils veulent bien l’être

Alors qu’en France le concept de nation annihile les identités particulières, la société américaine elle, met l’accent sur l’identité et la différence. 

Dans Quartz, Siddhartha Mitter journaliste basé à New York, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest, né aux États-Unis ayant des racines indiennes et élevé en France, revient sur la polémique au sujet de l’africanité des footballeurs français (traduit de l’anglais).

Alors sont-ils africains ou français ? Pour ce débat stupide, guidé par la mauvaise foi et la pensée superficielle, au lieu des prises de position et des tweets incendiaires sur l’identité réelle de l’équipe de football, vous pouvez regarder « Les Bleus 2018 : L’épopée russe », le documentaire de deux heures diffusé cette semaine sur la chaîne TF1.

Vous y verrez les joueurs dans leur bus, aux ordres du défenseur Presnel Kimpembe DJ officieux de l’équipe avec son haut-parleur Bluetooth omniprésent. Il y a du Kompa haïtien, du Zouk Caribéen, le succès « Premier Gaou » du groupe Ivoirien Magic System, et des morceaux de Naza, un chanteur franco-congolais mélangeant hip-hop et groove de guitare centrafricaine. Les joueurs blancs de l’équipe chantent. A un autre moment, l’ailier Ousmane Dembélé est en train de chanter « Une belle histoire », une ballade cultissime du début des années 1970 de Michel Fugain.

Adil Rami joue à l’interview avec son compatriote Benjamin Pavard, un jeune blanc aux cheveux bouclés du nord de la France ayant marqué un but merveilleux dans le match France-Argentine, une reprise de volée parfaite de l’extérieur du droit. Après avoir marqué, Pavard avait courru vers Rami, son bon pote. « Je ne savais pas quoi faire parce que je ne suis pas habitué à marquer des buts », dit Pavard, puis il utilise l’argot algérien pour « boss », « frère », en désignant Rami. « Alors je suis allé voir le khouya ! »

N’Golo Kante, le nouveau chouchou des Français

Une scène de vestiaire après le match contre l’Argentine – un thriller au score de 4-3 qui a mis en confiance la France dans ce championnat – le milieu de terrain Paul Pogba, qui apparaît dans le film comme le leader charismatique de l’équipe entre dans une quasi-transe alors que Samuel Umtiti et lui battent le rythme sur une espèce de caisse.

Pogba crie les noms de ses coéquipiers un à un, leur inventant des surnoms au passage. Quand il arrive à Pavard, il répète le nom du défenseur à trois reprises puis commence à narrer l’histoire du but, toujours en rythme. A ce moment, Kimpembe arrive derrière Pogba et Umtiti et verse de l’eau d’une bouteille sur leur tête et leur dos.
Tambours, louanges, libation – un moment griot ou atalaku, pratique congolaise – typiquement africaine. C’est aussi complètement multiracial, comme cette équipe. Et parce que c’est après tout l’équipe nationale de France, c’est ipso facto complètement français.
Alors pourquoi tout le monde débat-t-il ?

@Facebook. Trevor Noah, ici portant le maillot du Nigeria lors du match Argentine-Nigeria le 26 juin, est né en 1984 à Johannesburg en plein apartheid. Les relations interraciales interdites, sa mère, de l’ethnie Xhosa sera emprisonnée et son père, suisse-allemand paiera des amendes.  « Il n’y avait pas d’autres enfants métis autour de moi ». Comedien humoriste, son premier spectacle de stand-up à grand succès en 2009 est intitulé The Racist. Il se produit en Angleterre, aux USA et devient le premier comédien africain à se produire dans le Tonight Show.  Il intègre l’équipe du Daily Show en 2014 avant d’en devenir le présentateur vedette en 2015. Dans le film Black Panther, il a prêté sa voix à un ordinateur.

 

Oui, Trevor Noah, faisant écho à de nombreux de noirs qui aiment l’équipe de France pour ses origines plurielles, a plaisanté sur « l’Afrique ayant gagné la Coupe du Monde. »

Noah ne cherchait pas vraiment à être original ou drôle. Ce sentiment était affectueux. Mais l’ambassadeur de France aux Etats-Unis, Gérard Araud, s’est offusqué, assimilant Noah, un Noir africain exprimant une affinité culturelle, avec les racistes d’extrême droite qui considerent l’équipe comme trop noire pour représenter la France.

L’avalanche habituelle des récriminations et les explications sur la manière différente dont la France voit les origines de chacun que le monde «anglo-saxon» a suivi. Plongez-y si vous le souhaitez, gardez simplement à l’esprit que toute généralisation sur la façon dont un pays entier pense est intrinsèquement fallacieuse et sert une structure de pouvoir. (Il vaut mieux lire les opinions d’analystes noirs français comme l’écrivain et activiste Rokhaya Diallo.)

En ce qui concerne les joueurs, le défenseur Benjamin Mendy, par exemple, a tweeté un rectificatif à une liste des joueurs de l’équipe avec les drapeaux de leur pays d’origine, remplaçant tous ceux-ci par le drapeau français. Rami, quant à lui, a parlé de la façon dont il se sent à la fois français et marocain.

Tout le monde sait que l’identité est politisée – les footballeurs français non blancs semblent toujours identifiés comme français quand ils gagnent, et leurs origines étrangères sont accentuées lorsque ça va mal.

C’est la France. C’est français. C’est africain.

Mais cette équipe a gagné dans la fraternité et la joie. Ils contrôlent leur propre image grâce aux médias sociaux, Instagram livre à leurs fans des extraits de leur vie quotidienne. Les médias sociaux nous ont fait voir Mendy et Pogba inviter le président Emmanuel Macron à effectuer un dab avec eux dans le vestiaire, et le lendemain, la photo de Pogba avec la famille du milieu de terrain N’Golo Kanté à la fête de l’Elysée. Kanté a grandi dans la banlieue de Paris, mais sa mère et ses tantes s’habillent à la maniere traditionnelle Malienne. Pogba les salue avec respect et s’assoit, en pleine liesse, pour parler à la mère de Kanté comme un bon fils. Un « alhamdullilah » (louange à dieu) est prononcé. Nous sommes au coeur du pouvoir français. C’est la France. C’est français. C’est africain.

The « French team » est française. Ses joueurs représentent la République et son évolution. Jeunes, triomphants, influents, aimés, ils sont les moteurs d’une nouvelle culture et le savent. Ceux qui, en France et à l’étranger, cherchent à les enfermer dans des cadres idéologiques depassés – des politiciens comme Macron, des diplomates comme Araud, des humouristes comme Noah – le font à leurs risques et périls. Ces jeunes gars sont à des lieues de ce genre de problèmes, ils s’amusent et prennent la vie du bon côté.

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