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LES ENSEIGNANTS ANTILLAIS, piégés, paresseux, ou IDIOTS UTILES ?

Certains enseignants antillais vivraient de la sieste subventionnée, brocardent certains, brandissant les statistiques terrifiantes aux Antilles, des dépressions, burn-out, ou congés de maladie.

Nous ne nous placerons sûrement pas sur ce terrain. Mais La Fabrique du crétin, de Jean-Paul Brighelli, ouvrage paru en 2005, et qui dénonçait une fois de plus, les terribles insuffisances du système éducatif, sonnait la curée de l’école et se joignait au massacre des Pédagogues, pas toujours injustifié., il est celui qui la dirige. Ce livre au titre provocateur et racoleur annonce son parti-pris agressif, résumait Marilyne Camhi, dans le Figaroscope, tout en indiquant que ce portrait intransigeant, et l’outrance du propos, nous obligent à réagir, à réfléchir sur ce sujet dangereusement passionnant.

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Prenez un Directeur (ou Directrice) d’école aux Antilles, affecté pour cette rentrée scolaire. Alors qu’il (elle) méprisait les élèves, les détestait, ou les insultait, il y a encore quelques mois, qu’il (elle) pestait, il y a peu, contre «  des barbares déculturés ainsi que des ignares imbus d’eux-mêmes voués à la consommation à forfait illimité », « des ignares arrogants car inconscients de leur propre ignorance qu’ils prennent pour une vertu ou une forme de liberté de pensée », qu’il (elle) n’avait pas de mots assez durs pour fustiger la société du spectacle qu’est devenue l’institution scolaire, il (elle) adhère désormais sans réserve à la cause qu’il (elle) est chargé de défendre ou de promouvoir, et tout au contraire, on est absolument sûr qu’il(elle) va la magnifier, la charger de toutes les vertus, et surtout que son propre ravissement constituera la clef de voûte de l’extraordinaire bonne conscience de ces directeurs d’école.

Pierre Frackowiak, qui a été instituteur, puis inspecteur pendant 30 ans, dans L’évaluation des enseignants, n’est pas tendre : «  Je lis tant de textes de collègues auto-satisfaits, dont les pratiques réelles sont aux antipodes de leurs déclarations. Que d’illusions ou de prétentions chez bon nombre de collègues ! Il nous faut des pilotes, des managers, répètent-ils… (Et) Les pilotes, les managers et les petits chefs sont contents. »

Car l’idiot utile n’est pas l’idiot de la psychiatrie mais un esprit incapable d’appréhender certaines évidences qui s’imposent à tous. La légende veut que ce soit à Lénine que l’on doive cette expression.

Il fallait faire croire que le paradis des Travailleurs se construirait rapidement dans l’ex-Union Soviétique. La plus gigantesque machine de propagande de tous les temps se mit en place, et pendant des décennies des intellectuels occidentaux firent des visites guidées, étroitement encadrés, et chantèrent les louanges du système soviétique à leur retour.

L’expression est restée. L’idiot utile est la personne qu’on manipule, et qui tresse elle-même la corde avec laquelle on la pendra.

Car la réalité que nul ne peut contester c’est que la Guadeloupe est le premier département pour les taux d’absentéisme scolaire, que 34 % des jeunes scolarisés en Guadeloupe quittent l’école sans aucun diplôme, que les résultats des écoliers guadeloupéens sont toujours plus accablants d’année en année, que les éducateurs sociaux insistent sur le fait qu’un jeune sur quatre qui a malgré tout appris à lire deviendra analphabète en Guadeloupe, dans les 5 années qui suivent sa sortie du système scolaire.

Pourtant alors même que la Descente aux enfers se poursuit, les Directeurs d’école et chefs d’établissement aux Antilles sont narcissiques, grandiloquents, avec juste ce qu’il faut de tremolos dans la voix, pour apprécier l’insigne mission qui leur est confiée. Ils prennent le peuple à témoin, haranguent leurs partisans. On leur tend des hochets, et ils ne se rendent même pas compte qu’on détourne leur attention de l’essentiel, à savoir l’abandon définitif de toute transmission des savoirs. Ils proposent une médecine illusoire, sont les acteurs d’un théâtre d’ombres, dont ils devraient être les premiers à reconnaître le caractère factice.

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Vous pensez que j’exagère. Lisez Jean-Claude Michéa, dans L’enseignement de l’ignorance ( et ses conditions modernes ) Editions Climats, paru en 1999. Florent Jullien a en quelques lignes magistrales synthétisé sa pensée.

L’ignorance des élèves ne constitue pas un dysfonctionnement, mais est un élément nécessaire et une condition du développement de nos sociétés modernes. Il s’agit pour les apôtres ( de ce système), d’en faire un individu parfaitement libre pour consommer, c’est-à-dire parfaitement égoïste et ignorant. Pour créer l’Homo Oeconomicus que postule et veut ( le monde contemporain), il faut que l’école cesse de transmettre.

Les réformes de l’école dictées par ces impératifs, fournissent à l’économie :

  • une minorité d’excellence, où les enfants de l’élite continuent d’être éduqués selon les valeurs et références traditionnelles
  • un ensemble de cadres d’exécution, formés pour des routines dépendant du contexte technologique, se réadaptant grâce aux stages et didacticiels de la formation continue
  • mais pour les 4/5 de la population, et dont on doit pourtant assurer la gouvernabilité, tout savoir serait inutile ou dangereux.

IL CONVIENT D’ENSEIGNER L’IGNORANCE , CE QUI NE VA PAS DE SOI.

Les enseignants doivent renier leur savoir, et devenir les animateurs d’une Ecole-Lieu de vie grande ouverte à la société civile, à ses pulsions, ses intérêts, et à ses modes publicitaires, et les fers de lance d’un dressage anthropologique orchestré par les médias et les industries de loisirs.

Prenez l’exemple du Canada. Le Docteur BOLDUC, ex-ministre de l’Education , a eu son heure de gloire, avec cette formule retentissante, pour affirmer qu’il n’y avait aucun problème à ce que les commissions scolaires coupent dans les achats de livres. «  Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça ». Les spécialistes affirment que les firmes mondiales elles-même misent sur 50 % d’analphabètes fonctionnels, avec l’exemple d’IKEA qui a retiré tout texte de ses notices de montage pour ne retenir que des schémas.

TOUTE RESISTANCE EST-ELLE ILLUSOIRE AUX ANTILLES ? La grande manipulation des masses est en route. Dénoncer les jeux du cirque ( processions et fêtes pour bacheliers avec mentions, alors que par le jeu des options, l’obtention du bac a été pour le moins facilitée à l’excès ; médias complices d’une absence totale de référents culturels pour des scolaires  et se complaisant à leur proposer des «  artistes » de cultures ghetto sans envergure proches du degré zéro ; période du carnaval* où les petits sont épuisés, mais où l’institution scolaire remet une petite couche ; parents antillais se vautrant dans la mondialisation et succombant avec délices à ses sirènes), peut mener à l’échafaud, avec des chefs d’établissement prêts à affirmer qu’un avenir radieux est proposé aux élèves, une élite inexistante, et une masse beuglante, et inculte, -dans laquelle l’auteur de l’article avoue humblement qu’il s’est fondu-.

*(A ceux qui ne jureraient que par le carnaval, je leur fais remarquer que ce dernier, tant au niveau festif, que culturel, et sociétal, ne s’appréhendait pas sans la période du carême, qui est de nos jours totalement occultée. Le carnaval traditionnel était en fait couplé intelligemment à une période de privations propices aux études ! )

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Théo LESCRUTATEUR

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