Société

Les difficultés du secteur agro-alimentaire ultramarin

Approvisionnement compliqué, concurrence avec les pays voisins à bas coûts, le secteur agroalimentaire en Outremer fait face à un ensemble de difficultés. Extraits source AFP

« Nous travaillons avec une vingtaine d’agriculteurs, pour le reste ce sont des particuliers qui nous amènent les fruits » venant de leur jardin « car il y a un manque de fruits en Guyane », raconte à Bernard Boullanger, fondateur de la marque de confitures et de sirops Délices de Guyane. … L’industriel doit payer cash ces contributions et est parfois passé pas loin de la pénurie, notamment de piments, par manque de culture intensive. « Le développement végétal est aujourd’hui à son balbutiement en Guyane »…

L’entreprise martiniquaise de fruits tropicaux Denel a choisi de développer un groupement de producteurs de goyaves pour sécuriser son approvisionnement. Après un travail de longue haleine avec les petits producteurs, l’entreprise peut maintenant compter sur un total de 60 hectares cultivés, explique son directeur Philippe Vourch. Mais « est ce que ça vaut le coup de transformer les fruits locaux, plutôt que de faire entrer des containers ?», autrement dit de s’approvisionner à l’étranger, s’interroge le patron guadeloupéen de la marque « Caraïbe croc saveur » Tony Mohamedaly.

En effet, la production locale est beaucoup plus chère que les fruits importés de pays voisins, car elle est soumise à des règlements phytosanitaires européens très stricts… La question de la concurrence exercée par leurs voisins qui ne subissent ni les mêmes charges, ni les mêmes réglementations environnementales et sociales est un souci constant dans les départements d’outremer.

« Je ne peux pas me battre avec Madagascar, avec (l’île) Maurice, mais je peux me différencier », assure le réunionnais Gérard Rangama, patron de la marque de confitures « Soleil Réunion ». Il met en avant le succès de sa confiture au chouchou parfumée au géranium, primée au concours général du Salon de l’agriculture, pour expliquer que c’est l’innovation qui fait la différence.

« La République Dominicaine, le Brésil, l’Équateur sont à quelques jours de mer de chez nous », constate Philippe Vourch, des pays où « un bon salaire est de l’ordre de 400 euros par mois », alors « il y a un vrai enjeu à faire en sorte d’être dans des conditions de jeu au moins au niveau sanitaire ».

Pour cela il faut pouvoir s’équiper des meilleures machines, investir, et là encore les industriels ultramarins dénoncent des entraves propres. En Guadeloupe, « les banques sont plutôt des caisses de dépôt que des banques » ironise Tony Mohamedaly. On lui a demandé « 150 % de garantie de prêt » pour les investissements qu’il voulait réaliser.  « C’est très long pour avoir des décisions bancaires », témoigne Bernard Boullanger qui a attendu jusqu’à 9 mois l’autorisation pour l’obtention d’un prêt. « Les banques sont très frileuses », et en plus « aucune décision bancaire n’est prise en Guyane », tout passe « par la métropole », assure-t-il.

Le secteur agro-alimentaire représente dans les départements d’outremer près de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et 12.000 emplois, soit le tiers des salariés de l’industrie des Dom.
Par ailleurs, les Dom exportent 40% de leur production vers la métropole, en grande partie du sucre et des boissons, mais importent 75% de leur alimentation depuis l’hexagone.

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