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Lycinaïs JEAN : Je change selon mes envies et je fais les choses comme je le sens

Lors de notre première rencontre, elle n’était qu’un espoir de la musique antillaise. Elle a comme particularité de plaire à toutes les générations. Nous la retrouvons avant sa prestation à l’Élysée Montmartre le 4 novembre. Une interview où l’on devine sous des dehors timides qu’elle n’est pas du genre à se laisser faire.

 

97L : Quel effet cela fait-il de passer de vidéos postées sur les réseaux sociaux à une salle de spectacle prestigieuse ?

C’est bien. C’est assez rassurant, ça me conforte dans l’idée de vivre de ma passion. Je suis plus à l’aise pour y croire et pour me battre.

97L : Lycinaïs, d’où vient ce prénom original ?

Il s’agit d’une composition de lettres de mon vrai prénom, de mon nom de famille et du prénom de ma mère. Mais je préfère les garder secrets, cela rajoute au mystère. Quant à Jean, je précise qu’il faut le prononcer comme dans Billie Jean.

Un seul objectif : le 4 novembre

97L : Au niveau musical, comment te définis-tu ?

On souhaite souvent mettre un artiste dans un style, donc je me considère comme faisant de la Pop caraïbéenne. La Pop music populaire est un mélange de divers styles  ce qui me correspond aussi beaucoup car dans mes compositions, je vais d’un style à l’autre. Je change selon mes envies et je fais les choses comme je le sens.

97L : Et tes influences musicales ?

J’ai une culture créole, j’ai grandi entre l’Hexagone et les Antilles, donc mes premières influences sont d’abord caribéenne, antillaise, puis je dirais la musique urbaine comme le R&B, la Soul, un peu ce qu’on entend dans toutes les radios européennes.

97L : En tant qu’auteur-compositeur d’où vient ton inspiration ?

Comme tous les artistes, je vais sortir une phrase cliché mais je dirais de mon vécu, c’est vraiment mes émotions que je mets à plat où il peut s’agir d’une situation de quelqu’un de mon entourage à laquelle je suis sensible et si j’y suis sensible, forcément, je vais trouver les mots pour en parler et me mettre à la place de cette personne et m’imaginer les sentiments qu’elle traverse.

97L : Ton album c’est 100% toi ?

C’est pour ça que j’ai voulu que ça soit un album Eponyme car c’est en tout cas une bonne partie de moi que je livre à travers cet album.

97L : Avec le titre ‘’Je suis condamnée’’, quel message souhaites-tu livrer ?

C’est le dernier single qui est sorti récemment. Il s’agit d’une histoire d’amour pas des plus heureuse. Une femme se voue à un homme, en espérant plus. Elle lui donne tout mais c’est un homme qui se contente de ce qu’il a, avant de trouver mieux. Mais je tiens à rassurer. L’album a des messages assez positifs. Par exemple le morceau Arc en ciel, je suis dans une réflexion. Dans le refrain je dis : Je ne veux pas perdre l’essentiel, mon instinct originel. Pour moi c’est la capacité  de l’homme à pouvoir aimer, à avoir des sentiments. C’est un morceau qui livre mon envie de retomber amoureuse, de revivre certaines choses qui vont me faire pleurer de joie, de peine, qu’il se passe des choses dans ma vie. On pourrait résumer par : Malgré les épreuves, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir…

97L : Très original ton feeturing avec Keros’N, on aurait dit une nouvelle manière de drague à l’antillaise.

(rires) Nouvelle, je ne sais pas trop. Oui, c’est lui qui a eu l’idée, il a bien joué le jeu. Il garde son côté antillais quand même. Il voulait dans l’histoire que je cède pour son côté machiste mais j’ai dit non, ça n’allait pas dans mon sens. J’ai trouvé cette collaboration très sympa, très agréable et c’est une personne très cool.

Pour ce titre Siren, j’ai joué sur les rimes. J’ai trouvé le refrain en premier avec un petit son de sirène : un mélange avec reine. Pour moi cela donne une belle image de la femme.

97L : Qui souhaites-tu remercier pour le démarrage ta carrière ?

Un peu tout le monde. Plusieurs personnes m’ont abordée lors de la sortie de cette reprise de PSE dont mon premier producteur avec qui j’ai sorti le titre ‘’Aimer’’.  C’est lui qui m’a propulsée mais ensuite j’ai préféré avancer seule, donc pendant 2-3 ans c’est mon public qui m’a porté, je me suis débrouillée financièrement pour que mes projets fonctionnent. J’ai dû économiser et faire des choix mais c’est réellement grâce au soutien de mon public que j’ai surpassé ces difficultés.

97L : Est-il facile de s’auto-produire, de travailler seule et de vivre de la musique ?

Ce n’est pas facile du tout, car lorsque l’on est dedans on ne s’en rend pas vraiment compte, on ne peut compter que sur soi-même, en le faisant avec amour et passion. Je ne suis pas quelqu’un qui ose frapper aux portes et qui va aller de gauche à droite. J’ai fait quand même tout ce que j’ai pu. Maintenant j’ai un manager, une équipe qui m’entoure. Je me rends compte à quel point c’est difficile. J’ai des personnes qui me poussent c’est beaucoup plus simple et je délègue davantage.  Ce n’est pas facile du tout surtout au début lorsque tu n’as pas de revenus stables mais c’était une bonne expérience.

97L : N’est-ce pas le problème de nos musiques pour passer à l’échelon supérieur ?

Je pense que ça vient aussi en partie de chez nous, je ne sais pas réellement si c’est la culture, mais c’est l’une des raisons qui m’a fait revenir sur Paris. Je me suis installée là-bas, j’ai fait mon bout de chemin, j’ai vu où étaient les limites. Moi je n’avais pas ces limites là dans la tête, je me suis dit que je voulais aller plus loin.

Malheureusement j’ai dû chercher plus ambitieux que moi, des personnes qui ne vont pas réprimer mes rêves. Souvent on te dit que tu vises trop haut, que tu devrais te contenter de ce que tu as. Je me sentais la capacité de le faire, d’aller plus loin, peut être que je me trompe mais je pense que c’est nous même qui mettons nos limites.

97L : Parlons du concert de l’Elysée Montmartre, combien de musiciens pour t’accompagner ?

Nous serons 7 sur scène. Mon batteur : Thomas Bellon qui a fait partager ma reprise de Patrick Saint Eloi auprès de Kassav’ que j’apprécie beaucoup d’ailleurs. Remi Rascar à la basse. C’est une personne très sérieuse, très carrée à qui je fais entièrement confiance sur la composition de l’équipe. A la Guitare, Jean Michel Mahi avec qui j’ai co-composé Parfait Tourment, un titre qui n’était pas prévu sur l’album à l’origine. Au piano un jeune pianiste, Hugo très talentueux, et 2 choristes. J’aurai une équipe solide en qui j’ai confiance et nous nous faisons confiance mutuellement.

97L : Après l’Elysée Montmartre qu’est-il prévu ?

En mai, une grande première pour moi : un voyage aux Etats-Unis. Avant ça bien-sûr nous irons aux Antilles et en province.

97L : On a été surpris de ne pas te voir sur le GMZ.

On me pose souvent la question. Même pendant le concert au Zénith (car j’y étais) j’ai reçu des messages et surtout pour « Rev en mwen ». Qui sait ? Une prochaine fois peut être. Cela me ferait très plaisir.

97L : Quel artiste te fait rêver ?

J’aime beaucoup par exemple Tarrus Riley le chanteur de reggae jamaïcain. Si demain il me propose un featuring, je ne peux pas refuser. J’aimerais beaucoup travailler avec des artistes plutôt anglophones, voir français ; histoire de m’ouvrir au national voire l’international car mon but est de représenter la Caraïbe ailleurs.

97L : Dans toutes les interviews on te parle de ton identité sexuelle, n’es-tu pas agacée par ces questions ?

C’était inévitable dans la société actuelle. Tout le monde à ses préférences amoureuses. Moi je le définis comme cela car je n’ai pas décidé, ce n’est pas une orientation c’est comme ça que je suis. Ce sont des aventures sentimentales. D’ailleurs, je l’ai reproché à énormément de journalistes lors d’interviews notamment car oui, je m’assume et je ne vais pas changer qui je suis mais je suis également une personne, une artiste. Je m’y attentais lors de la sortie de mes clips et je ne vais pas les incriminer pour ça, mais j’aurais souhaité qu’on me parle de mes projets musicaux plutôt que de mes préférences amoureuses.

97L : #BalanceTonPorc, qu’est-ce que cela évoque pour toi ?

J’ai fait un post dessus, il y a quelques jours. Je n’ai pas balancé mon porc car il y en a tellement et si je devais porter plainte ce serait contre la moitié de la Terre. En tant que femme ayant des préférences amoureuses différentes c’est encore pire. Je ne vais pas condamner tous les hommes, je ne suis ni militante ni féministe (je l’ai été il y a longtemps) mais beaucoup de femmes s’enferment dans une bulle de haine. J’ai plus d’amis hommes que de femmes et ce sont des gars civilisés ! Il n’y a pas de raison d’incriminer tous les hommes, mais ça reste une réalité. Parfois ils ne se rendent pas compte de leur comportement : une fois après une première drague qu’il y a refus, laisse tomber. A partir de là, cela devient du harcèlement.

 

Melody 

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