Société

Les bleus, miroir fragile et imparfait de la France

Pour El Pais, quotidien généraliste espagnol, Marc Bassets revient sur l’équipe de France de football qui reflète l’histoire coloniale du pays et les débats cycliques sur son identité sous le titre « Les bleus, miroir fragile et imparfait de la France ».

La diversité de l’équipe de football incite à une réflexion accrue – la présence des minorités plus grande dans ce sport que dans le reste de la société – sur l’intégration dans ce pays au long passé colonial et souligne, en revanche, la faible présence de ces citoyens au sein de la classe dirigeante française.

Les bleus ont toujours été, dans l’imaginaire républicain, l’écran sur lequel étaient projetées les obsessions sur l’identité nationale. Quand tout se passe bien – en équipe nationale – le football représente un idéal. Quand ça tourne mal, il résume tous les dysfonctionnements de la société.

Ces joueurs sont français, tout comme Kopa, Platini, Fernandez…

 » Vous pourriez étudier l’histoire sociale de la France à travers le football », explique l’écrivain Abdourahman Waberi, né à Djibouti et professeur à l’Université George Washington. « Dans les années 1950, il y avait des joueurs avec des noms polonais : les gens du nord et de l’est de la France, les bassins ouvriers. Puis sont arrivés les Italiens. Dans les équipes des années 70 et 80, on voit des noms italiens et espagnols. Et à partir du milieu des années 80 et 90 les enfants de l’Afrique postcoloniale « .

« Réduire l’équipe de France à l’immigration peut conduire à des malentendus. Ces joueurs sont français, tout comme le polonais Kopa, l’italien Platini, l’espagnol Fernandez … Certains sont des enfants ou petits-enfants d’immigrés. D’autres, sont nés dans des territoires comme les Antilles, qui ont appartenu à la France depuis le XVIIe siècle, tandis que, comme le rappelle Waberi, Nice n’est annexée à la France que depuis un siècle et demi « .

Il est vrai que ces équipes – la France, mais aussi la Belgique et l’Angleterre, pour ne considérer que les demi-finalistes du Mondial en Russie – sont la preuve d’une Europe multiethnique. Ce sont des états qui, au moins sur le papier, ont offert, chacun avec des modèles différents, des moyens d’intégrer les vagues successives d’immigrants. Les États-Unis  correspondent également à ce modèle qu’on appellerait maintenant des « démocraties libérales ».

Dans le cas français, le reflet de la sélection n’a jamais été parfait, voire souvent trouble. Il y a 20 ans, la France remportait la Coupe du Monde et vivait une idylle avec la sélection black-blanc-beur de Zidane, un jeu de mots aux couleurs du drapeau, transformé en noir-blanc-arabe.

Trois ans plus tard, il y a eu l’episode des sifflets contre La Marseillaise lors d’un match France-Algérie au Stade de France, que certains ont vécu comme un affront… Et en 2002, Jean-Marie Le Pen, hostile à l’identité noir-blanc-beur, atteignait le second tour des élections présidentielles (sa fille, en 2017, a réitéré cette performance et obtenu plus de 10 millions de voix).

Les soubresauts n’ont pas cessé. En 2005, après les émeutes des banlieues, l’intellectuel Alain Finkielkraut regrettait que l’équipe française soit «noire-noire-noire, ce qui provoque des moqueries dans toute l’Europe». L’exclusion, toujours en vigueur, de Karim Benzema en équipe nationale, a amené le joueur à suggérer l’existence d’un lobby raciste, bien que la raison officielle de son éviction soit son implication présumée dans une obscure histoire de chantage sexuel. La faible proportion de descendants algériens dans la sélection a également conduit certains commentateurs il y a quelques années à se demander : «Où sont les Arabes?»

Pour 12 députés élus, en Seine St Denis il n’y en a qu’un issu de l’immigration

Il semblerait que les victoires en Russie et la bonne ambiance chez les Bleus aient écarté toute controverse cette fois. Le football devient alors une forme de pédagogie : apprendre que François ou Zinedine sont tous deux citoyens français.

« L’équipe de 98 ou celle d’aujourd’hui est la France, parce que la France est un condensé de toutes les vagues successives arrivées au cours du XXe siècle», explique William Gasparini, sociologue et professeur à l’Université de Strasbourg. Il ajoute : « La diversité que nous voyons dans le football de haut niveau n’est pas reproduite en politique. Si vous regardez les députés du département de la Seine-Saint-Denis, avec une forte immigration, il y a peu de députés issus de l’immigration.  » Pour 12 députés élus, il n’ y en a qu’un, et ce dans le district de la banlieue par excellence, d’où viennent plusieurs bleus, y compris le nouveau héros, le véloce Kylian Mbappé.

Il reste encore du chemin à parcourir.

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