Société

L’épidémie dans les outre-mer va s’aggraver dans les semaines qui viennent

Avis du conseil scientifique Covid 19 Outre-mer le 8 avril 2020

Les territoires d’outre-mer sont frappés par l’épidémie de Covid-19 avec un décalage de plusieurs semaines dans le temps par rapport à la métropole…

• 2 territoires au stade 1 de l’épidémie : Wallis et Futuna et Saint Pierre et Miquelon où le 1er cas de Covid-19, asymptomatique, vient d’être identifié en fin de quatorzaine préventive chez un voyageur.
• 5 territoires au stade 2 : la Guyane, la Réunion, Mayotte, la Nlle Calédonie, et la Polynésie française.
• 4 territoires au stade 3 : La Guadeloupe, Saint-Martin, Saint Barthélémy et la Martinique, en raison d’une augmentation des cas autochtones indiquant une circulation du virus sur l’ensemble du territoire.

Les Antilles sont aussi confrontées au risque de Covid-19 à bord des navires de croisière. Ainsi un bateau actuellement en quarantaine au large de Fort-de-France est touché par l’infection et a dû transférer certains membres de son équipage au centre hospitalier universitaire de Fort de France.

En Guyane, sur le Haut-Maroni, les allées et venues de pirogues d’orpailleurs clandestins venus pour la plupart du Brésil, se multiplient, sans aucun respect du confinement. Elles font craindre une propagation accélérée du virus parmi les amérindiens. Un autre sujet d’inquiétude, généralisé à l’ensemble des territoires tropicaux, est celui de la recrudescence de la dengue depuis quelques mois. La prise en charge des malades fébriles risque de s’en trouver compliquée.

La situation à Mayotte est particulièrement préoccupante : + de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, 30 % des habitations n’ont pas l’eau courante et l’offre de soins est limitée. Cependant, 50 % des habitants ont – de 18 ans et seulement 4% + de 70 ans ; à tempérer par le fait que diabète et obésité, facteurs de risque de formes graves de Covid-19, touchent une partie importante de la population…

POINTS D’ALERTE

1) L’épidémie dans les territoires d’outre-mer va s’aggraver dans les semaines qui viennent

… Le Conseil scientifique attire l’attention sur le fait que, même s’il est possible d’affirmer que les mesures prises à ce jour auront, et ont déjà un impact, il est impossible aujourd’hui de dire quand les pics épidémiques seront atteints, et quel niveau ils atteindront dans chaque territoire.

2) Renforcement des capacités hospitalières

Les capacités en réanimation… sont loin d’être saturées… Il faut cependant rester prudent, car même si la population est majoritairement jeune, et donc moins à risque de forme grave de Covid-19, la présence de comorbidités comme hypertension, diabète et surpoids pourrait se traduire par un nombre important de formes sévères.

… Il est important de souligner que l’accroissement des besoins en lit de réanimation s’accompagne de l’accroissement en besoin d’équipements divers, tels les respirateurs (un nombre important de respirateurs a déjà été commandé. Ils sont en cours d’acheminement).
A titre de comparaison, en métropole les besoins en lits de réanimation ont globalement été multipliés par deux à trois depuis le début de l’épidémie de Covid-19…

3) Tests diagnostiques (RT-PCR COVID) : une stratégie « test, test, test » dès maintenant

Les besoins en dépistage du SARS-CoV-2 par écouvillonnage nasopharyngé sont grandissants. Il est important de s’assurer de la disponibilité de ces tests…

Renforcer certains laboratoires hospitaliers, avec des équipements qu’ils maîtrisent bien est une nécessité dès à présent. De la même façon, les stocks en réactifs et matériels de prélèvement arrivent à leur fin dans beaucoup de centres. Il est nécessaire dès à présent de passer de nouvelles commandes, spécifiques et personnalisées. Une stratégie de package « machine + petite équipe » doit être privilégiée. L’équipe doit être composée de 4 à 5 personnes, venant de métropole pour une formation et une accélération de la mise en phase opérationnelle. Le partenariat public-privé pour le réseau des prélèvements COVID doit se mettre en place dès maintenant.

4) Equipements, traitements et suivis épidémiologiques

Une grande préoccupation actuelle des ARS est la disponibilité des masques et des équipements de protection individuelle. Des commandes sont en cours. Il est impératif d’éviter les ruptures de stock et de permettre une large utilisation des masques en privilégiant en cas de tension les personnels de santé.

Sur le plan thérapeutique, et selon un principe de justice sociale, il sera nécessaire d’organiser, de manière médicalement contrôlée, l’accès aux traitements du Covid-19 en cours d’investigation, dans le cadre de procédures dites compassionnelles. Il est recommandé d’attendre les premiers résultats intermédiaires des études en cours…

Les gels hydro-alcooliques doivent être disponibles largement pour les personnels de santé.
Concernant la surveillance épidémiologique, notamment pour le suivi actif des contacts des cas, il est nécessaire de renforcer très fortement les équipes sous la coordination de l’équipe locale de Santé publique France, en s’appuyant sur les différents acteurs de santé.

10 RECOMMANDATIONS

1. Poursuivre le confinement strict dans les territoires d’outre-mer, jusqu’au décours de la vague épidémique, en intensifiant les mesures en faveur des populations précaires, comme l’aide alimentaire, avec l’aide des associations locales et éventuellement des Forces Armées déployées.

2. Renforcer dès à présent les hôpitaux en doublant leur capacité d’accueil en lits de réanimation pour les cas graves de Covid-19. Renforcer les laboratoires de biologie, avec des équipements qu’ils connaissent et des moyens humains venant de métropole si cela est nécessaire pour le diagnostic du SARS-CoV-2.

3. Continuer, dans un contexte de faible arrivage, à pratiquer la quatorzaine à l’arrivée des voyageurs, idéalement en structure dédiée, assortie d’un test de dépistage RT-PCR immédiat à tous les voyageurs symptomatiques et systématiquement à tous les voyageurs en fin de quatorzaine.

4. Renforcer en nombre et en formation les équipes hospitalières, en mobilisant éventuellement la Réserve Sanitaire et le Service de Santé des Armées, pour pallier à la pénurie de personnels de santé dans certains territoires.

5. Mettre en place, en appui aux mesures de quatorzaine préventive, un isolement des cas dans des structures dédiées et un suivi actif des contacts.

6. Pour Mayotte spécifiquement, envisager l’installation d’une structure extrahospitalière médicalisée pour l’isolement des malades non graves du Covid-19.

7. Tester, tester, tester. A ce stade épidémique dans les outre-mer, toute personne suspecte de Covid-19 doit pouvoir bénéficier d’un test diagnostique. Il faut mettre en place dans chaque département/territoire une unité fonctionnelle RT-PCR, dimensionnée à la hauteur du bassin de population.

8. S’assurer de la bonne disponibilité, sans rupture de stock pour les soignants, des masques, des équipements de protection individuelle et des solutions hydro-alcooliques.

9. Renforcer dès à présent les équipes d’épidémiologie et de suivi des contacts, sous la coordination de l’équipe locale de Santé publique France.

10. Permettre en usage compassionnel, voire dans le cadre de protocole de recherche pour certains territoires, l’accès aux traitements antiviraux qui auront montré leur efficacité contre le Covid-19 en analyse intermédiaire d’efficacité des études cliniques en cours.

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