Culture

Le racisme dans le football brésilien

Pelé, Didi, Leônidas, Ronaldinho… la liste des stars brésiliennes est interminable. Une production de la chaîne HBO Latin America « les noirs dans le football brésilien », série en quatre épisodes, dont le premier sera diffusé le 30 août, abordera les difficultés auxquelles les joueurs noirs ont dû faire face pour gagner leur place dans ce sport. Basée sur le livre au titre eponyme de Mário Filho, Cláudio Adão, Júnior, Romário et Adriano sont parmi les athlètes interrogés et des témoignages de personnalités telles que Gilberto Gil et Haroldo Costa. On attend sa diffusion en France.

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Le racisme est présent dans le football brésilien depuis sa création. Sport d’élite à l’origine, seuls les riches peuvent s’y adonner dans des clubs privés où l’équipement est importé d’Angleterre, la pratique de l’anglais même requise dans certains clubs. Un monde auquel les noirs évidement n’ont pas accès.
Par la suite, la 1ere fédération de football, la Liga Metropolitana créée à Rio au début du 20e siècle, democratise le football mais exige des clubs que leurs joueurs ne soient pas noirs.
Bangu est le premier club à oser inscrire sur la feuille de match un homme de couleur, Francisco Carregal, mais sous la menace d’expulsion de le Liga Metropolitana, écarte cet élément « non conforme ». Les métis à peau claire sont finalement tolérés.

Des lors, certains joueurs noirs vont utiliser un subterfuge. Pour cela ils se griment en blanc, s’aplatissant les cheveux et se passant de la poudre de riz sur la peau pour l’éclaircir comme Carlos Alberto, du club Fluminense qui depuis se surnomme Pó-de-arroz (poudre de riz). Le site oficiel du club, conteste cependant toujours cette version, refusant d’endosser la paternité de ce système hypocrite.

Carlos Albert Po de arroz

C’est au tour de Vasco de Gama de faire appel à des joueurs noirs au grand dam de clubs historiques tels América, Botafogo, Flamengo ou Fluminense, qui forment une liga alternative, exigeant que Vasco expulse ses athletes noirs. Vasco tient bon et participera finalement au championnat carioca en 1919, puis sud-américain en 1923, alors que le président de la république Epitácio Pessoa, avait conseillé, de ne pas convoquer de joueurs de couleur dans les rencontres internationales « afin de montrer au monde que la société brésilienne était composée de ce qu’il y a de meilleur ».

Lors de la décennie suivante, les noirs intègrent le monde du football en plus grand nombre. Leônidas da Silva, le diamant noir, est considéré par beaucoup comme la première idole du football brésilien. Puis la Coupe du monde de 1958 révéle à la planète un duo noir fantastique : Pelé, la légende, le mythe, le dieu du football et Garrincha, le plus grand joueur de l’histoire de Botafogo, le dribbleur, un autre dieu…
Il serait cependant illusoire de penser que l’homme noir a depuis toujours été respecté dans le football brésilien et mondial. Les Argentins ont l’habitude de parler des Brésiliens, en particulier des Noirs, comme de « macaquitos » (macaques). Le défenseur argentin Desábato est arrêté en 2005 après avoir insulté l’attaquant Grafite à Morumbi, emprisonné 2 jours et libéré après avoir payé une caution de 10 000 dollars. En 2014, le milieu de terrain de Cruzeiro, Paulo Cesar Tinga, passé par le Sporting Portugal et le Borussia Dortmund, subit tout le long d’un match les cris de singe des fans du Real Garcilaso du Pérou à chaque toucher de ballon. Le club péruvien a été condamné à une amende de 12 000 dollars.

Au Brésil, plusieurs cas de racisme sont avérés comme à Flamengo pour le technicien Cristóvão Borges, le gardien Aranha de Santos traité de singe dans les arènes du Grêmio. Transféré chez le rival Palmeiras, Aranha a subi cette fois des insultes racistes de la part de ses anciens supporters, fans de Santos, l’ancien club de Pelé qui reste prudemment muet sur les questions relatives au racisme.

Au mondial en Russie, le youtuber bresilien Júlio Cocielo aux 16 millions de fans a fait un commentaire jugé raciste sur Kylian Mbappé. Lors du match France-Argentine, il a tweeté  « Mbappe arriverait à faire des arrastão à la plage » l’arrastão étant la technique de vol en groupe utilisée sur les plages de Rio. Cocielo s’était déjà fait remarquer pour avoir crié « allez la guenon » par sa fenêtre à sa voisine noire. Adidas et Coca-Cola ont suspendu leurs campagnes avec lui. Mais Neymar en s’affichant tout sourire fin juillet avec Cocielo a permis à ce dernier de revenir sur le devant de la scène en s’excusant platement, plaidant une mauvaise interprétation de sa plaisanterie.

L’épisode introductif du documentaire concerne les balbutiements du football dans le pays. Le second traitera des deux figures emblématiques : Leônidas da Silva et Pelé. Le thème du troisième épisode se questionne sur  la situation des noirs au Brésil suite à la retraite du roi. Enfin, le dernier abordera le sujet du racisme dans le football européen. A voir tant pour les aficionados de la Seleçao que pour le grand public.
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