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Quand Nina Simone honorait un antillais…

Miss Nina et son chauffeur… C’est cette histoire jamais racontée que vous ne lirez nulle part ailleurs qu’ici. Partout vous entendrez qu’à Cleveland le Rock & Roll Hall of fame a dévoilé les noms des intronisés de 2018 dont Nina Simone, la cérémonie prévue le samedi 14 avril 2018. Nous, nous parlerons d’une modeste rencontre d’un jour entre deux descendants d’esclaves aux conditions sociales différentes, entre Nina Simone ayant transformé sa couleur de peau en combat et un obscur travailleur antillais chargé de la véhiculer.

L’ironie pour celle qui a connu la gloire pour sa version de «I Love You, Porgy» de George Gershwin, est que l’étiquette de jazz ne lui convenait pas. « Jazz est un terme blanc pour définir les personnes noires. Ma musique est de la musique classique noire « . Car son rêve etait d’être la première artiste noire classique.

Dans la chanson Four Negro Women, l’égérie des droits civiques pour les Afro Américains se décrivait en ces termes : « J’ai la peau noire, de longs bras, les cheveux laineux mais le dos solide. Et les cheveux d’une de ces femmes (les quatre de la chanson) sont comme les miens ».

Tout cela vous pourrez le lire. Sa bipolarité, ses amours…  Mais personne ne vous racontera la rencontre entre cette grande artiste et un obscur chauffeur guadeloupéen chargé de la conduire depuis l’aéroport du Bourget.

A la vue de la couleur de peau du conducteur, la pianiste s’anime. Elle veut tout savoir de lui : son origine, sa venue dans l’hexagone, sa famille, les etudes de ses enfants, sa vie au quotidien, son ressenti sur le racisme en France. Et lui, gêné, repond un peu évasivement, étonné d’etre l’objet de telles attentions. Quand les mots en francais ne lui viennent pas, c’est visiblement agacée qu’elle demande à la traductrice l’accompagnant de transmettre ses questions.

C’est presque soulagé qu’il la depose à son premier rendez-vous, suivi d’autres. Mais elle revient invariablement à la charge. Elle connait bien la Barbade, établit des comparaisons. Lui s’enhardit, se sent plus à l’aise. Ils ont tant de choses en commun. La grande Nina Simone est avide de connaitre sa vie. Il découvre que ses opinions qu’il a pris tant d’années à cacher sont prises en compte.

Reste un dîner de gala et la mission de notre chauffeur sera accomplie. Alors qu’il attend patiemment dans la voiture, on insite pour qu’il aille dans la salle de reception. Là, Nina Simone en personne le fait asseoir parmi les convives et réclame pour lui le même repas que celui qui lui est proposé arguant qu’il est le seul noir qu’elle ait rencontré de la journée et qu’en tant que « représentant de la communauté », il se doit d’etre honoré.

L’histoire s’arrête là. Il la déposera à son hôtel et rentrera chez lui, fier d’avoir été écouté, fier de ses origines. Et le 14 avril, notre chauffeur, maintenant à la retraite aura une pensée pour sa « soeur » Eunice Kathleen Waymon. Peut être écoutera-t-il Strange Fruit, « Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines, Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud » contant le lynchage de noirs aux États Unis, et sentira-t-il comme une étrange impression de noeud de corde serrant son cou. Oui Nina Simone était un peu nous-mêmes.

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Joël DIN

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