Musique

Le Compas Direct, patrimoine en péril

 

… Certains considèrent le 26 juillet 1955 comme la date de naissance de ce genre musical… (le compas direct) date à laquelle Nemours Jean-Baptiste et ses collègues musiciens avaient fait leur première prestation, … au centre-ville de Port-au-Prince, à la Place Ste. Anne…

L’Ensemble Nemours Jean-Baptiste fut la plus moderne des créations du maestro, où il mit en évidence ses qualités d’innovateur. Il eut le soin d’ajouter un second tambour au sein de l’Ensemble. Il remplaça les timbales par la batterie et détacha le tom du kit de batterie, pour faciliter la tâche du batteur. Ainsi, le tom basse (gong) était créé. Nemours Jean-Baptiste introduisit la guitare électrique, puis la guitare basse pour substituer à la contrebasse. Ses innovations ne s’arrêtèrent pas là, il jugea bon d’introduire aussi les claviers et un vibraphone.

… À l’époque, Nemours Jean-Baptiste invitait personnellement et encourageait les gens à venir au rendez-vous du 25 juillet, à la Place Ste Anne. Il roulait lors une voiture SIMCA (… mise sur le marché en 1934), et il annonçait l’événement à l’aide d’un mégaphone,  disant : map tann nou tout sou Plas Sentann le 25 jiyè. C’était là une forme de promotion et de marketing du maestro. L’histoire a bonne mémoire.

La Place Sainte Anne (ici rénovée après le tremblement de terre), là où tout a commencé un 25 juillet 1955

L’état de santé du Compas Direct interpelle les consciences

… Encore une fois, de vains débats sans propositions de solutions ont été faits autour du devenir de ce genre musical. Plus on change le décor, plus c’est la même image qui se dessine dans l’esprit de tout le monde. Et l’on se pose les mêmes questions : Où va le compas direct ? Comment le tirer du marasme dans lequel il est profondément plongé ?

… Des musiciens du monde compas direct se montrent tous d’accord, au matin, que le compas direct se porte mal. Puis, au cours des soirées du lendemain et du surlendemain, ils clament que le compas va bien. Aujourd’hui, l’hypocrisie devient palpable dans ce circuit musical.

Il y en a parmi ces musiciens qui déclarent publiquement que : tant que les Antilles existent, le compas ne mourra pas. Voilà donc une philosophie qui montre que les musiciens ne visent pas vraiment le marché international. Ces artistes ignorent sans doute que les Antilles avaient, dans un temps, empêché la diffusion du compas direct sur leur territoire, pour permettre l’éclosion et l’épanouissement du genre musical zouk, qui a réussi. On ne doit pas blâmer ces décideurs antillais, ni leur adresser des reproches insensés à cause d’une telle décision et mesure. Ils avaient raison. Il faut qu’ils protègent et conservent leur patrimoine culturel, ce que les Haïtiens ne font pas.

 

Les musiciens ne rêvent pas vraiment de changement 

Les musiciens du compas ne s’intéressent pas vraiment au futur de ce genre musical qui constitue leur gagne-pain, ce qui leur permet de répondre à leurs besoins immédiats et à ceux de leur famille. Ces artistes sont satisfaits de leurs conditions de vie, particulièrement les créateurs de groupes musicaux. L’essentiel pour eux c’est d’avoir un contrat d’animation à honorer en fin de semaine. Ils ignorent les indices qui montrent clairement que l’industrie haïtienne de la musique n’a aucune structure… Comment expliquer qu’une industrie qui compte plus d’une cinquantaine de groupes musicaux, on ne parle que de quatre…

Combien de ces groupes musicaux avaient offert un spectacle gratuit sur la place publique en Haïti à l’occasion de la soi-disant fête du compas direct le 26 juillet, pour au moins rendre hommage à Nemours Jean-Baptiste ? Pourtant, ils disent que c’est un héritage que leur a légué le maestro. Bon nombre d’entre eux sont en tournée en Haïti actuellement et cette date qu’ils prennent pour référence est passée inaperçue, n’ayant rien offert au grand public.  Ils parlent même de ce flambeau que le maestro leur a passé. L’intensité de la flamme diminue graduellement, car ces éternels héritiers n’alimentent pas la source.

Les musiciens accusent et rendent tout le monde responsable de leurs problèmes, mais ils ne s’entendent et ne s’entraident pas. Ils n’ont même pas une association de musiciens, voire un syndicat. Le ministère haïtien de la Culture n’est pas non plus innocent dans le déclin de la culture haïtienne, particulièrement du compas direct…

Tant que les groupes musicaux haïtiens ne légalisent pas leur statut, le compas direct restera une musique communautaire destinée à une clientèle haïtienne, ici et ailleurs, qui va aux bals de moins en moins. D’ailleurs, les gens ne dansent plus. Pourtant, le compas est une musique de danse. Chaque période a ses besoins et ses exigences. Les bals en weekend deviennent lassants et constituent un poison lent administré au compas direct. Il est temps que les groupes musicaux offrent des spectacles chorégraphiés, bien conçus, pour satisfaire tous les goûts et la nouvelle demande du grand public.

Dû au manque d’éclairage, les musiciens du compas trottinent, pensant voir le reflet de la lumière au bout du tunnel. Dépendant de l’angle à partir duquel on observe les faits liés au compas direct, les bénéficiaires immédiats de ce genre musical s’illusionnent. Combien de ces musiciens peuvent définir le compas direct et parler avec facilité de son origine et de son histoire ?

La manne ne tombe plus du ciel, et le temps des miracles est révolu. Comment peut-on célébrer le compas direct dans de pareilles circonstances ? Quoiqu’on fasse ou dise, Nemours Jean-Baptiste a réussi dans ses démarches puisque son œuvre sert encore de référence après des décennies. Il faut qu’on rebatte les cartes aujourd’hui pour sauver un patrimoine en péril.

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