Culture

L’avenir de l’audiovisuel public au sein de France Télévisions n’est pas rose

Depuis 2004, RFO est rattaché à France Télévisions. Son nom a changé, le fond restant identique. La dénomination officielle étant « La Première » associée à France Ô.

Cette décision du gouvernement a eu des conséquences heureuses sur l’alignement technique de l’organisation de l’audiovisuel public outremer et son financement mais cela a été une catastrophe pour la conduite de ses missions.

L’audiovisuel public d’outremer est composé de neuf stations outremer et d’une base-support à Malakoff. Chaque station diffuse des programmes télés, des programmes radio et depuis peu s’essaie sans grande conviction à l’internet.

C’est une organisation interne classique qui reprend le schéma des stations régionales de France 3 : un directeur régional, assisté d’un directeur des programmes et d’un rédacteur en chef, qui dirigent pour chaque média les programmes ou l’Information.

Cette organisation est trompeuse et caduque car pyramidale et très jacobine. Le directeur dirige dans la droite ligne de ce que lui autorise Paris. Le rédacteur en chef local dirige sans moyen des rédactions bien souvent en attente. Il n’existe que peu de contrôle éditorial.

Pourtant, les stations de l’audiovisuel public d’outremer ont un statut technique de chaînes de plein exercice. Dans la réalité ces Premières ne décident de rien. Elles diffusent un stock d’émissions pré-programmées par Malakoff et font exécuter des micro-budgets par la production locale, bien souvent composée de sociétés de productions amies pour ne pas dire complices.

Le profil professionnel de ces directeurs régionaux est trop souvent orienté vers un profil de pur manager. Or l’époque est passée d’évaluer et de diriger une télévision locale en ne tenant compte que de la comptabilité analytique. Il faut que les missions de service public soient renouvelées et remplies.

On peut, de façon générale, dire que la télévision locale publique, tout comme la radio, d’un territoire ultramarin, doivent être considérées comme un ensemble de supports pour les populations de l’outremer et non comme des media de distraction.

L’audiovisuel Public est un ensemble d’aides à la population.

– Aide à la citoyenneté

– Aide à l’économie

– Aide à la culture

– Aide à la promotion sociale et au sport

Ces quatre grandes directions devraient piloter les programmes de télé et de radio de façon systématique. On en est loin.

Par exemple, une direction régionale va consacrer l’essentiel de son budget de production annuel (400 000 euros) à la mise en place d’un jeu télévisé de mi-journée. Mais il n’existe aucune quotidienne réalisée et produite en partenariat avec Pôle Emploi qui donne des pistes, des aides, des informations spécifiques aux personnes sans emploi, sans formation, alors que le taux de chômage explose dans tous les outremers.

La Télé publique ne joue pas son rôle dans la lutte contre la précarité, contre le chômage, contre la disparition du lien social, contre le changement climatique… Qui caractérisent nos outremers.

La réforme proposée par les conseillers de l’ADAP est de mettre en place dans chaque territoire, dans chaque station des Premières, un conseil des programmes composé de personnalités, de représentants des collectivités locales, des élus, des associations, qui oriente la politique programmatique de chaque station de l’audiovisuel public, à budget constant. La direction régionale est dès lors l’interlocuteur technique pour la mise en forme des directives de programmations.

Walles Kotra, actuel directeur exécutif de France Ô-Les Premières n’a entamé aucune action décisive dans le contexte actuel de France Télévisions.

Pourtant, il est évident que si un projet de loi oriente l’audiovisuel public vers une réorganisation globale, il faudra faire sortir l’audiovisuel public des outremers du giron de France Télévisions pour le placer sous une tutelle différente. Ni les missions, ni les obligations culturelles et politiques, ni les actions de RFO ne sont compatibles avec les chaînes actuelles de France Télévisions. Car il faudra bien appeler un chat…un chat. RFO reste une marque, une réalité populaire dans les esprits des citoyens de l’outremer comme de métropole. Si l’audiovisuel public doit retourner à sa mission primordiale : ce lien républicain entre les régions ultra-périphériques et la partie européenne, il faudra redonner un nom à cette organisation : RFO

Walles Kotra  s’est vite rendu compte que, derrière les promesses de la Pdg Delphine Ernotte, pour lui faire quitter « le Caillou », sa Nouvelle-Calédonie natale où il était Directeur Régional, il n’y avait pas grand- chose…

Une des premières décisions qu’il a prises a été de fusionner les budgets de France Ô et des Premières.

Une manip sensée protéger les intérêts des uns et des autres alors que souffle le vent mauvais de la dissolution non pas des Premières, les conséquences politiques seraient désastreuses, mais de France Ô.

Même pour ses plus fervents défenseurs, il leur faut reconnaître que la chaîne a été incapable de fidéliser des téléspectateurs avec un coût de grille qui n’est pas anodin.  Kotra s’est aussi rendu compte que les Premières servaient de variable d’ajustement à qui on faisait payer le prix fort ! Les Directeurs régionaux, de quelque régions que ce soit, sont faciles à critiquer mais il faut voir quels sont les budgets avec lesquels ils doivent travailler ! Une fois enlevées les charges techniques et ce ne sont pas les moindres, décomptée la masse salariale, énorme en Outremer avec l’indexation (un salarié dans le Pacifique égale deux salariés en Métropole) il ne leur reste que leurs yeux pour pleurer.   Un cahier des charges de moins en moins respecté sauf, bien entendu, pour tout ce qui concerne l’institutionnel et encore, bien souvent, l’Etat donne le coup de pouce nécessaire. Et on vient gratter encore ! plus d’efforts ! Il faut supprimer des emplois dans des régions où le taux de chômage est trois fois celui de la Métropole !

Cela devient indécent, méprisant, pour des populations que, dans de beaux discours, on considère comme des français à part entière (surtout en période électorale) mais qui, dans la réalité télévisuelle et radiophonique, sont des citoyens de seconde zone ! Pensez que la Haute Définition n’est pas faite pour ces gueux ! Incroyable !
Il de bon ton dans les réunions parisiennes du 8e étage de France Télévisions (la Présidence) d’avoir un petit sourire condescendant pour l’Outremer.  On ne veut pas voir la réalité : il est certes facile de se gausser des décors réalisés avec des sièges et tables de camping mais à qui la faute ? les réalisateurs ou journalistes aimeraient bien, eux aussi, disposer de budgets, sinon confortables, ils ne rêvent pas, mais qui ne soient pas ridicules. Ça ne va être simple mais comme se plait à le dire Wallés Kotra : « vous avez l’heure, nous avons le temps ». Mais là, ce n’est pas lui le maître des pendules, notamment dans les semaines et les mois à venir.

Augustin Horeau, qui, dans un premier temps, devait reconsidérer le périmètre de Malakoff (où se trouve le siège de l’Outremer télévisuel, Internet et Radio) revoit, sans le dire, sa mission qui n’est pas des plus simples. Reconstituer une espèce de RFO, c’est-à-dire couper les liens avec France Télévisions, ça veut dire récupérer un budget propre et pouvoir négocier de gré à gré avec la tutelle. Souvenons-nous que RFO, au départ, devait « s’adosser » à France Télévisions. Le résultat a été une absorption pure et simple. Ne nions pas quelques avantages : les élus ultramarins en colère ont plus de difficultés à joindre de Carolis, Pfimlin ou Ernotte que le Pdg de RFO… Contrairement à ce que d’aucuns peuvent penser, de bonne foi, qui peut encore croire que l’audiovisuel outremer intéresse le privé ?  Les coût sont tels que cela rebute toute initiative.  Combien de sociétés n’ont-elles-pu subsister que grâce aux subsides des assemblées régionales ? et ceux-ci réduits ou supprimés comme cela s’est passé dans la plupart des cas, les sociétés vivotent et quémandent… Voir la dernière intervention de la sénatrice martiniquaise Catherine Conconne.

Donc l’avenir, tel qu’il se dessine au sein de France Télévisions, ce n’est pas rose !  Il faudra être très attentif aux additifs dans la nouvelle loi pour savoir à quelle sauce seront mangés ces petits bouts de territoires français. Il est fort probable par ailleurs, au vu de documents de travail, qui fuitent opportunément, que reviendra sur le tapis la sempiternelle question du maintien des stations de St Pierre et Miquelon et de Wallis et Futuna (sachant pour ces derniers qu’il serait plus profitable d’avoir une antenne propre en Nouvelle-Calédonie qui compte la majeure partie de la diaspora Wallisienne : 27000 personnes qu’a Wallis avec 12 000 habitants).

L’Outremer a besoin d’un audiovisuel fort et de qualité.

Il ne faut pas croire que tout le monde dispose d’Internet et d’outils numériques. L’accès à l’internet , au regard des revenus des populations ultramarines, reste un luxe pour beaucoup… Dans certains territoires plus de 60 % de la population ne maîtrise pas le français d’où l’importance de l’utilisation des langues vernaculaires pratiquées par le service public. En marche vers une réforme, oui , en marche forcée non ! Qui peut tolérer aujourd’hui des pratiques que l’on croyait d’un temps révolu, ces nominations pour service rendu ou pour attaches familiales avec des cadres des Directions. Ceci étant, ce n’est pas propre à l’Outremer mais là, c’est plus visible !

Pour rappel : 1er août 2000  – Cour des Comptes

La loi du 1er août 2000 a fixé en son article 44 un cadre général de la holding dénommée France Télévisions en la chargeant des missions suivantes : ´ définir les orientations stratégiques, coordonner et promouvoir les politiques de programmes et l’offre de services, conduire les actions de développement en veillant à intégrer les nouvelles techniques de diffusion et de production et gérer les affaires communes des société .

En tant que holding, France Télévisions constitue un groupe composé des sociétés nationales de programmes et de leurs filiales, avec pour mission d’en assurer le pilotage stratégique ainsi que d’en superviser la gestion.

Outre les deux diffuseurs historiques issus de l’éclatement de líORTF, Antenne 2 devenue France 2 et FR3 devenue France 3, le groupe comprend également l’ex-Cinquième, devenue France 5, et s’est vu adjoindre récemment RFO.  

De même, les responsables de France Télévisions n’ont pas encore évalué de manière précise les conséquences de l’ntégration de RFO, décidée récemment. Or, la situation financière difficile de cette entreprise comme ses particularités sociales laissent penser que le coût de cette intégration sera élevé.

Intégration de RFO

L’intégration de RFO au sein du groupe France Télévisions a été décidée par le Parlement, dans le cadre de la loi relative aux communications électroniques et aux services de communication audiovisuelle, adoptée le 9 juillet 2004.

La situation financière de RFO est de toute évidence restée fortement dégradée au cours des dernières années, comme l’ont tour à tour déploré, les rapports des corps d’inspection et de contrôle qui ont successivement analysé les carences de gestion de l’entreprise (Inspection Générale des Finances, Inspection Générale des Affaires Culturelles, Cour des Comptes).

Suite aux recommandations alors formulées et aux instructions fermes transmises en juillet 2002 par les trois ministres de tutelle de l’entreprise (Outre-Mer, Culture et Communication, Economie, Finances et Industrie), RFO s’est enfin engagée dans un processus d’assainissement financier progressif, dont les premiers dividendes sont désormais perceptibles. Il appartiendra à l’équipe de direction de la chaîne récemment nommée par France Télévisions, de parachever ces efforts de redressement en optimisant la gestion de la nouvelle filiale.

RFO a été en outre recapitalisée par l’Etat  préalablement à son adossement au groupe France Télévisions, afin de ramener à l’équilibre sa situation nette.

L’opération a pris la forme d’une fusion-absorption de RFO par France Télévisions, prenant effet au 1er juillet 2004.

L’intégration de RFO au sein de France Télévisions devrait permettre une amélioration de la gestion de cette société et le développement de synergies avec les autres chaînes du groupe : amélioration du contrôle de gestion des stations régionales de RFO, optimisation de la gestion des ressources humaines, réforme du dispositif de collecte publicitaire OutreMer. Ces efforts devraient permettre de réduire le coût pour France Télévisions de l’intégration de RFO.

 

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