Société

L’atmosphère sexualisée parmi les humanitaires en Haïti apres le Séïsme m’a perturbée

Un article de Phoebe Greenwood dans The Guardian du 13 février 2018 « Sexualised atmosphere among aid workers in Haiti disturbed me ».

Je suis arrivée à Port-au-Prince quelques jours après le tremblement de terre de 2010 où j’étais porte-parole de « Save the Children »…

C’était ma première expérience de catastrophe humanitaire et j’étais dépassée par son ampleur. Je n’avais jamais rien vu de tel… La dévastation et la mort étaient notre quotidien. Mais ce qui m’a le plus surpris, c’est l’énorme appétit sexuel des étrangers venus aider. Peut-être étais-je naïve. Je m’attendais à côtoyer la mort, mais pas à une telle débauche de sexe.
La capitale dévastée, des centaines de milliers de personnes avaient perdu leurs maisons… Les rues et les parcs étaient remplis de familles qui n’avaient rien nulle part où dormir…
La catastrophe a fait plus de 220 000 morts et plus de 300 000 blessés. Beaucoup de gens étaient encore pris au piège sous les décombres et l’odeur des corps en décomposition empestait l’air de la ville.
Par miracle, le complexe Save the Children de Pétion-Ville n’avait pas été touché par le désastre… La plupart du personnel dormait dans des tentes dans le parc. Dans la première semaine après le séisme, j’ai été réveillée la nuit par des répliques et des chiens dans les rues, qui se nourrissaient de restes humains dans les décombres, et grattaient pour entrer dans ma tente.
Mais un grand nombre des milliers d’humanitaires et de journalistes envoyés en Haïti pour couvrir le désastre séjournaient dans l’enceinte de l’ONU, y compris le photographe avec lequel je travaillais. Grâce à lui, j’ai eu un aperçu détaillé de la vie parallèle de la communauté humanitaire en Haïti dans les semaines qui ont suivi la catastrophe.

… Nous avons vu des enfants amputés de leurs jambes par des chirurgiens sous un arbre dans un parc parce que les hôpitaux étaient en ruines. Nous avons rencontré des mères qui avaient été séparées de leurs enfants et qui essayaient désespérément de les trouver, craignant que les évangélistes américains ne les «adoptent»… Nous avons vu des gens qui avaient tellement faim qu’ils semblaient prêts à tuer pour un sac de riz.

Dans ce contexte d’horreur, le photographe me racontait des histoires à l’intérieur du complexe des Nations Unies. Il y avait un énorme pot de préservatifs à côté de la caisse à la cantine de l’ONU. À la fin du dîner tous les soirs, ce pot était vide. Les travailleurs humanitaires et les journalistes entassés dans l’enceinte dormaient sur le plancher, dans les cours, les couloirs, partout où il y avait de l’espace, donc sans beaucoup d’intimité. Mais une rotation avait été établie, et la nuit, les salles de réunion étaient occupées pour des créneaux d’une heure afin que chacun puisse avoir des relations sexuelles.

Je dois avouer que je n’ai pas vu – ou expérimenté – tout cela moi-même. C’est du ouï-dire. Je n’ai pas non plus vu ou entendu parler d’humanitaires ou de journalistes moneyant des relations sexuelles. Ils ne semblaient pas en avoir besoin.

Et bien sûr, la pratique du sexe dans les zones de guerre et de catastrophe n’est pas surprenante. J’ai vu beaucoup dans d’autres catastrophes depuis; il y a eu des livres écrits à ce sujet. Il y a une psychologie de base, quelque chose à propos d’un besoin primaire de confort et de lien traumatique. Mais ce qui m’a troublée en Haïti, c’est la profonde déconnexion entre l’atmosphère ouvertement sexualisée de la communauté d’aide et de la communauté journalistique et l’horreur viscérale de la catastrophe qui nous entourait.
J’ai vu la communauté internationale faire beaucoup de bien en Haïti. Elle a également apporté le choléra dans un pays déjà dévasté. Maintenant, il semble que les travailleurs humanitaires aient profité de l’occasion pour acheter à moindre frais des rapports sexuels avec des mineurs…
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