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La présence d’un policier Antillais permet-elle de se dédouaner d’un contrôle au faciès ?

Des extraits des interventions au procès intenté par Ilyas, Mamadou et Zakaria contre l’État au TGI de Paris. 

Le 1er mars 2017, une classe de terminale d’Épinay-sur-Seine rentre d’un sortie scolaire au parlement européen à Bruxelles. Sur les 18 élèves, 5 garçons. À la Gare du Nord, trois d’entre eux Ilyas, Mamadou et Zakaria sont contrôlés sans motif apparent par deux équipes de policiers différents et à 100 m, attrapés par le bras, fouillés, inspectés devant leurs camarades.

L’affaire aurait pu en rester là pour Ilyas d’origine marocaine, Mamadou d’origine malienne et Zakaria d’origine comorienne. Aidés par Élise Boscherel leur enseignante, ils décident de porter plainte.  » C’est à nous de changer les choses. C’est nous qui sommes victimes de cela. Je n’ai pas envie que dans 10, 20 ans mes fils vivent la même chose » témoigne Mamadou.

L’avocat des plaignants Me Slim Ben Achour s’interroge : comment expliquer que sur tous les usagers ce soient 3 jeunes hommes non-blancs qui se font contrôler par des policiers ? Comment expliquer que 2 équipes de policiers, pas en lien, contrôlent le même profil de personnes ?

Me Ben Achour invite la Cour à considérer cette affaire comme de la discrimination raciste. « Il n’y pas de population criminogène, ce qu’il y a c’est la mobilisation de préjugés racistes hérités de l’Histoire coloniale. »

L’avocat de l’État explique que c’est aux plaignants de fournir les preuves du caractère discriminatoire du contrôle d’identité et que ce qu’il a vu pour l’instant dans le dossier ne permet pas de l’établir.

L’administration policière essaye de justifier les contrôles au faciès subis par les 3 jeunes en expliquant que c’est parce qu’ils étaient seuls et qu’ils portaient un sac de voyage. Autre justification donnée par l’administration pour essayer de contrer l’accusation : « il n’y a pas de discrimination raciste puisqu’un des policiers qui a contrôlé les jeunes est un Antillais »., ce qui provoque l’hilarité de la salle.

« C’est mal connaître les mécanismes de discrimination raciste que de considérer que la présence d’un policier Antillais permet d’échapper ou de se dédouaner d’un contrôle au faciès » explique Me Slim Ben Achour.

Le délibéré sera rendu le 17 décembre. Me Slim Ben Achour rappelle que quoi qu’il arrive, la procédure lancée par Mamadou, Ilyas et Zakaria est « révolutionnaire, transgressive » parce qu’ils ont refusé que ça se passe « comme d’habitude ».

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