Société

La guerre de la banane bio : SYNABIO contre l’UGPBAN

A l’occasion du salon de l’agriculture, la filière de la banane antillaise s’est affichée comme étant « Mieux que Bio » sur le stand de l’Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN). Les professionnels de la bio ont immédiatement réagi et obtenu en référé la cessation de cette campagne de communication jugée « illicite » de l’UGPBAN au 1er Mars. Nous publions les communiqués de SYNABIO et la réponse de l’UGPBAN.

Depuis le début du salon de l’agriculture, la filière de la banane antillaise s’affiche comme étant «Mieux que Bio » sur le stand de l’UGPBAN.

On pourrait se féliciter que des professionnels de l’agriculture conventionnelle cherchent à tout prix à se comparer à la filière biologique. Après tout, c’est une forme de reconnaissance pour tous ceux qui ont fait le choix exigeant de la bio dans leurs exploitations et leurs entreprises. Mais se référer à la bio en brouillant les repères comme le fait l’UGPBAN n’est pas acceptable. C’est ce qu’a acté aujourd’hui le Juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris, saisi par le SYNABIO avec le soutien de la FNAB et du SYNADIS BIO, en condamnant l’UGPBAN à cesser sa campagne de communication dès demain.

En effet, produire en bio suppose de respecter un cahier des charges rigoureux qui interdit en particulier les engrais et les pesticides issus de la chimie de synthèse. Seuls les moyens de la lutte biologique sont autorisés, différence fondamentale avec la production conventionnelle, en particulier dans le contexte antillais marqué par des décennies d’utilisation du chlordécone.

Contrairement à ce que laisse entendre l’UGPBAN, ces exigences concernent les productions européennes bio comme celles importées en provenance des pays tiers.

En effet, les produits bio d’importation doivent respecter des cahiers des charges apportant des garanties équivalentes à celles exigées en Europe. Des organismes certificateurs indépendants, accrédités selon des normes internationales, reconnus et évalués par la Commission européenne sont chargés de s’assurer que ces exigences sont bien appliquées. A cet effet, ils réalisent au moins une fois par an des audits chez les producteurs, comme c’est le cas en Europe. Il s’agit là d’un cadre défini dans la règlementation européenne et supervisé par la répression des fraudes et par la Commission européenne.

Par ailleurs, sur quoi se fonde l’UGPBAN pour se prétendre plus transparente et plus respectueuse de l’environnement que les filières biologiques ? Si des efforts ont été réalisés aux Antilles pour réduire les doses de pesticides, il faut certes les saluer mais ils ne sauraient permettre d’assimiler une production conventionnelle à une production certifiée en bio.

Il s’agit là d’un détournement d’usage d’un signe officiel de qualité et d’une communication opportuniste visant à profiter de l’engouement des consommateurs pour la bio.

Le référé rendu aujourd’hui prévoit une astreinte dans le cas où l’UGPBAN ne s’exécuterait pas. Si tel était le cas, le SYNABIO s’engage à utiliser cette astreinte pour soutenir les producteurs des Antilles françaises qui cherchent contre vents et marées à développer une vraie banane bio sur leur territoire.


La banane française continue son combat

L’Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Guadeloupe & Martinique (UGPBAN) prend acte de l’ordonnance de référé lui enjoignant de modifier sa campagne de communication « La Banane Française, mieux que BIO, c’est possible ! », à l’occasion du Salon International de l’Agriculture, au motif que cette campagne tendrait à associer la banane française à la production biologique.

L’UGPBAN dément catégoriquement les informations inexactes diffusées par l’Agence BIO dans son communiqué de presse du 1er mars 2017, alors que celle-ci n’était pas associée au recours judiciaire.

Tout d’abord l’action en cause n’a été introduite que par un seul syndicat de transformateurs et de distributeurs de produits biologiques, et en aucun cas de producteurs.

En vérité, le juge a basé sa décision sur la forme et en aucun cas sur le fond.

Cette décision, de pure forme, ne contredit pas le fait que les bananes dites « bio » importées de certaines zones de production hors Union Européenne, ne respectent pas le cahier des charges de l’agriculture biologique européenne.

En effet, ces bananes sont labellisées Bio aux normes européennes par un système dit d’ « équivalence » et arrivent sur le marché français et européen, sans que le consommateur puisse faire la différence avec un produit Bio européen.

A titre d’exemple, le rapport d’information du Sénat concernant les normes sanitaires et phytosanitaires applicables à l’agriculture des Outre-mer adopté par le Sénat le 7 juillet 2016 dresse le constat accablant suivant à propos de la labellisation bio : « Paradoxalement, des productions biologiques des pays tiers moins exigeantes »… « que leurs homologues conventionnelles des RUP » (Régions ultrapériphériques de l’Europe) « envahissent le marché européen en profitant d’un étiquetage bio. Le consommateur européen ne peut être que trompé. Rien ne lui permet de savoir que le label bio des pays tiers est moins exigeant, et qu’en particulier les bananes bio de République dominicaine qui couvrent 80% du marché peuvent être traitées par 14 substances interdites en agriculture conventionnelle dans l’Union européenne ».

Ce constat est confirmé par un autre rapport ODEADOM de janvier 2014 de l’Agriculture Nutrition Développement (AND).

Il convient également de rappeler que l‘épandage par voie aérienne est utilisé par les producteurs bio des pays producteurs non européens alors qu’il est interdit par la réglementation européenne.

Le consommateur en achetant un produit bio importé, n’est pas informé que ces substances et ces pratiques utilisées par les pays producteurs non européens sont interdites par l’Union européenne à ses propres producteurs.

L’Agence bio reconnait elle-même, que les pays producteurs non européens devraient utiliser les mêmes produits phytosanitaires autorisés en bio en Europe, afin de renforcer la confiance des consommateurs.

La banane européenne est la seule banane au monde qui respecte 100% des normes sociales, environnementales, phytosanitaires, de sécurité et de traçabilité alimentaire définies par l’Europe.

Les producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique ne se battent pas contre le bio.

Bien au contraire, leur combat a pour objectif le strict respect du bio européen pour une meilleure valorisation de cette production.

 

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