Culture

LA BRETAGNE EST PLUS UNE COLONIE QUE LA GUADELOUPE

LETTRE OUVERTE A ALEXANE OZIER-LAFONTAINE  LYCEENNE MARTINIQUAISE ET LANCEUSE D’ALERTE LITTERAIRE

Cette lycéenne a lancé une pétition pour que les écrits racistes comme les chefs d’œuvre de Victor Hugo soient étudiés dans leur globalité.

Chère Alexane, puis-je à titre liminaire vous apprendre que le héros guadeloupéen, IGNACE, possédait trois esclaves ? Oui, la plus haute figure, après Delgrès, de ceux qui participèrent aux célèbres batailles de 1802, en Guadeloupe, contre les troupes napoléoniennes, était propriétaire d’esclaves.

Il est clairement fait mention de ces derniers, dans son contrat de mariage.

La statue d’Ignace s’élève sur le Boulevard des Héros, aux Abymes. Dois-je alors la déboulonner ?

Vous devez ignorer également que le père de Delgrès, celui qui s’est fait sauter sur les contreforts de Matouba ( sous le volcan de la Soufrière), avec 400 de ses partisans, celui qui a signé la proclamation affichée sur les murs de Basse-Terre, « Vivre libre ou mourir », possédait une vingtaine d’esclaves.

Mais le plus surprenant est que le premier propriétaire d’esclaves aux Etats-Unis, Anthony JOHNSON, était un noir ! Dans l’Etat de Virginie, en 1655, il obtint le droit de posséder un noir, «  comme bien meuble », avant que les Blancs n’y fussent autorisés en 1670.

Avant 1655, il n’y avait aucun esclave légal dans les colonies américaines, seulement un contrat bilatéral appelé «  indenture ».

En 1830, il y avait 3 775 familles noires vivant au Sud ayant des esclaves noirs. Dans la ville de Nouvelle-Orléans, par exemple, il y avait environ 3000 esclaves appartenant aux ménages noirs avant la guerre de sécession.

Vous avez cité F. FANON « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir ».

Il fallait donc que je porte à votre connaissance, moi qui suis plus âgé que vous, ces quelques données historiques.

Vous avez sur les réseaux sociaux, exprimé votre révolte, après avoir eu connaissance d’écrits racistes ou contestables d’écrivains français prestigieux, célébrés et étudiés dans toutes les écoles. Ne fallait-il pas faire en sorte que ces auteurs célèbres et autres héros français ne soient plus présentés sans défauts, et principalement lors des examens, dès lors qu’ils portaient atteinte au principe républicain d’égalité ?

Ces auteurs classiques français, du siècle des Lumières, ou du XIX ème siècle, étaient certains de la supériorité du continent européen. Victor Hugo professait par exemple, à l’égard de l’Afrique, et des noirs, en général, un paternalisme consternant, et a célébré les vertus d’un colonialisme positif. Il déclarait dans un banquet commémoratif du 18/05/1879, sur l’abolition de l’esclavage, «  Nous sommes rassemblés ici autour d’une pensée unique, l’amélioration de la race humaine »

J’ai appris que le Rectorat de Martinique vous avait indiqué que les élèves doivent apprendre ces choses par eux-mêmes, et non pas à l’école.

Malheureusement, le système éducatif n’a plus le temps ou l’envie, de répondre aux interrogations légitimes de notre jeunesse.

Puis-je dans un raccourci pas très orthodoxe, vous livrer des commentaires d’écrivains sur la Bretagne, région particulièrement défavorisée, au XIX ème siècle, et miséreuse, avec des milliers de malheureux sur les routes, mourant de faim, vivant dans un dénuement économique et intellectuel total, et méprisés à tel point qu’on les a décrits comme des Nègres Blancs ?

Car évidemment, non seulement les Bretons n’ont jamais vécu la tragédie de l’esclavage, mais beaucoup d’entre eux y ont participé, par exemple depuis le port de Nantes.

Dés la révolution française, les députés bretons sont interpellés par Mirabeau. « Etes-vous Bretons ? Les Français commandent ».

Au XIX ème siècle, la Bretagne est toujours perçue comme une colonie : «  La Bretagne est une colonie, plus que la Guadeloupe » dira Michelet en 1831.

Auguste Romieu, sous-préfet de Quimperlé écrit : «  La Basse-Bretagne, je ne cesserai de le dire, est une contrée à part qui n’est pas la France. Exceptez-en les villes, le reste devrait être soumis à une sorte de régime colonial. Je n’avance rien d’exagéré.

Créons pour l’amélioration de la race bretonne, quelques-unes de ces primes que nous réservons aux chevaux… ».

Chère Alexane, aucun doute n’est permis, voyez-vous, les Bretons sont comparés également à des animaux.

Le Breton,c’est le Nègre de la France, persiflait en 1903, le poète Laurent Tailhade dans un numéro de l’Assiette au Beurre.

Malte-Brun en 1831 pourra écrire, en parlant des Bretons : «  Leurs habitudes, leurs coutumes, leur crédulité et leurs superstitions leur laissent à peine une place au-dessus de l’homme sauvage. Le paysan y est d’une malpropreté dégoûtante. Son habitation peut presque se comparer à celle d’Hottentots… Les paysans ont une mauvaise physionomie stupide et brutale à la fois ».

Poitrineau, Inspecteur d’académie, en 1897 , dans Instruction : Le petit breton est très tôt abandonné à lui-même. Il est à peine vêtu, malpropre, il patauge toute la journée par les chemins, mange à l’écart un morceau de pain noir, joue peu, ne parle pas. S’il a huit ans physiquement, il en a à peine trois pour le développement intellectuel ».

«  Dès que vous arrivez quelque part, les mendiants se ruent sur vous, et s’y campronnent avec l’obstination de la faim ». Flaubert 1847.

«  On est frappé de la ressemblance entre les hommes, le ciel, et les animaux » Geniau C. La Bretagne vivante 1839.

« Ce pays ressemble à un charbon glacé qui resterait obscur et noir au sein d’un brillant foyer ( le brillant foyer étant la France). Le génie de la civilisation moderne s’effraie de pénétrer à travers d’immenses forêts primordiales. Une incroyable férocité, un entêtement brutal, ( des) esprits grossiers…

Les habitants de ces campagnes sont plus pauvres de combinaisons intellectuelles que ne le sont les Mohicans et les Peaux-rouges de l’Amérique septentrionale, mais ( sont) aussi grands, aussi rusés, aussi durs qu’eux ». Les Chouans Balzac

… Il faut donc percer cette broussaille de toutes les flèches de la lumière à la fois » Quatre-vingt Treize Victor Hugo

« Le Breton est à l’image de son environnement. La nature est atroce, l’homme est atroce, ils semblent faits pour s’entendre » Histoire de France, Michelet, 1879.

Balzac explique qu’on pourrait les confondre «  avec les animaux dont les dépouilles leur servaient de vêtements » Les Chouans

Il dépeint un Breton dont les traits «  appartiennent moins à notre belle race caucasienne qu’au genre des herbivores » toujours dans les Chouans.

Michelet évoque des loups ( Histoire de France).

Loudum parle de leurs crinières de bêtes fauves, ( La Bretagne, paysages et récits, 1861).

«  Quels pourceaux » s’écrit V. Hugo dans une lettre à Louis Boulanger.

«  Il n’est point de pays, même en Afrique, où l’homme soit plus superstitieux qu’il ne l’est en Bretagne » CAMBRY J. Voyage dans le Finistère 1836

« C’est le même air étouffé, vicié par le fumier qu’on entasse sur les seuils, la même familiarité entre bêtes et gens » Alphonse Daudet Une visite à l’île de Houai, J.Officiel 14 août 1876.

«  J’ai été chez les sauvages de Madagascar qui s’entremangent, mais je les faisais rire à volonté, ceux-ci sont plus durs » P.FEVAL – Château pauvre, voyage au dernier pays breton 1895

Flaubert au cours de l’année 1847 entreprend un voyage en Bretagne. Il indique qu’il a « croisé deux marins bretons  : faciès stupéfiés de dégénérés, regards délavés par l’abus de l’eau de vie, ils regardent la mer comme les vaches regardent passer le train de Quimper », les bretonnes deviennent des « créatures approximativement femelles », les enfants bretons ont « des trognes rondes rosâtres rasées, porcines », il ne voit que des « visages crasseux, et des faces racornies ».

Quand les bretons dansent « les puces et les poux tombent des habits sur les lattes. La danse prend fin quand toutes les puces sont tombées ».

 

Chère Alexane, les Bretons n’ont pas encore demandé à ce que ces écrivains soient bannis des manuels scolaires.

Plus sérieusement, aux Antilles, doit-on suivre l’exemple des Etats-Unis, qui a subi le même naufrage racial et moral que nos régions, et les revendications d’Afro-américains, qui veulent altérer les passages de Mark Twain, l’auteur des aventures de Huckleberry Finn, et d’Harper Lee l’auteur de Ne tirez pas sur l’Oiseau Moqueur.

D’ailleurs, ces deux livres ont été interdits dans les écoles de Virginie. ( Le Figaro du 8/12/2016), à l’instigation d’une mère de famille ayant répertorié 250 occurrences d’injures racistes dont l’appellation «  nigger », (nègre, dans les traductions françaises).

Nigger pourquoi le N-word rend fou aux Etats-Unis titrait le Nouvel Obs du 24 juin 2015. C’est que cet épithète racial est plus blessant encore que youpin, boche ou chinetoque. On ne le prononce pas, on ne l’imprime même pas. C’est le N-word ( le mot en N).

Revenant sur l’attentat de Charleston, OBAMA avait tenu un discours dans lequel il disait que s’abstenir de dire Nigger ne suffisait pas à se débarrasser d’un mal vieux de 300 ans. Cela a causé un choc, et a été très mal vu par une majorité de noirs américains.

Le NAACP, principale organisation de défense des droits des Noirs, a déploré la sortie présidentielle. Elle rêve d’éradiquer le mot Nigger, y compris dans le dictionnaire.

Un journaliste, saisissant la balle au bond, après la sortie d’OBAMA, a demandé en désignant le mot, sans jamais le prononcer, si l’allocution présidentielle pouvait modifier la situation actuelle. Il a été insulté, et ostracisé.

Pour d’autres, bien que déconcertantes, les insultes raciales représentent de manière réaliste l’histoire des Etats-Unis, et doivent être étudiées sous la tutelle d’un enseignant. Je pencherais plutôt pour cette voie.

De même, les écrits incriminés par vous, devraient bien évidemment, vous avez raison, être beaucoup plus programmés dans le cadre scolaire. Et il ne s’agit pas de mettre à l’index, les ouvrages perçus comme négatifs, de grands penseurs comme Victor HUGO.

Sinon, cela voudrait dire que les écoles cherchent à éviter tout débat sur des sujets aussi polémiques que le racisme, au détriment de leurs élèves.

Comment après aborder la complexité de l’humain, avec ses parts d’ombre et de lumière ?

Céline était un affreux bonhomme, mais on est bien obligé d’admirer «  Voyage au bout de la nuit », tout en dénonçant sa folie antisémite.

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Théo LESCRUTATEUR

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