Société

Julio Colombo : le match le plus dur de sa vie !

Il y a les faits judiciaires : 99 kilos de cocaïne saisis sur un voilier en 2015 aux Antilles et 14 personnes interpellées, dont l’ancien joueur international Julio Colombo comparaissant aujourd’hui à Marseille. C’est surtout l’itinéraire gâché d’un jeune guadeloupéen à qui tout souriait en 2001 qui nous intéresse à travers un article dans l’Equipe.

En 2001, à Trinidad, Julio Colombo voit la vie en or. En juin 2015, il est interpellé en Guadeloupe. Placé sur écoute depuis des mois, il est soupçonné d’être impliqué dans un trafic de drogue dont certains membres seraient affiliés à la mafia calabraise.

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Au temps de la gloire

Rapatrié et incarcéré à Villeneuve-lès-Maguelone, Colombo encourt dix ans de prison. « Il a reconnu les faits, il a servi d’intermédiaire entre les Antilles et la métropole, explique son avocat, maître Pierre Lumbroso… Il a mis le doigt dans un engrenage et, dans ce genre de milieu, la marche arrière est impossible ».

Repéré lors d’un stage de détection en Guadeloupe, il rejoint Montpellier alors qu’il n’est qu’adolescent. La Juventus Turin le courtise avec insistance. « C’était l’un des joueurs les plus prometteurs de notre promotion, remarque Jérémy Berthod, passé par Lyon et Auxerre. Julio, il était solide, fiable, déjà très mature pour son âge. Et il avait un truc en plus : il était super élégant, toujours dans l’anticipation. » Il signe son premier contrat pro à Montpellier.

Delmas parle « d’un gamin sans problème, toujours poli, toujours très posé ». D’un garçon très attaché à sa famille, restée en Guadeloupe, aussi. Petit dernier d’une fratrie de trois enfants, Colombo est couvé par les siens, notamment sa soeur aînée, très impliquée dans la défense de son frère aujourd’hui encore. Le rituel est le même chaque année : ses parents lui rendent visite à Noël et il effectue le trajet inverse l’été, pour les vacances.

Le défenseur central débute en pro en janvier 2003, fête ses premières sélections en Espoirs à l’occasion du tournoi de Toulon, en 2004, à l’invitation de Raymond Domenech, sélectionneur de l’époque. Mais l’arrivée d’un nouveau coach à Montpellier, Jean-François Domergue, marque une première rupture. « C’était un gars assez timide qui avait de grosses difficultés à s’ouvrir dans la discussion. Il était toujours très calme, jamais énervé, jamais contrarié. Ça roulait toujours. »… Chambreur dans le vestiaire, avec ses plus proches coéquipiers, il est mutique avec les autres. Insondable aux yeux du staff technique. Il joue de moins en moins. « Il avait toujours des petits soucis alors que tu t’attendais à voir un joueur déterminé à aller au plus haut niveau, s’étonne Domergue. Il était certainement sujet au stress, ce qui pouvait entraîner des petites contractures, des petits bobos. »

Il enchaîne les blessures, dont des phlébites à répétition qui l’empêchent de s’installer dans l’équipe. Rolland Courbis le décrit comme quelqu’un de très discret. « Je ne me rappelle presque aucun de ses matches ».
La remontée de Montpellier en Ligue 1, au printemps 2009, entretient l’illusion d’un retour sur les terrains. Mais avec René Girard le nouveau coach, le déclic ne se produit pas. Colombo évolue en marge du groupe, un peu découragé…

Son contrat arrive à échéance en juin 2010, sa carrière aussi… Il raccroche donc les crampons à vingt-six ans. Il a déjà prévu l’après football, en achetant plusieurs appartements en Guadeloupe. Avant de se retirer des terrains, il a ouvert un restaurant du côté de Montpellier, le Pitaya où il y sert des spécialités antillaises.  Mais il est contraint de fermer son établissement au bout de quelques années.

Il reprend alors un bar de nuit antillais, à Lattes, dans l’agglomération montpelliéraine, sans plus de succès. Il rechigne à en parler à sa famille restée en Guadeloupe, par fierté, par honte aussi, peut-être, lui qui avait été perçu comme un symbole de réussite sociale.  En juillet 2013, Colombo est finalement contraint de déposer le bilan de son bar.  Il est déclaré en faillite personnelle. Il fera des allers-retours vers la Guadeloupe en quête de terrains à vendre.

Après plusieurs mois d’écoutes téléphoniques et de filatures, la police découvre une affaire gigantesque,  : 180 kilos de résine de cannabis doivent être échangés contre 90 kilos de cocaïne en Martinique. Colombo aurait été impliqué dans l’opération presque par hasard, après avoir rencontré un individu connu des services de police lors d’interminables parties de cartes dans un bar de Montpellier. « Il a mis les pieds dans un nid de guêpes », souffle son avocat.
Pour jouer quel rôle exactement ? Chargé de « monter une équipe » en Martinique pour réceptionner le cannabis – transporté depuis le Maroc sur un voilier, le Relambi -, Colombo se serait employé à trouver de la cocaïne sur place, les Antilles étant une plaque tournante du trafic mondial.

Le produit est chargé sur le Relambi, direction l’Europe. Il n’y arrivera jamais… Le voilier est arraisonné par la marine nationale au large de Saint-Martin, le 8 juin 2015…

Julio Colombo n’a rien caché à la police, sa femme et sa fille exfiltrées en urgence de Montpellier. « Il ignorait l’identité et même jusqu’à l’existence de la plupart des membres de la bande, rétorque son avocat. Il ne connaissait ni les financiers ni les commanditaires. » Aujourd’hui commence son procès. L’occasion pour lui de faire face à ses responsabilités, puis de reprendre sa vie après avoir purgé sa peine. Il aura besoin d’aide.

 

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