Littérature

José Vatin reçu par le Consistoire national juif de France

C’est dans la plus ancienne synagogue de France que José Vatin présentera son dernier ouvrage « La vie Après l’indicible » le 29 novembre prochain. Nous avons rencontré ce « passant guadeloupéen » qui délaisse là ses traditionnels horizons ultramarins.

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97L : José Vatin, un lieu inhabituel de présentation d’ouvrage pour vous…

Je pense sincèrement que c’est un évènement exceptionnel. Je suis guadeloupéen, noir, de confession catholique et le Consistoire national juif de France me permet de m’exprimer dans cette synagogue. Le Vice-Président du Consistoire avait eu connaissance de mes recherches sur cet enfant juif et son périple et m’a demandé un exemplaire de mon oeuvre. Après lecture, il m’a proposé de venir le présenter. Honnêtement, je n’étais pas très chaud, je ne savais pas comment faire. Mais il m’a fait rencontrer le Rabbin Tordjman et ensemble ils m’ont convaincu de cette présentation.

97L : Parlez-nous du contenu du livre

C’est l’histoire vraie d’Henri Benchoan. L’évènement clé se déroule le 6 novembre 1942. Le héros « malgré lui » de 8 ans,  son jeune frère, sa mère et sa tante sont arrêtés par la police nazie. Il réussira à s’échapper avec son petit frère et éviter les rafles, trouver un lieu pour se cacher en province jusqu’à la libération. Malheureusement, sa mère et sa tante seront gazées.

97L : Pourquoi avez-vous voulu écrire sur ce thème ?

Ce type, (qui est devenu un ami) je l’ai rencontré par hasard. Je faisais une conférence à Paris et j’ai senti le regard d’un petit bonhomme posé sur moi. Il m’a dit à la fin : ça m’a passionné la manière dont vous parlez. L’affaire aurait pu en rester là mais je ne peux pas expliquer pourquoi je sentais une aura de tristesse autour de lui. Je lui en ai fait part : il m’a dit simplement : « Je suis juif ».

Je n’ai pas compris le sens de sa phrase. J’ai insisté lourdement et lui poli mais évasif, me donnait des bribes de réponse. Par la suite nous nous sommes revus. Ce qui m’émouvait c’est qu’à 80 ans passés, il continuait de souffrir de la perte de sa mère.

J’étais aussi fasciné par sa lucidité, son pacifisme face au drame vécu et sa volonté de vivre. J’ai mis plus de 2 ans et demi à lui proposer d’écrire son histoire. Lui en avait presque honte, il pensait que ça n’intéressait personne. Je l’ai finalement convaincu en lui proposant d’être sa plume. Il m’a alors remis deux feuillets avec les informations de base, et j’ai reconstitué son histoire.

97L : Connaissiez-vous l’histoire de la Shoah ?

Honnêtement non, surtout venant des Antilles. Du moins je connaissais la Shoah comme tout un chacun, à travers les cours d’histoire, les documentaires. J’aime lire donc j’avais lu des choses dessus, mais c’est la personnalité d’Henri Benchoan qui m’a intéressé. J’ai du par contre me documenter et beaucoup échanger avec ceux qui ont connu cette période dramatique afin de comprendre l’esprit de l’époque. Mais je précise que je n’ai pas écrit sur la shoah mais sur un homme confronté au racisme et à l’intolérance.

97L : Comment cette rencontre est-elle perçue dans notre communauté ?

Je ne me fais pas d’illusions. Ça ne les intéresse pas. J’ai proposé à des amis de venir : un m’a répondu qu’il était en préparatifs d’un chanté noël, un autre qu’il n’avait pas le temps de venir échanger avec les juifs. La presse d’Outre-mer non plus ne semble guère intéressée. Mais il faut vivre d’espoir…

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