Culture

Jocelyn AKWABA-MATIGNON une oeuvre empreinte d’humanité et de spiritualité

Des œuvres picturales empreintes d’une profonde humanité et spiritualité.

Artiste peintre guadeloupéen né en 1961, titulaire du Diplôme National Supérieur d’ Expression Plastique, Jocelyn Akwaba-Matignon réalise régulièrement des expositions ici et ailleurs où il dévoile sa recherche artistique sur les multiples facettes de ses origines. Son parcours triangulaire (Europe-Afrique-Amérique) à l’image de son logo, est une quête de l’Être, une recherche et un questionnement permanent sur la magie du monde et le mystère de la vie.

Depuis 2003, il vit et travaille sur son île natale, la Guadeloupe, et sa démarche actuelle se situe dans l’espace caribéen et amérindien. L’esprit de ses ancêtres amérindiens vibre dans son œuvre. Jocelyn Akwaba-Matignon effectue de nombreuses recherches sur la géométrie sacrée, les mythes de la Méso-Amérique, la spiritualité Amérindienne, la quête alchimique, la symbolique des nombres, la force de la Terre-Mère, le mystère des masques, sur ce qui est voilé ou dévoilé à notre conscience, sur l’illusion du monde visible. Il nous emmène ainsi dans l’interstice du subtil et de l’indicible dans un espace onirique, symbolique et magique. Dans ce contexte, peindre est pour lui une démarche profonde vers la connaissance. Depuis une dizaine d’années, il intervient dans le milieu scolaire dans le cadre d’ateliers artistiques. Il propose également des conférences sur le thème de la cosmogonie maya et de la symbolique amérindienne en correspondance avec son travail artistique.

97Land : De votre vrai nom Jocelyn Hurez, quelle est la signification linguistique et ethnique de votre choix de dénomination ?

Akwaba Matignon est la juxtaposition du nom de mon père et du nom de ma mère. Akwaba (nom de mon père) est un nom d’origine Akan (Cote d’ivoire Ghana Togo) qui veut dire bienvenue, Matignon pour les blancs Matignon des grands fonds du Moule (famille de ma mère). Tous les deux Guadeloupéens.

97L : Vos recherches généalogiques pour comprendre le parcours triangulaire de votre logo ?

Aucune recherche généalogique mais une recherche spirituelle. Au départ, il s’agissait de savoir qui j’étais, d’où je venais. Un questionnement sur moi-même ; une quête de l’être. Puis peu à peu et de façon paradoxale les choses sont devenues comme une évidence. Le logo est venu dans un rêve que j’ai par la suite interprété comme étant mon parcours Europe Afrique Amérique ; Mon cheminement.

97L : On retrouve tous les éléments de la culture Maya dans votre peinture, comment l’expliquez vous ?

Les 3 plans de la cosmogonie Maya sont : Le monde des esprits en lien avec le grand créateur : tout ce qui va permettre aux hommes de tenter une relation entre le monde phénoménal dans lequel ils sont plongés et l’immensité invisible dans lequel le monde beigne.

Le monde des hommes – Et l’inframonde : le monde des forces obscures.

Il n’y a aucune explication rationnelle à l’apparition de ses différents esprits dans mon travail car il s’agit d’une œuvre artistique et qui est donc au-delà de la raison et de l’explicable. Les personnes et les esprits apparaissent au gré de la création. Que ce soient les héros mythiques du popol vuh tels que : Ixbalanke, Junajpu et Kukulkan (le serpent à plume) ou mon personnage onirique le Kioukan. Tout est intimement entremêlé.

97L : Qu’évoque dans votre travail de réflexion le Kioukan ?

Le Kioukan est un personnage apparu un jour en rêve il y a une dizaine d’années. Il a une tête en forme de mandole, ses mains et ses pieds sont des langues de feu.
C’est un personnage androgyne qui questionne sur notre être. KI = QUI : qui sommes-nous ; OU : où : où allons-nous et KAN : quand : le temps qui nous transforme.

Le Kioukan évoque la complexité du monde avec les apparences, les illusions, les modes culturels… Tout ce qui constitue le paradoxe humain de sa construction et de sa déconstruction.

97L : Comment appréhender votre œuvre ?

Les lignes géométriques utilisées dans certaines de mes œuvres sont une allusion à la géométrie et à la mathématique sacrées du monde (rapport d’harmonie). Ordonnancement qui régit l’ensemble du monde sensible. La roue de médecine est une installation que je réalise à chacune de mes expositions avec les matériaux du lieu. Ce qui génère une certaine vibration selon l’énergie du lieu et les matériaux utilisés. Sachant que dans un sens général une roue de médecine a pour fonction de guérir l’être. Pour la Corée, j’avais fait un certain nombre de toile où le cercle était central car il s’agissait d’un clin d’œil au cercle YING YANG au drapeau Coréen.

Partant de certaines cultures, mon travail est une quête de l’universel. J’ai étudié le monde SOUFI (ésotérisme musulman), la philosophie chinoise (YI KING), l’alchimie (la quête de la pierre philosophale), les mystiques chrétiens, l’ensemble de la spiritualité amérindienne plus particulièrement la cosmogonie Maya, la spiritualité animiste africaine et l’ADVAITA VEDENTA de l’inde. Tous ces éléments de recherche imprègnent ma peinture et la nourrissent dans sa partie sensible.

Notre conscience nous permet d’appréhender ce que nous appelons le monde. La peinture est une fenêtre vers un monde et le questionnement pictural est un peu comme un jeu de billard, un questionnement sur notre monde : savoir s’arrêter, regarder, prendre le temps d’observer, d’écouter, de regarder pour y découvrir la beauté. Nous portons toujours un masque qui en fonction des circonstances change de couleur et de nuance.

97L : Dans quel état d’esprit êtes-vous, pour communiquer avec l’Esprit de la Terre avant chaque œuvre ?

Il y a plus de 30 ans, au début de mon travail artistique, je devais me conditionner avant de commencer à travailler. C’était une mise en situation indispensable qui n’était pas toujours évidente. Il me fallait un certain temps pour mettre en œuvre un état méditatif.
Aujourd’hui, je suis dans un état méditatif permanent ce qui fait que je n’ai plus besoin de temps particulier de préparation. Je peux peindre à n’importe quel instant du jour ou de la nuit et n’importe où. Aucune toile n’est identique. Les éléments apparaissent comme et quand ils le doivent. Il s’agit de créativité et là, mystère. Les choses viennent comme elles doivent venir.

97L : Quel est votre questionnement sur le sens universel de l’art en général ?

Nous sommes dans un monde de la diversité et de la pluralité. Nous essayons de donner du sens à ce grand mystère. Abordé sur le plan de la spiritualité amérindienne tout devient très simple. Pas de questions. Abordé sur le plan occidental tout devient complexe, trop de questions. Oui je suis un peu provocateur mais cela fait partie des fonctions de l’artiste que de questionner, de titiller, d’interroger…

97L : Les Ateliers avec des enfants est-ce une approche ludique et pédagogique, mais aussi une  ouverture vers l’esprit des ancêtres ?

Dans le cadre de l’éducation nationale on ne peut pas travailler sur l’essentiel. On ne peut travailler que sur la forme, sur la matérialité. C’est un instant qui permet aux enfants d’avoir une approche ludique sur l’art. Les enfants apprennent à méditer et faire silence tout en créant.

97L : En 2019, vous avez collaboré avec le styliste Daniel Garriga entre mode, et peinture comment définissez vous l’alchimie et la métaphore visuelle créative entre ces deux univers ?

De tout temps, j’ai aimé travailler avec d’autres artistes que ce soient des poètes, des écrivains, des musiciens, des stylistes, etc, c’est dans ces moments d’échanges que l’on va au-delà de ses habitudes. En 2019, il y a eu la collaboration avec le styliste Garrig. En 2020, j’ai peint avec les notes musicales de Jean Michel Lesdel compositeur et maitre d’Orgue de la Cathédrale de Basse-Terre. J’ai également auparavant, avec Jobby Bernabé, poète martiniquais, présenté un recueil poésie, peinture. A chaque fois c’est une découverte, une surprise, de l’inattendu…

97L : Quelle expérience retirez-vous de votre résidence artistique au GUATEMALA en 2017 ?

Une expérience riche sur plusieurs plans. Sur le plan artistique : peindre avec d’autres matériaux, les couleurs environnantes, le lieu : la terre vibrante et volcanique.  Au plan humain, la bienveillance des guatémaltèques, leur richesse culturelle et humaine. Enfin sur le plan spirituel, la connaissance et pratique de la spiritualité maya avec mon amie sœur « Guide Spirituelle ».

97L : Avez-vous des projets d’expositions à Paris ou ailleurs ?

Pour l’instant je n’ai pas de projets d’expositions ni à Paris ni à l’international même si cela reste un de mes souhaits les plus importants. Des contacts sont en cours notamment avec le Guatemala, la Martinique, Haïti, mais avec le Covid19 rien n’a encore abouti. Je suis d’ailleurs à la recherche d’un agent pour faire connaître mon travail à l’international.

Propos recueillis par la journaliste Wanda NICOT

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