Culture

Joby Garnier : les trophées culinaires de l’art créole doivent servir de tremplin à nos jeunes talents

Rencontre avec Joby de son véritable nom Georges Garnier, Président de l’académie de l’Art culinaire du monde créole en plein préparatifs des 3ème trophées créoles, le 5 novembre.

97L : Pourquoi avoir créé l’académie de l’Art culinaire du monde créole ?

L’académie de l’Art culinaire du monde créole a été créée il y a 5 ans. Nous ne sommes pas cuisiniers mais on s’est rendu compte qu’on ne savait trop qui faisait quoi, comment ça se passait au niveau de notre gastronomie. On a voulu insister sur le fait que le créole, ce n’est pas qu’une langue que nous avons célébrée dignement la semaine dernière, mais une culture. A travers la gastronomie, il y a la tradition, le savoir-faire, tout le folklore. Quand on partage les plats, on commence à vivre-ensemble. C’est le produit de base qui est important, produit que l’on retrouve dans toute la Caraïbe, cuisiné de manière différente et qui est de l’art. C’est cette confrontation entre les différentes manières de le cuisiner, l’opposition entre tradition et modernité qui nous intéresse afin de transmettre les connaissances.

97L : Vous avez vos bureaux rue de Vitruve. Un gage de sérieux pour vos interlocuteurs ?

Oui tout à fait. Nous tenions à ce que le public comprenne que nous ne sommes pas une entité virtuelle sur internet. Nous avons pris des bureaux, ça nous coute très cher mais dans la vie il faut savoir ce qu’on veut. Nous pouvons recevoir tous ceux qui sont intéressés par notre démarche et nous y dévoilons nos projets au grand jour. Ceux qui me connaissent m’ont vu à l’œuvre au carnaval. Nous avons foi en notre idée et nous savons que tous ensemble, on peut faire quelque chose.

97L : Que va-t-il se passer le 5 novembre ?

Pour l’association, c’est notre temps fort. Chaque année nous organisons les trophées de l’art culinaire créole pour remettre des prix aux chefs, qu’ils puissent se dire : « J’ai été reconnu par des gens de chez nous ». La sélection se fait par un directeur toujours en alerte, qui se déplace un peu partout et consulte aussi sur internet. Les inscriptions se font directement ou après sollicitation. Ensuite nous demandons aux candidats d’envoyer leurs CV pour mieux appréhender leur univers.

Je précise que ce n’est pas un concours : on ne choisit pas un certain nombre de candidats puis on goûte leurs plats. Notre objectif est de valoriser le travail des chefs. Ils peuvent travailler dans des restaurants français mais leur base est créole et ils impliquent leurs origines dans leur travail. Par la suite, il y a un jury qui prend les décisions finales.

97L : Cela veut dire que le récipiendaire peut ne pas cuisiner créole ?

Oui, c’est une façon de s’ouvrir au monde et cela va plus loin. Il peut ne pas être créole et cuisiner créole. C’est la connaissance de la culture et de la gastronomie créole dans leur quotidien qui est recherchée.

Cela fait 3 ans que la Foire de Paris nous demande d’intervenir pour remettre des certificats de mérite aux « standistes ». On veut montrer qu’il ne faut pas faire n’importe quoi. En 2017 nous irons plus loin. Nous aurons une journée avec des ateliers, des cocktails, des démonstrations de talents. Il y a beaucoup de jeunes qui sont dans la cuisine mais peu de restaurants de cuisine créole. Si les jeunes sont encouragés cela leur donnera envie de monter leur restaurant. Ils ont besoin de rencontres. Et récemment, des jeunes qui souhaitaient ouvrir un restaurant nous ont demandé une lettre de garantie à fournir à leur banque. Cette caution leur a permis d’obtenir leur crédit. Les trophées culinaires de l’art créole doivent servir de tremplin à nos jeunes talents.

97L : Comment va se dérouler la soirée ?

Cette année il y a 15 prix. C’est un jeune chef Jérome Bertin qui est mis à l’honneur. Nous serons sous le patronage du ministère de la Culture. Il y aussi les ambassadeurs : Marie Antoinette Sejean, ambassadrice santé, Gordon Henderson ambassadeur de la Dominique, ceux de Saint Domingue, de Mayotte. La Réunion est toujours invitée mais ils ont du mal à s’impliquer. Pourtant ils sont créoles. Il y aura la présidente de l’association des cuisinières de la Guadeloupe qui fête ses 100 ans, les cuisinières de la Guyane. Et la présence de Jessica Harris, historienne culinaire américaine qui aura tenu le jeudi 3 novembre de 18h00 à 21h30 au 2 Rue de Lobau, une conférence  sur « Les influences créoles de l’Art Culinaire de l’esclavage à nos jours et les liens culinaire historique entre les pays du monde créole ».

97L : Des restaurants n’ont-ils pas été oubliés ?

On va remettre cette année un prix d’accueil du public mais ce ne sont pas les restaurants qui nous intéressent vraiment. On valorise le cuisinier. Le restaurant peut disparaître mais pas le cuisinier. On pourrait imaginer un prix food truck par exemple, mais il ne faut pas se lancer dans des récompenses systématiques. On va labelliser des jeunes qui ont monté une gamme de produits surgelés. Vous voyez c’est très diversifié. N’oublions pas le côté économique : ce sont des emplois, de la clientèle à fidéliser… La cuisine est comme un fil d’Ariane.

97L : Justement parlons finances pour terminer…

Le nerf de la guerre ! Cette manif nous coute très cher entre 30 à 40 000 euros. Le ministère des Outre-mer nous aide mais l’apport est insuffisant. Nous recherchons des partenaires. Je profite pour lancer un appel à la communauté afin de nous soutenir et comprendre qu’il faut payer pour venir. C’est une manière d’aider les cuisiniers.


Les trophées de l’art culinaire créole 3ème édition à l’Espace Reuilly

INSCRIPTION OBLIGATOIRE
https://www.weezevent.com/-407trophee-art-culinaire

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