Société

Jean-Marc Ayrault Président de la Mission de la mémoire de l’esclavage, une « captation mémorielle »?

 Initiée sous l’autorité de Myriam Cottias Directrice de recherches au CNRS, ancienne présidente du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CNMHE), et son équipe la réflexion sur la constitution d’une fondation, a pris une forme substantielle.

Le Président de la République François Hollande avait lors de la cérémonie en date du 10 mai 2016, désigné Lionel Zinsou économiste franco-béninois en qualité de personnalité qualifiée pour présider la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions.
Celui-ci a remis un rapport au Président de la République sur la pertinence de la création d’une fondation en substitution du CNMHE.
C’est en suite du rapport Zinsou que fut scellée la nomination de Monsieur Jean-Marc Ayrault ancien Premier Ministre, Président de la mission de la mémoire des traites et de leurs abolitions, et Président du Groupement d’Interêt Public (GIP) afin d’édifier la fondation. Lors de cette nomination  le 10 mai 2017 par François Hollande à l’occasion de sa descente de charge comme Président de la République, il y eu une certaine perplexité sur le choix de Monsieur Ayrault.
En effet fut-il ex Premier Ministre, et ancien maire de Nantes, ville dont la prospérité est issue de l’esclavage, en quoi cela faisait-il la personnalité idoine pour la fonction…
Cette interrogation à l’époque n’avait pas été exprimée avec suffisamment de vigueur et son audition le 1er février 2018, par la Délégation sénatoriale aux Outre-mer offre l’opportunité aux parlementaires de s’y intéresser.
Faisons fi de toute fausse pudeur, ou de compréhension complaisante pour évoquer cette forme de « captation mémorielle ».
Est-t-il imaginable qu’il n’existât nulle femme ou nul homme originaire des territoires d’esclavages n’ayant pas les compétences pour occuper la fonction ?
 Ce n’est pas un procès en légitimité, mais une alerte en représentativité.
Alors qu’en France métropolitaine, la désignation de Monsieur Ayrault ne suscite qu’indifférence, il y a lieu d’imaginer avec une certaine appréhension la force du symbole dans une représentation internationale.
Ainsi à la tribune de l’ONU, de l’UNESCO, ou de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) c’est la voix de Monsieur Ayrault qui se fera l’écho des 300 ans d’esclavage des populations des Outre-mer. N’y a-t-il pas là, un cruel paradoxe entre la fonction actuelle et celle de l’ancien maire de la ville de Nantes dont le passé de l’économie esclavagiste a laissé des stigmates durables.
Sans nier le témoignage du monument en hommage aux esclaves, il est difficile de se résoudre à la singularité des larmes du Président du GIP lors de la visite de la Maison des esclaves à Gorée au Sénégal, ou alors à la Porte du non retour à Ouidah au Benin.
Comment imaginer l’hommage du marron François Makandal en Haïti, des enfants du Quilombo au Brésil ou de l’épopée de Nat Turner aux Etats-Unis.
Il est en effet surprenant qu’en France, depuis les illustres figures de Félix Eboué et Gaston Monnerville aucune personnalité des Outre-mer n’ait trouvé grâce aux yeux des tenants du pouvoir pour occuper des fonctions imminentes.
L’exception de Madame Christiane Taubira Garde des Sceaux Ministre de la Justice, atteste que l’Homme des Outre-mer lui est occulté dans sa dimension représentative.
L’actuel Président de la République plus en phase avec son époque par sa répulsion des préjugés, serait bien inspiré, si son attention était attirée par cette singularité ayant un caractère discriminant.
Sans mettre en doute l’honorabilité de Monsieur Ayrault, il y aura une relative difficulté pour les originaires d’Outre-mer d’adhérer à ce reflet identitaire.
Pour employer une expression usitée, désigné « à l’insu de son plein gré », il y va non seulement de la crédibilité de, mais de l’incarnation de la fonction par une personnalité dans un apparentement reproductif historique.
Antony Etelbert
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2 Comments

  1. Stockman
    février 2, 2018 at 07:25 — Répondre

    Encore un enfumage comme savent le faire les politiques Français toute honte bu on est dans l entre soi rien à changé tout cela est lamentable il y a du mépris si sa passe pourquoi pas on ne peut sans prendre qu a nous même.

  2. Jean Marie
    février 4, 2018 at 20:20 — Répondre

    Il n’est jamais trop tard pour que la communauté des afro-descendants montre son mécontentement.
    A quand une pétition pour une désignation plus conforme à nos aspirations ?

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