Musique

J’AI RENCONTRÉ…….Mario CANONGE

« Ma grande chance est d’avoir toujours été là où il fallait, quand il le fallait »

 C’est dans un café, non loin de l’Opéra-Bastille, que j’ai rendez-vous avec lui. Il revient d’une répétition en vue d’un concert mercredi. Jeudi, il donnera un autre concert dans une autre salle, avec d’autres musiciens ; vendredi il est attendu, avec le trio CAB, pour l’inauguration du Memorial ACTe en Guadeloupe. L’homme est surbooké. C’est dire si j’apprécie ce moment que m’accorde le pianiste martiniquais Mario CANONGE.

 

Lydia PONCHATEAU : Commençons par le commencement. Comment s’est passée ton enfance en Martinique ?

Mario CANONGE : Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 6 ans. Avec ma mère et mon frère, nous sommes allés vivre chez ma grand-mère et c’est là, entouré de mes tantes, de mes cousins que j’ai grandi. Il y avait beaucoup de monde dans cette maison. Et il y avait ce piano. Très vieux, très désaccordé et auquel il manquait des touches.

LP : C’est à ce moment-là que naît ta passion pour cet instrument ?

MC : Un peu. Il faut savoir que ma grand-mère organisait des bals dans sa maison. Je voyais Nel LANCRY, le frère de Marius CULTIER, jouer sur ce piano lors de ces bals. Et puis, mes tantes, ma mère, mes cousins jouaient tous plus ou moins. J’ai donc commencé à tapoter.

C’est étrange pour moi de te faire ces confidences, ça fait remonter tellement de souvenirs….

LP : (Je laisse s’estomper lentement ce moment d’émotion.. Un Mario Canonge ému, ça ne se voit pas tous les jours !! J’en profite !)

Quand et comment as-tu décidé qu’il était temps d’arrêter de tapoter sur ce vieux piano familial ?

 MC : En 1975, je vivais à Sainte-Thérèse, un quartier de Fort-de-France. Le curé de la paroisse souhaitait former une chorale et trouver, dans le même temps, un organiste. Il a donc décidé de dispenser, lui-même, des cours de piano. Mon meilleur ami, qui jouait de la guitare et de la trompette, m’a encouragé à prendre des cours. Au bout de deux semaines, le curé, se rendant compte que j’avais un peu de talent, m’a proposé de prendre des cours avec une professeure de musique, Mme OBERIC. Je suis resté deux ans avec elle à prendre des cours de façon espacée, le prix des cours étant relativement élevé.

LP : Tu avais donc abandonné l’idée de jouer à l’église de Sainte-Thérèse ?

MC : Non pas du tout. Je deviens l’organiste de la paroisse de Sainte-Thérèse à l’âge de 16 ans. Dans le même temps, je fais la rencontre de nombreux musiciens, ceux du groupe Fall Fret (je deviendrai très proche d’Alex BERNARD), Marius CULTIER, Malavoi, La Perfecta. Je fréquente aussi, à cette époque, le CERMAC où j’accompagne des danseurs ou des comédiens.

LP : Qu’en est-il de ta participation à la « Chorale du François » ?

MC : Le Père Louis-Elie avait décidé de monter une chorale appelée « La chorale du François ». J’y ai rencontré Guy VADELEUX qui, à ce moment-là, était bassiste. La chorale a connu un succès extraordinaire. Nous sommes partis en tournée durant un mois en France où nous avons enregistré deux albums. Dans les studios d’enregistrement j’ai pu croiser des musiciens comme Al LIRVAT, André SIOBUD, Arthur APATOUT. Je m’enrichissais de toutes ces rencontres.

LP : Nous sommes en 1977.  Tu es très jeune. Quelles études souhaitais-tu faire ?

MC : J’étais très attiré par les maths. Mais, pour des questions de  calendrier, j’ai fait le choix de la musicologie à l’Université de Paris VIII où j’ai préparé une licence. Durant les vacances, je retournais régulièrement en Martinique. En 1980, Paulo ROSINE me propose de jouer à l’Hôtel Hilton pendant trois mois.  Ce fut une très belle expérience. A mon retour à Paris, je commence à jouer du jazz et de la salsa dans des bars tout en poursuivant mes études. J’ai finalement obtenu ma licence en musicologie.

LP : Quel regard portes-tu sur la jeune génération de musiciens et comment contribues-tu à l’évolution de la musique ?

MC : Je trouve qu’il y a de très bons musiciens dans la jeune génération. Des musiciens qui travaillent énormément et qui obtiennent un résultat formidable. Travailler régulièrement, quotidiennement, donne toujours les meilleurs résultats. En ce qui concerne ma contribution, je pars du principe qu’il faut transmettre ses connaissances, ce que ne faisaient pas les musiciens il y a quelques années en arrière. J’anime des Masterclass dans toute la France. Je pense qu’il faut savoir donner, parce qu’on reçoit toujours en retour. J’apprends chaque jour, de tout le monde, car chacun est unique et m’apporte quelque chose de particulier. J’essaie d’apporter, moi aussi, ce que je peux dès que je le peux.

LP : Si tu n’avais pas été musicien, tu aurais aimé faire quoi ?

MC :  Rien ! Rien d’autre que de la musique. C’est ma passion.  Tu vois, entre 40 et 45 ans, il m’est arrivé quelque chose « d’étrange » si je puis dire, je ne « savais » plus travailler le piano. Alors pendant ces 5 ans, j’ai lu plus d’une centaine de livres. Les auteurs antillais, caribéens, sud-américains, français… tous trouvaient grâce à mes yeux, j’avais une boulimie de lecture. Comme s’il me fallait compenser le manque du piano.

LP : Mario  CANONGE est reconnu dans la rue ?

MC : Oui et de plus en plus par des personnes qui ne sont pas de la communauté. Je vais te raconter une anecdote. Je donnais un concert au Japon. Arrivé là-bas, je suis interpellé dans la rue par un homme qui me demande de lui signer un autographe. Etonné, je lui demande s’il fait partie de l’organisation du concert. Il me répond que non. Il venait de faire l’acquisition de mon dernier album. J’en suis encore étonné aujourd’hui.

LP : Moi, ça ne m’étonne pas… mais je ne peux pas lui dire ! 

DISCOGRAPHIE :

  • De 1983 à 1991 Mario CANONGE est à l’orignie de la création des groupes ULTRAMARINE avec Michel ALIBO, SAKIYO avec Tony CHASSEUR, Jean-Paul POGNON et Serge PONSARD (on se souvient du succès « Bisou sucré ») et SAKESHO avec Jean-Philippe FANFANT et Michel ALIBO.
  • En 1988 et 1990 il participe à la 1ère et à la 2ème éditions du « Grand Méchant Zouk »
  • En 1991, Mario CANONGE commence à faire des albums en son nom : Retour aux sources (1991) ; Trait d’union (1993) ; Hommage à Marius Cultier (1994) ; Arômes Caraïbes (1995) ; Chawa (1997) ; Punch en musique (1999) ; Les plus belles chansons de Noêl (2001) ; Carte blanche (2001) ; Rhizome (2004) ; Punch en musique vol.2 (2008) ; Rhizome Tour (2009) ; Mitan (2011)
  • Cette année voit la sortie de l’album « CAB », rencontre de la Caraïbe, de l’Afrique et du Brésil (Mario CANONGE, Dd ADRIANO et Blick BASSY).

 

Le trio sera en concert au DUC DES LOMBARDS les 8 et 9 juin 2015.

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