Culture

Issa Rae : Je suis godiche et noire, et je suis loin d’être la seule

 Vous ne connaissez pas cette série ? Laissez vous tenter en ce mois d’août. “Je suis empotée et je suis noire. Un jour, quelqu’un m’a dit que c’étaient les deux pires choses qui pouvaient vous arriver. Cette personne avait raison.”  Dans The Misadventures of Awkward Black Girl (Les mésaventures d’une nana noire et empotée), J s’affranchit des clichés sur la femme noire. Avec son personnage de grande maladroite, Issa Rae renouvelle avec bonheur l’image des Noirs dans les sitcoms produites aux Etats-Unis.
Un article de DeNeen L. Brown publié dans le Washington Post en 2012

… Retour à l’épisode 1 des Misadventures of Awkward Black Girl. Fond musical. J se présente.  Avec ces quelques mots, Issa Rae a lancé une série qui a ouvert sur le web un dialogue sur la race, la culture et la perception de l’autre, une série qui bouscule la représentation stéréotypée des Noirs à la télévision et au cinéma. L’épisode 1, mis en ligne en février 2011, a été visionné plus de 1,3 millions de fois sur YouTube. Les quinze épisodes suivants ont été vus plus de 13 millions de fois. Pour les critiques, Issa Rae a contourné les préjugés des médias traditionnels pour créer un personnage auquel ceux-ci n’avaient jamais songé. “Si Issa Rae est devenue aussi populaire, c’est parce qu’elle complexifie et balaie tous les récits produits jusqu’à ce jour à propos des femmes noires”, tels que ceux de la Mammy (réconfortante), de la Jézabel (concupiscente) et de la Sapphire (revendicative et en colère), souligne Kimberly C. Ellis, universitaire et critique des médias sociaux, connue en ligne sous l’identifiant “Dr. Goddess”.

Le personnage de J remet en cause le fait que l’on attende généralement des Noires qu’elles soient des femmes fortes, solides, poursuit Ellis. “Cette attente est un piège, parce qu’elle implique que vous ne pouvez plus montrer votre vulnérabilité, votre maladresse.” “Dans les médias de masse, les Noirs sont toujours présentés comme cools ou outrageusement démonstratifs, jamais maladroits”, acquiesce RaeOr la gaucherie peut rendre un personnage plus accessible. Se sentir maladroit “est un élément foncièrement humain, poursuit-elle. Je pense que c’est ce qui fait que tant de gens se sentent proches de J, bien qu’elle soit noire.”

En mars 2012, The Misadventures of Awkward Black Girl a raflé devant 700 concurrents le titre de meilleure série web aux Shorty Awards, qui récompensent les contenus Internet. Et, en septembre, Rae a eu l’honneur d’être désignée comme un “leader du changement” lors de la “Soirée d’excellence” organisée par le Congressional Black Caucus [un groupe parlementaire qui réunit des élus noirs du Congrès]…

 Mais qui est au juste cette jeune femme ? Est-elle aussi gauche que son personnage ? La réponse est oui, quelquefois. Sa mère, une professeure de français originaire de Louisiane, est “la fille noire godiche dont je me suis inspirée, raconte Rae. Elle est socialement décalée, c’est comme ça. Elle a toujours fait des trucs bizarres”, comme d’emmener la famille à un enterrement qui n’était pas le bon. En arrivant en retard, en plus !

Rae, troisième d’une fratrie de cinq, est née à Los Angeles. “J’avais des amis de toutes origines ethniques, se souvient-elle. Je fréquentais une école de très bon niveau avec toute une bande de gosses brillants. C’était génial.” Etre noir là-bas était facile, raconte-t-elle dans un article pour le Huffington Post. “Je ne me suis jamais sentie vraiment contrainte de réfléchir à ma race, pas plus que tous ceux qui m’entouraient. Je savais que j’étais noire. Je savais qu’il y avait une histoire liée à la couleur de ma peau, et mes parents m’avaient appris à en être fière. Mais ça s’arrêtait là.”

A la fin de l’école primaire, cependant, la famille de Rae retourne à Los Angeles, où elle s’installe dans un quartier noir huppé. “J’étais tout excitée à propos de la maison que nous allions acheter : elle était bien plus grande que celle où nous habitions avant, et je me disais que notre vie aussi prendrait une autre dimension”, relate Rae. Mais, en fait, sa vie a rapetissé. Comme l’écrit Rae dans le Huffington Post, “on m’obligeait sans arrêt à prouver que j’étais suffisamment noire”. Un de ses camarades, par exemple, cherche un jour à la tester pour savoir si elle s’y connaît vraiment en hip-hop. “Les jeunes Noirs de LA ne pouvaient pas m’accepter telle que j’étais, avec ma façon de parler et mon sens de l’humour, se remémore-t-elle. Tout le monde se faisait lisser les cheveux, par exemple, alors que moi je les portais crépus, avec une coupe afro. Ma façon de m’habiller aussi était différente. Je ne me rendais pas compte. Je n’étais pas du tout dans le coup.”

Son côté décalé ne la quitte pas, même quand elle décide de poursuivre ses études dans une école privée. Là, “au milieu de gosses de Blancs, je me suis efforcée de devenir plus noire encore. J’essayais de parler comme un rappeur noir, comme si je sortais de je ne sais quel ghetto.”…

Elle intègre Stanford… Après son diplôme, Rae part étudier le théâtre à New York. Un jour, alors qu’elle est sur Facebook, il lui vient à l’esprit qu’elle est “godiche et noire”. “Je trouvais que la combinaison des mots black et awkward était amusante. Je les ai donc choisis pour mon statut Facebook.” C’est alors qu’une amie lui adresse ce commentaire : “Etre godiche et noire sont les pires choses qui puissent arriver à quelqu’un.”

Rae songe d’abord à reprendre l’idée pour une ligne de T-shirts. Puis elle décide de créer une série. Le premier épisode n’est qu’une esquisse. Il n’y a pas de scénario. Elle apprend à sa meilleure amie à tenir une caméra et à faire le point. Sitôt qu’un épisode est en boîte, elle le poste sur YouTube.

Peu à peu, Rae élabore toute une galerie de personnages basés sur les travers des gens qui l’entourent – comme ce collègue qui parle si bas que les gens doivent se pencher pour entendre ce qu’il dit, ou cette femme qui tousse sans arrêt sur ceux qui l’entourent, sans oublier la “Boss Lady”, une caricature de l’une de ses institutrices à l’école primaire. La Boss Lady est blanche, se tresse les cheveux et parsème son discours de termes afro-américains. “Elle pense qu’elle est dans le coup et qu’elle est sensible à ce que nous subissons. En réalité, elle est tout simplement odieuse.” La Boss Lady, telle que la décrit Rae, est une femme de gauche très politiquement correcte, qui mange comme quatre mais est obnubilée par la santé. Elle est fascinée par tout ce qui est “exotique”…

La vie réelle n’est pas toujours facile non plus pour Issa Rae. Son succès suscite de la haine. En mars 2012, après le Shorty Award attribué à Awkward Black Girl, les fans racistes d’une autre série écrivent sur Twitter qu’ils n’arrivent pas à croire qu’“une petite négresse” a pu les devancer…

Elle rappelle pourquoi elle a lancé The Misadventures of Awkward Black Girl : “Je voulais créer un personnage qui, racialement marqué, se retrouve dans des situations qui seraient inconfortables pour tout le monde, ce qui fait que l’on est obligé de s’identifier à elle, quelle que soit sa couleur de peau. Mais voilà… il y a encore des gens qui butent sur le mot ‘Black’ du titre. » Et de conclure : Je suis une noire godiche, et je suis loin d’être la seule.”

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