Littérature

« Il devait être écrit que mon chemin croiserait celui du cinéma »

Le témoignage de Firmine Richard avec l’aide de Jean Philippe Zappa, biographe et auteur de théâtre, notamment récompensé par le prix Jean Nohain 2018 de la meilleure biographie.

« Je suis née à l’hôpital général de Pointe-à-Pitre un 25 septembre. La coquetterie excusera mon oubli de la mention de l’année. Oubli que les lecteurs les plus zélés ou les moins bienveillants combleront facilement en quelques clics ! Un indice : cette année-là, la Guadeloupe, jusqu’alors colonie française, est devenue un DOM, département d’outre-mer. J’ai donc failli naître « colonisée » ! Ce ne fut pas le cas à quelques mois près ».

Firmine Richard, comédienne connue pour ses rôles dans Romuald et Juliette, Huit femmes ou La Première Etoile, nous décrit ici son parcours atypique et hors norme.

« Sa ki la pouw, dlo pa ka chayéi. Ce qui t’est destiné, le courant ne l’emporte pas.

Depuis toujours, ce proverbe créole accompagne ma vie. Plus encore depuis une nuit où mon destin a basculé de manière inimaginable. Nul ne peut échapper à son destin, c’est vrai.

Je ne sais pas pourquoi ni comment je me suis retrouvée à un certain moment à un certain endroit. Au bon moment au bon endroit. Certains parlent de hasard. Moi je ne crois pas au hasard, je crois au destin »…

Élevée seule par sa mère docker et femme de ménage, elle a réussi à s’imposer comme l’une des valeurs sûres du cinéma. Après avoir travaillé pour la RATP et le conseil régional de Guadeloupe, F. Richard est repérée par une directrice de casting qui cherche une femme noire pour le film Romuald et Juliette. A 40 ans, elle n’a jamais joué devant une caméra et pourtant, sa carrière est lancée. Elle interprète par la suite de nombreux rôles, au théâtre comme à l’écran.

« Il devait donc être écrit quelque part que mon chemin croiserait un jour celui du cinéma, venu dans ma vie sans que je le décide. Sans que j’y aie pensé un jour ou en aie rêvé une nuit. Mais cela ne signifie pas que je ne me suis pas battue avant pour tracer ma propre route et que je ne me bats pas depuis, chaque jour, pour poursuivre mon chemin et rester dans ce milieu si fascinant, si passionnant. Si impitoyable et si ingrat aussi. Si raciste souvent ».

Elle se livre avec authenticité et sincérité sur les coulisses d’un métier, celui de comédien, qui fait tant rêver, et plus largement sur notre société.

« Nous avons tous quelque chose à apprendre du parcours des autres. À apprendre des autres, tout simplement. La vie m’a offert d’évoluer dans des milieux, des environnements bien différents, de côtoyer des personnes à la culture, aux valeurs et aux rêves très variés, et c’est une grande richesse. Des rencontres qui nourrissent une vie ».

« J’arrive à une période de ma vie où le devoir de transmission commence à s’imposer. Un devoir de transmission qui était cher à mon ami Jean-Michel Martial, comédien et metteur en scène d’origine guadeloupéenne décédé des suites d’une longue maladie alors que je bouclais l’écriture de ce témoignage ».

Celle que l’on a vu craquer au moment de défiler dans l’émission d’Arthur « Stars à nu » le 7 février pour sensibiliser au dépistage du cancer du sein, s’est bien remise depuis et a retrouvé sa vitalité. « Je me suis sentie vulnérable soudainement, c’était terrible, je me suis sentie handicapée. C’était le trop-plein d’émotions ».

Firmine prépare désormais son premier seule-en-scène qui devrait ravir ses admirateurs. Une femme battante, une femme active, une femme débordée.

« Comme on dit chez moi, Anba latè, pa ni plézi, « Sous terre, il n’y a pas de plaisir », alors oui, il faut profiter de la vie, avant que survienne la mort ».

Disponible dès jeudi 27 février

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