Littérature

HECTOR POULLET : LE TITAN DE l’ILE-PAPILLON

Hector Poullet était l’invité d’honneur du « Temps des Poètes » à la Médiathèque du Gosier. Le jongleur de mots s’est livré  sans retenue aux lépidoptérophiles avides de son substrat livresque.

Habitons poétiquement le monde ! Un jour sans poème est un jour abandonné des dieux !

« Nous sommes comme des nains sur les épaules de géants…

Grâce à eux, nous ne voyons pas mieux,

Mais nous voyons plus loin »

Ces propos, Hector Poullet les avait  formulés en forme d’hommage à Jean Bernabé, autre pionnier de l’écriture de la langue créole. Mais comment ne pas voir en Hector Poullet lui-même, un géant, sur lequel nous nous adossons pour ré-enchanter le futur ?

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Nos yeux se sont dessillés, depuis cinq décennies grâce à son travail de titan.

S’il nous le permet, à notre tour, nous oserions donc le comparer à un de ces Titans de la mythologie grecque, qui sont d’ailleurs les divinités primordiales ayant précédé les Dieux de l’Olympe.

Il nous rétorquerait à juste titre que les Titans furent vaincus et précipités dans le Tartare, région des Enfers et lieu de châtiment des grands coupables. Et s’il ne fallait rester que sur le terrain du créole, il semblerait par exemple que la graphie créole ressemble à un champ de mines, tant les rivalités entre les différentes chapelles sont portées à leur paroxysme.

Toutefois, les Titans continuent à hanter notre inconscient collectif, à telle enseigne  que la dénomination créole titan a été octroyée aux impressionnants camions qui « charroient » à une  vitesse folle, sur les routes bitumées, les cannes à sucre à l’usine Gardel en Guadeloupe et qui se retrouvent souvent accidentés.

@La1ereFranceTV

Les mots créoles qui se bousculent dorénavant en chacun de nous, empruntent donc les autoroutes modernes de la communication, surgissent de toutes parts et sont cause de déflagrations, dans un télescopage sidérant entre exégètes, puristes, et réformistes.

Il n’est peut être pas innocent qu’Hector Poullet soit né à Anse-Bertrand, bourg rural par excellence et marqueur identitaire, même si ce ne fut qu’un épiphénomène, puisqu’il fut par la suite transbahuté de commune en commune, avant d’être également très jeune, déraciné en région parisienne (Il arrive à 12 ans place de Clichy). Son itinéraire personnel expliquerait qu’il ait milité dés son retour au pays, pour la promotion de la langue maternelle, et l’instauration du bilinguisme dans la société créole.

Ses ouvrages de référence, et ses activités multiformes nous laissent pantois : Dictionnaire créole français en 1984, puis dictionnaire avec abrégé de grammaire, « Créole sans peine », méthode Assimil, adaptation des fables de la Fontaine (Zayann 1 et 2), scénariste de bande dessinée, traducteur des albums d’Astérix, auteur d’un dictionnaire de rimes créoles.

C’est en 1976, au collège de Capesterre Belle-Eau, qu’il anime des cours de soutien en créole, avec  Sylviane Telchid. Il faudra attendre l’introduction des langues régionales, à la fin des années 1990, pour que le créole pénètre avec les honneurs dus à son rang au sein de la forteresse scolaire.

La revue Creoleways du 25 février 2014 pouvait affirmer que loin des querelles stériles, la plus grande réussite d’Hector Poullet a été d’affirmer que le créole occupe sa place, naturellement, et en toute simplicité, dans nos cœurs, dans nos vies, dans nos écoles, et via l’offre multimedia.

L’invité d’honneur de la  soirée littéraire de l’ASCODELA a tenté de minimiser sa stature sur la scène littéraire. Lucide sur la société guadeloupéenne, il a regretté l’état actuel de la production littéraire, le manque d’échanges, car la critique est très mal perçue. Avez- vous déjà lu des critiques littéraires en Guadeloupe ? a t-il lancé. C’est une société qui ne peut pas réfléchir sur ce qu’elle produit. Les textes écrits sont comme des bouteilles jetées à la mer. Pourtant seuls les échanges permettent d’avancer.

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Mais, même si sa modestie doit en souffrir, l’ASCODELA a pu affirmer que  l’apprentissage et la lecture du créole et tout spécialement de la poésie créole, ne se déclinent pas  en Guadeloupe sans référence à l’œuvre d’Hector Poullet. En ce sens, le « lyannaj » entre huit poèmes de « Paroles en l’air » Edition Désormeaux, premier recueil publié du poète en 1982, lyannaj préparé par Georges, a fait ressortir l’empreinte indélébile qu’Hector Poullet a laissée dans nos consciences.

Démonstration en a été faite avec la toute première déclamation par Paola, collégienne de treize ans,  du poème cultissime ,  « TWA TWA TOU PATOU », poème écrit en 1967, et appris au collège Edmond Bambuck du Gosier, dans le cadre de l’option Langue et culture régionales. Un frisson a parcouru la salle.

Etait-ce la fraîcheur inhérente à la lecture par une toute jeune adolescente de cette œuvre majeure ? Mais ce poème est avant tout magique. Quelles sont les raisons du succès d’une œuvre d’art et plus particulièrement d’un poème ?

Celui qui écoute ce texte ressent l’appel impérieux du poète, et en ressort comme enivré ; «  Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c’est le mystère de toutes choses » a écrit Frederico García Lorca. Certaines constantes dans les textes fondateurs ont pu toutefois être relevées, et Twa twa tou patou, n’échappe pas à la règle.

@dessin mauricien

L’UNIVERSALITE DE TWA TWA TOU PATOU

Le symbolisme de la Terre-Mère et l’alchimie parfaite entre l’île, le poète et  son public. L’île est la matrice, qui donne forme et sens à toute chose, à toute vie.

Selon Mircea Eliade dans « le sacré et le profane », l’enfantement des humains par la Terre était une croyance universellement répandue, et de nos jours survit le sentiment obscur d’une solidarité avec la terre natale ; c’est là un sentiment de structure cosmique. Mi zanfan péyi là (Les voilà les enfants de l’île). Ils sont les enfants de la Gaïa primordiale, de  l’île-Mère.

Mais ce qu’il y a de remarquable avec Hector Poullet, rappelons que le poème date de 1967, c’est que cette appartenance «  filiale » au pays, ne s’inscrit pas dans une logique étriquée de revendication du droit du sol, mais se traduit par un dépassement de soi, une fulgurance.

Le voyage initiatique

La présence sur l’île se mérite. Elle ne serait pas seulement naissance, mais renaissance, permise par le voyage initiatique.

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Ce parcours peut être physique, avec déplacement du corps, ou mental. L’altérité revendiquée par le poète permettrait de partager, de se connaître et de se reconnaître, d’expérimenter, et d’aimer. Le voyageur doit , au cours du parcours initiatique ou mystique, par delà les rencontres, déchiffrer les symboles.

Souvenons-nous de V. Hugo  : «  Sous l’être universel, vois l’éternel symbole».

Hector Poullet a rappelé à Paola, que les trois éléments constitutifs du foyer initial- la pierre, l’eau, le feu – sont ainsi déclinés par le titre ( twa twa tou patou). Caroline Regnaut dans « la Révolution de la pensée symbolique » écrivait toutefois que «  le sens d’un symbole n’est pas donné a priori, il est issu du contexte, il est à inventer chaque fois ».

Le poème Twa twa tou patou n’appartient plus à son créateur. On peut parler d’appropriation de ce poème par toute l’île. Ainsi le nombre trois ne représente-t-il pas également  de nos jours notre rapport au temps  ( passé-présent-futur ), ou encore notre rapport au monde dans le contexte de mondialisation (la minuscule Guadeloupe- le monde dans sa globalité- notre contribution à la culture universelle) ?

Le poète se veut penseur, se déclare prophète, et interpelle les hommes. 

Il re-crée et réinvente le monde

On voit bien que lorsque j’écris ce poème, a expliqué Hector Poullet à l’assistance, « c’est un enfant qui regarde une carte, et l’archipel guadeloupéen.  Mi Marigalant, mi Lésent, Dominik anba » (Voilà Marie-Galante, voilà Les Saintes, et plus-bas la Dominique). L’île est magnifiée. » C’est une communion à travers l’espace caribéen. É on kyolé ti fré, et on kyolè ti sé ( et un tas de petits frères et sœurs ) Antig, Barbad, Trinidad,  Kiba  – Ayiti, Sendomeng, Portoriko.

L’exploration poétique se veut connaissance de l’homme et du monde.

Oeuvre militante au départ, écrite dans les soubresauts des «  années de plomb » guadeloupéennes, cette poésie revendicatrice et dénonciatrice, fustige ceux qui vivent de la pwofitasyon – pour reprendre un terme créole entré dans le langage courant depuis la grève de 2009- (i ka viv si péyi la, évé swè, évé san zanfan péyi-la… Kon sansi). Les enfants de l’île suent sang et eau, dominés par des exploiteurs, transformés en sangsues).

Hector Poullet nous confie, avec une douceur et une humilité désarmantes, qu’à son retour en Guadeloupe, il voulait faire la révolution.

Pourtant, ce texte est essentiellement un hymne à la créolité. Tout en défendant l’identité guadeloupéenne, le poète combat le racisme. Ces caractéristiques, que d’aucuns ont cru (et croient encore ?) antinomiques, fusionnent en une ode à  l’amour et à la fraternité.

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Car, tout en notre invité combat les fermetures, (la fermeture à l’autre,  et les postures intellectuelles ). Ce militant du créole n’est-il pas  aussi un propagandiste acharné de la culture universelle ?

Bien des années après l’écriture naïve et enthousiaste de Twa twa tou patou, il s’est exprimé en disant que les cultures créoles contrairement à ce qu’on croit ou qu’on théorise, sont encore fermées. Elles doivent se déployer.

C’est vrai que nous sommes encore encombrés des tares de la colonisation, … à cause de cette honte collective, des rancoeurs accumulées peuvent ressurgir à tout moment. Mais en même temps, affirme-t-il, nos sociétés créoles n’ont pas que des aspects négatifs. Notre société ne semble pas croire à la supériorité d’un groupe ethnique. De nombreux atouts devraient nous permettre d’éviter les drames qui hantent certaines cultures dans les pays qui semblent pourtant plus avancés que les nôtres.

De même, on peut noter par exemple une culture de la tolérance religieuse. Nos sociétés acceptent qu’un Dieu puisse être appréhendé de manière différente, et ne semblent pas prêtes à s’entre-tuer pour imposer une figure divine.

La puissance créatrice des mots.
Pour recréer le monde, la poésie doit redonner leur pouvoir aux sensations premières.Le poète est un artisan du langage. Le lieu central de sa création est l’univers des mots.

Twa twa tou patou révèle leur polysémie, leur qualité musicale, et crée entre eux par leur disposition, leur accentuation rythmique, de multiples échos de sens et de sons.

Le poème prend souvent par sa musicalité et le jeu de répétitions qui lui est propre, le caractère d’un chant.

Mi péyi-la- Viv péyi-la- Mi zanfan péyi-la- Viv zanfan péyi-la- Mi lènmi zanfan péyi-la. Le jeu sur les couleurs reflétant la mosaïque ethnique de l’île « i blan,  i jonn, i nwê,  i po chapé,… po nwê, po jonn, po rouj, po chapé, po blan », suggére également un spectacle visuel.

C’est la reconstitution d’une patrie aux couleurs d’un rêve arc-en-ciel, comme des gouaches de toutes couleurs jetées sur une toile (dont la peinture n’est pas achevée !).

Nous évoquerons aussi l’humilité de l’auteur, qui reconnaît qu’actuellement, il n’aurait pas écrit le poème de cette façon. Zanfan aurait été remplacé par Ti Moun.

hector poullet

Hector Poullet à gauche @Ac-Guadeloupe

DU BEBELE A ON JOU KOLE

Le lyannaj entre les huit poèmes s’est poursuivi par le poème « Bébélé » (plat traditionnel des Antilles, originaire d’Afrique, composé de produits très différents, comme ce poème ?). Il a été lu par Charles, qui est entré dans  le bal poétique, avec ces vers énigmatiques.

« Fil a filao ka fê flè…

Flè a koko

Bay bal !

La pli bel

Anba labay …

Fil a filao ké ka fê flè

Mè lè i ké lè

Sé ké bay lè  »…

La nature s’invite. Les filaos et les cocotiers produisent leurs inflorescences.

Que vient faire alors l’expression,  « La plus belle  est sous la baille ». Dans ce conte antillais très connu, un élégant cavalier découvre la belle que sa mère dissimulait, escomptant qu’il porte son attention sur son autre fille. Est-ce un poème allégorique ? Devons-nous découvrir une vérité cachée ?

C’est peut-être aussi tout simplement un exercice poétique avec les mots  fil, filao, ka, ko,  ké, fê, lè, flè et bay, avec des associations de mots et d’idées.

Un vers « bébélé la té en fon la »  serait la clé de l’énigme. Le poète doit bien se moquer de notre prétention à interpréter son art !

Francine et Geneviève dans un va-et-vient poétique original, entre créole et français, faisaient le lien entre les poèmes Vinvwê et Imagine

Vinvwê on jou

ou fin pa vwê

ou ka maché

douvan dêyê
C’est le thème du spleen : l’âme et le corps semblent exténués.
Joan devait surenchérir avec Kyè an-mwen pran dlo

«  A pa lenbé a pa dévenn…

A pa lenbé a pa pon penn

An byen an penn di sa sa yé »

Le poète indique qu’il n’a ni mal d’amour (lenbé), ni déveine (dévenn), ni peine (penn). Et pourtant une tristesse générale le saisit. Ici la musique qui découle des mots, même pour ceux qui ne comprennent pas le créole, est particulièrement perceptible  avec  la répétition des sons « en » et « é », des négations (a pa), et des doubles négations (a pa pon).

« Karenm », lu par Daniel, démontrait que la poésie peut être impudique, reflet de l’amour physique. La force expressive des mots créoles du sexe est  stupéfiante.

Rappelons qu’Hector Poullet a effectué des recherches approfondies sur les expressions créoles dans le domaine amoureux dans deux fascicules : Les mots du sexe en créole Caraibeéditions  «  pliché Koko », et  « fouyé patat ». « Karenm », le carême, est la période sèche en Guadeloupe. C’est aussi la période d’abstinence religieuse. Paradoxalement, le poète nous livre une déferlante de pieuvres déployant leurs tentacules, «  chatou lanmè », et qui nous font penser irrésistiblement comme dans «  le rêve du pêcheur », estampe du peintre japonais Hokusaï, à l’extase d’une femme nue étreinte par deux pieuvres ; de congres secouant furieusement leur tête, «  Kong anragé ka soukré tèt », le congre est un serpent serpentiforme des profondeurs , très allongé. Il évoque le reptile ; cette évocation du congre n’est pas innocente. Les organes sexuels atteignent un tiers de son poids ! ; de gyembo ( chauve souris ) attendant de prendre leur envol ( gyenbo ja kay prévwa), évocation des organes sexuels féminins.

gyembo

D’ailleurs savez-vous que le gyenbo est une espèce protégée aux Antilles, avec des populations endémiques ?

Ce bestiaire fantastique est par ailleurs relayé par les appendices naturels de l’homme et de la femme : mains fourrageant où l’on sait (men ka mannyé), bouches de nouveaux-nés prêts  à l’amour( bouch ka tété ).

Paroxysme de l’art et de la transgression ? Nous pouvons toutefois respirer, car comme a pu le rappeler Hector Poullet avec humour dans une interview, il était à craindre lors de la parution des ouvrages cités sur les mots créoles du sexe, que les livres  ne soient mis à l’index, ou qu’une fatwa ne soit prononcée contre eux.

« Mais toutes (ces) sensations qui trouent l’homme jusqu’ aux nerfs, aux entrailles, aux moelles, (ces) sensations charnelles, tout ce qui lui mord le cœur  et ne laisse pas une fibre en tout son corps tremblant qui ne soit désir, souffrance, volupté »,  selon la critique littéraire Marie-Jeanne Durry, dans sa préface des FLEURS DU MAL de Baudelaire, (collection Livre de poche classique) ne se traduiraient que par des mots illusoires, ne permettant jamais de posséder vraiment l’autre ? Aragon nous répond en écho :

« Rien n’est jamais acquis à l’homme. Ni sa force,

Ni sa faiblesse ni son cœur. Et quand il croit

Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix

Et quand il croit serrer son bonheur il le broie ».

LAS MAL PALE YO

Mais ces invitations à la volupté, et ces miroirs des femmes aimées, transcendés par le verbe, ne sauraient justifier l’usage mercantile qui est fait de l’image de la femme.

« Pou mal palé nou ja mal palé yo ».

Nous devons chérir ces femmes antillaises, loin des chansons vulgaires qui surfent sur  nos inconscients «  En ké pété kin aw , ravet modé choun-a-w ».

Aresté, Aresté, Aresté ( Arrêtez ! ) Ces triples protestations dans ce poème lu par Georges ont claqué comme des coups de fouet, marqués par le gwo-ka de Johanne.

Johanne justement avec le poème LONGAN, nous offrait des baumes pour apaiser nos maux :

«  Menm si délè

ou vwê

mankankwen

pran lanmen

si lyann dous

adan jaden à kyè aw »

Le mankankwen est une plante sauvage envahissante, qui peut terrasser les fleurs délicates( tout comme nos cœurs asséchés faute d’amour ?)

Francine reprenait le flambeau pour le dernier poème d’Hector Poullet lu par les Ascodeliens :« On jou Kolè ». Des mots pour exorciser nos tendances naturelles à l’affrontement et aux disputes , car  Hector Poullet, parlant de nous Antillais, a pu dire : Nous sommes des écorchés, susceptibles, coléreux, imprévisibles.

LA DECOUVERTE DES TALENTS

La deuxième partie de la soirée était consacrée à la déclamation poétique du public. En poésie, on peut découvrir aussi l’inattendu, le prosaïsme. La poésie peut se pencher sur les éléments du monde moderne pour transformer des choses laides en choses poétiques.

Baudelaire n’avait-il pas suggéré l’art dans la description d’un cadavre en putréfaction,  dans son poème «  Une Charogne » ?

Notre poétesse Geneviève, s’adressant au centre hospitalo-universitaire de Pointe-à-Pitre, comme à une entité douée de sentiments, a établi une correspondance entre ces murs pétris de souffrance physique et psychique,  le mal-être du personnel soignant, et la nouvelle orthodoxie budgétaire, avec ses critères de rentabilité, sujets peu abordés, dans les oeuvres littéraires, et a fortiori, en poésie. Ce CHU, sigle (en une seule syllabe) à lui tout seul, anxiogène, devient :

« L’antre des vicissitudes (où se déroulent)

Les bonheurs les plus joyeux

Les espoirs les plus vains

Les adieux les plus désespérés…

(Mais lui déclare-t-elle)

Tu dois renaître. Telle est ta destinée ».
Laure avec des vers délicats et ciselés  a parlé de la maladie d’Alzheimer « Quand l’heure bleue invite la nuit noire, je te prends la main ».

Ginette, dans son poème Espoir, veut  «…(à partir d’un) pont qui te conduit vers d’autres horizons …   savoir faire d’un était un sera »

Michel a interprété avec un réalisme stupéfiant une saynète poétique intitulée Malfétè en compagnie de son petit-fils jouant le rôle du « voyou ».

Georges faisait un grand écart poétique, nous livrant son admiration pour Nelson Mandela, et sa tendresse pour  sa  « Petite Lya »

«  Petit ange, un jour tu grandiras

Une jeune femme, tu deviendras

Tu connaîtras l’amour et ses morsures

Il t’en restera des blessures »

Désiré «  DES », garde  espoir en son île :

«  Sové namm’ a péyi la

La pli pa ka woté fos a piman »

La muse de Max, d’une facture classique impeccable, l’ a transporté pour un hommage touchant à sa mère.

Mano du groupe du Moule « Déclam »  a fait apprécier son texte dont les sonorités créoles semblaient s’écouler en cascades impétueuses. Quelle aisance !

L‘ASCODELA AUSSI CUBAINE ET AMERICAINE !

Cubaine, par Jean-Claude, survolté et éblouissant avec la Balada de los dos abuelos, de Nicolas Guillén, dont la poésie parle de métissage, et de respect de l’autre.

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Nicolas Guillen par Alejandro Cabeza

«  La ballade des deux grands-pères  »

Sombras que sólo yo veo me escoltan mis dos abuelos…

Ombres que moi seul j’aperçois

Mes deux ancêtres m’accompagnent

Javeline d’os aigu

Tambour de cuir et de bois

mon ancêtre nègre

Collerette autour du cou large

grise armure guerrière

mon ancêtre blanc »

Américaine, par Suzy, de l’APAG (association des professeurs d’anglais de la Guadeloupe), avec  PHENOMENAL WOMAN de Maya Angelou, figure des droits civiques et personnage emblématique de la vie artistique et politique aux Etats-Unis, qui nous démontre comment la poésie est une arme de séduction massive. PHENOMENAL WOMAN combat les canons de beauté imposés.

De jolies femmes voudraient connaître mon secret *

Je ne suis pas mignonne et je n’ai pas la taille mannequin maya angelou bon

Mais quand j’essaie de leur expliquer

Elles croient que je mens.

Je leur dis :

It’s in the reach of my arms

the span of my hips

the stride of my step

the curl of my lips

C’est de la façon dont mes bras se déploient

c’est à cause de l’envergure de mes hanches

La cadence de mes pas

le contour de mes lèvres

Je suis une femme, c’en est

Phenomenal.

La femme phénoménale, c’est moi

C’est le feu dans mes yeux

Et l’éclat de mes dents

Mon swing  quand je bouge

l’allégresse qui me transporte

C’est dans le claquement de mes talons, l’ondulation de mes cheveux

le creux de ma main et le soin que je prends de moi *
Après avoir déclamé Phenomenal Woman en anglais, Suzy en a proposé une version créole. Bravo, Suzy !

MAIS QUE SERAIT UNE SOIREE POETIQUE SANS MUSIQUE ET SANS CONTES CREOLES  ?

Mallarme pensait que la musique trouverait son accomplissement et son dépassement dans la poésie. Hector Poullet lie également de façon intime les deux arts.

La soirée avait débuté d’ailleurs par l’écoute  de l »adaptation musicale de Twa twa tou patou par le chanteur Dominik Coco, juste avant la lecture du poème. Le joueur de Kora, Michel Garbin, a participé à cette soirée d’hommages, en chantant plusieurs textes poétiques, avec son instrument fétiche, dont GHETTO du grand Guy Tirolien.

« Pourquoi m’enfermerai-je

dans cette image de moi

qu’ils voudraient pétrifier ?

Pitié je dis pitié !

J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme…

je chanterai Rimbaud

qui voulut se faire nègre

pour mieux parler aux hommes

le langage des genèses… »

Raphaël AnneRose recréait l’ambiance des veillées de nos campagnes, avec un conte sur une enfant « vorace », qui se réfugie sur un escarpement pour se goinfrer de nourriture et que le diable tente de dévorer, malgré l’abri construit pour elle. Ce conte traduit-il la réalité de l’obésité en Guadeloupe, surtout pour de très jeunes enfants ?

 

QUE SONT MES AMIS DEVENUS ?

La célèbre chanson de Leo Ferré, rassemblant des extraits de poèmes de Rutebeuf, ayant vécu au XIII ème siècle :

« Que sont mes amis devenus

Que j’avais de si près tenus

Et tant aimés.

Ils ont été trop clairsemés  » devient en langue créole, sous l’inspiration d’Hector Poullet :

O zanmi an té ni pasé

an ni zanmi van ka chayé

Hector Poullet a fait ressortir les ressemblances et les analogies entre ce français non encore codifié et la langue créole (d’où ses traductions de François Villon). Mais au-delà des recherches syntaxiques, ce poème évoquait naturellement Sylviane Telchid, que les mots ne libèrent plus. C’est comme si c’était une part de moi-même qui s’en est allée, a confié l’écrivain. Les affres de l’âge, les disparitions de proches et les maladies, l’isolement grandissant, avec le temps qui passe ont été sans fausse pudeur dévoilés au public.

Nom du fichier :DSCN1027.JPG Taille du fichier :889.1KB (910463 octets) Date et heure :Sam 2 fŽv 2002 17:11:05 Taille de l'image :2048 x 1360 RŽsolution :72 x 72 ppp Nombre de bits :8 bits/canal Protection :DŽsactivŽ ID de l'appareil :N/A Nom du modle :E995 Mode de qualitŽ :FINE Mode de mesure :Multizones Mode d'exposition :Programme auto Flash :DŽsactivŽ Distance focale :10.0 mm Vitesse d'obturation :1/13.4 secondes Ouverture :F2.8 Correction d'exposition :0.0 EV Balance des blancs fixe :Auto Objectif :IntŽgrŽ Mode synchro-flash :N/A DiffŽrence d'exposition :N/A Programme dŽcalable :N/A SensibilitŽ :Auto Renforcement de la nettetŽ :Auto Mode de courbe :N/A Mode de couleur :Couleur Compensation des tons :Auto Latitude (GPS) :N/A Longitude (GPS) :N/A Altitude (GPS) :N/A

Sylviane Telchid @Plbeditions

En toute discrétion, l’écriture poétique d’Hector se dévoile maintenant dans la revue Potomitan sur Internet, tenue par une Suissesse (donc neutre !) – rires du public- ce qui évite bien des déchirements et des insultes. Le poète libanais Salah Stétié, a écrit dans Raisons et déraisons de la poésie que :  «  Les plus grands textes de l’humanité, ceux en qui se trouve engagé, illusoirement ou non, là n’est pas la question, le destin de l’homme dans le sens le plus élevé du terme, là même où se joue le sort de son être, de son âme si l’on veut, sont ceux portés par la poésie, laquelle peut-être, n’est que le langage de l’homme quand il s’adresse à lui-même comme témoin et comme médiateur de la globalité cosmique »

Mèsi Missié POULLET pou tou sa ou ja fé ban nou ! É fos pou Sylviane !

* Nous présentons toutes nos excuses pour la traduction approximative de Phenomenal Woman

Daniel C.

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