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Hamdane, 81 ans, s’est libéré de la partie esclavagiste de son nom

Dans le sud de la Tunisie, des noirs portent encore sur leurs papiers d’identité la mention “atig” (“affranchi par”). Karim Dali et son père Hamdane étaient ainsi désignés comme “atig Dali”, leurs aïeux ayant été affranchis par la famille Dali, dont ils ont pris le nom. 

@Karim Dali, le fils

« Pour la 1ère fois, je me sens un citoyen libre ! 

 C’est une victoire contre le racisme et la discrimination ! »


 Le Tribunal de Première Instance de Médenine (Tunisie) a rendu un jugement historique en faveur de Monsieur Hamdane Atig Dali, 81 ans, originaire de Djerba, qui réclamait le droit de retirer le nom « Atig » (qui signifie « affranchi par ») de son nom de famille grâce au soutien juridique et légal de Minority Rights Group International et de l’association tunisienne Mnemty.

Karim, le fils de Hamden, âgé de 39 ans, diplômé d’un Master en anglais, travaille comme réceptionniste dans un hôtel à Djerba. L’affaire remonte à 2017, quand Karim et Hamden déposent une demande auprès du tribunal de Médenine pour supprimer le nom « Atig » de leur nom de famille en raison de la connotation péjorative de mépris et d’humiliation.

Le mot, qui signifie « libéré par », fait référence à l’héritage de l’esclavagisme dans le pays. Bien que l’esclavagisme ait été aboli en 1846 en Tunisie, plusieurs Tunisiens noirs en portent encore les traces dans le sud du pays.

@L’esclavage a perduré dans le sud jusqu’au début du 20e siècle.

« Cette décision est très importante », explique Silvia Quattrini, la coordinatrice des programmes MENA de MRG. « Porter ce nom est un rappel continu de l’héritage de l’esclavagisme. Ce jugement ouvre la route à des procédures semblables pour d’autres Tunisiens noirs qui pourront à leur tour changer leur nom et véritablement faire le choix de leur identité. »

À l’époque, en 2017, le tribunal avait d’abord débouté les plaignants, faute d’un comité chargé de traiter les questions relatives aux patronymes. Plus tard la même année, Karim avait envoyé une lettre au Ministère de la Justice pour supprimer le mot dérogatoire de son nom dans les documents officiels. Sa demande fut à nouveau rejetée, en raison de l’absence d’un comité spécial chargé de ces questions.

En août 2020, la famille Dali, a déposé une demande pour retirer de leur patronyme l’humiliant qualificatif. Pour sa plaidoirie, Maître Ben Hassana s’est appuyée sur l’article 2 de la loi organique n°50 du 23 octobre 2018, relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

Me Ben Hassana s’est également appuyée sur les articles 21, 23 et 49 de la Constitution tunisienne, puisque le nom « Atig Dali » perpétue la discrimination, l’humilité et l’insulte de la dignité humaine. Par ce jugement, l’officier de l’état civil a été autorisé d’inscrire le nom « Dali » au lieu de « Atig Dali » sur tous les documents officiels, y compris les extraits de naissance.

Ce jugement relève du chef du tribunal de première instance de la région où la décision est prise, comme décidé par le tribunal administratif. « Nous remercions Messieurs Hamden et Karim pour leur courage et persévérance qui redonnent de l’espoir pour toutes les familles tunisiennes noires dont les noms portent encore de pénibles références à l’esclavagisme et au racisme », souligne Zied Rouin, consultant local de MRG et coordinateur de Mnemty. Avec beaucoup de courage, Karim répète qu’il « est né libre. Il est libre »…

Le président de l’association antiraciste tunisienne Mnemty, a salué cette décision. «Toute personne née en Tunisie est née libre, donc je ne vois pas pourquoi nous gardions cela sur les pièces d’identité », a déclaré Saadia Mosbah. « Dans les livres d’histoire, d’accord, mais pas dans notre quotidien. »


Minority Rights Group International (MRG) est une organisation de premier ordre dans le domaine de la défense des droits humains, travaillant à faire respecter les droits des minorités ethniques, religieuses et linguistiques, ainsi que des peuples autochtones, avec plus de 150 partenaires dans plus de 50 pays.

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