Musique

Guy Conquete, 4 ans déjà !

Il y a quatre ans jour pour jour disparaissait l’âme du gwoka des suites d’une longue maladie. Francis Marmande, romancier, agrégé de lettres, musicien de jazz dont les articles paraissent dans Le Monde à l’occasion de grands événements lui rendait un vibrant hommage dans les colonnes du quotidien le 29 mai 2012.

guyconquet

Né en 1950 à Jabrun-Baie-Mahault, où il a choisi de mourir le 23 mai 2012, le musicien Guy Konkèt (chanteur, tambourinier) – connu aussi par les disques sous le nom de Guy Conquête ou Conquet – compte parmi les musiciens essentiels de la Guadeloupe moderne… par le rôle qu’il a donné au gwoka, le tambour archaïque dont il fait la gloire présente, et par sa méthode. Liant à la fois tradition et modernité, ouvrant la « musique de vieux nègres » à tous les avenirs, faisant le lien entre les musiques autochtones et le jazz le plus free, ouvrant sa voix à tous les possibles, excédant largement les limites gracieuses des supposées « musiques du monde ». Sans rien masquer de ses combats politiques et sociaux.

Guy Konkèt, c’est une voix, une énergie, une drôlerie et un maintien intact dans l’engagement. On se demande à heure fixe pourquoi les intellectuels et les artistes ne s’engagent plus : il suffirait d’avoir suivi la carrière intrépide et joyeuse de Guy Konkèt et de quelques autres, dans la musique surtout : on aurait la réponse.

Né au fin fond de la Guadeloupe, il suit la route ordinaire. Il apprend auprès des anciens. Il fait la route des quatre lieues avec sa mère, Man Soso, pour trouver « le vrai son ». Il apprend à rythmer ou scander, à l’ancienne, les travaux des champs. Il sait très tôt comment animer, ce qui n’est pas « jouer », les veillées mortuaires. Il pratique le gwoka, le tambour d’antan qu’il fait renaître. Sans compter que le voir dans sa propre vie, Guy Konkèt en vadrouille – par exemple à l’occasion d’une Semaine sainte à Séville aussi éloignée de sa tradition que possible, aussi proche (en 1987) – donnait toute la mesure de sa joie sur terre, sa joie dans la musique, sa joie grave dans l’existence.

Un chanteur de ka…, le plus gros des tambours fabriqué à la diable (barils de salaison recyclés ; plus tard, fûts de pétrole, enfin, ce qu’on dégotte…), n’est pas un chanteur ordinaire. Ni un « artiste », encore moins un « musicien ». C’est un acteur musical des vies ordinaire, des misères et des peines, des fêtes, de la vie des chants, de la vie des danses et de celles des vivants et des morts.

Enfant, Guy Konkèt a connu les bals de campagne et les « lewoz »… L’instrument, le gros tambour, est méprisé. Le temps du mépris succède à celui de l’interdiction pendant la période de l’esclavage… Le gwoka aurait pu, non, aurait dû, disparaître, englouti par toutes sortes de modernités, sans des Guy Konkèt. Lequel avait appris, bien entendu, auprès des maîtres spirituels de l’art, Carnot, Loyson ou Vélo, avec qui il a enregistré.

… Lui, Guy Konkèt, fils de Man Soso, modeste attacheuse de cannes, mais grande prêtresse du chant et des danses, se prend à la reconquête de sa musique, sans concession, sans prosélytisme, sinon celui de son engagement. Car il choisit les années 1960 pour propager du tambouyé une image actuelle, et de ses paroles, une idée militante. Ses chansons, porte-drapeau des émeutes de 1967 (« Guadeloup malad »), sont interdites de diffusion sur les radios officielles, toujours régies par de très dévoués exécutants – au demeurant très sympathisants de la vie antillaise, mais le plus souvent navrés.

Bien identifié en « métropole », en France, donc, dès son concert à la Salle Wagram, en 1975, il devient simultanément porte-parole de son île et musicien de toutes les aventures. Se mêlant au milieu du jazz et du free plus ouvert qu’aujourd’hui, rencontrant Randy Weston, David Murray et récemment son compatriote Jacques Schwarz-Bart. Mais on suivrait mieux son parcours à travers un millier de contributions à des fêtes politiques, il en était. Sa flamboyante présence en scène donnait tout leur sens aux chansons engagées auprès des ouvriers de la canne (On Jou matin).

Guy-CONQUETTE

Guy Konkèt est mort un 23 mai, jour de la « commémoration des victimes de l’esclavage colonial ». Ça lui va bien, lui, Guy Konkèt, « Neg marron de la culture », porteur du nom de ces Nègres « marrons » qui se sont enfuis et réfugiés dans les montagnes et les lieux inaccessibles, dans le seul but de perpétuer rythmes et langue.

Lors d’un éclatant retour sur scène, le 11 septembre 2009, on l’interrogeait sur sa capacité à jouer encore : « Je serai présent. Il m’est arrivé un petit accident vasculaire. J’ai failli y passer, mais je suis encore vivant et ça me fait plaisir de reprendre la musique ! »

Jouait-il le blues de la Guadeloupe, les vieilleries des plantations ? « J’avance, je fais du rap depuis longtemps, mais maintenant, ça devient de mode. » L’esprit du ka ? Simple : l’improvisation et la chance de renaître.

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