Société

Guadeloupe : Le témoignage d’un jeune homosexuel

Nous publions le témoignage d’une jeune homosexuel. Nous avons supprimé toute référence pouvant indiquer son identité.

Je pense qu’il est temps de parler un peu de moi, même si je considère prendre un risque en me dévoilant un tant soit peu.

Je m’appelle … cela fait 19 ans que j’existe, et j’ai une passion pour tout ce qui touche à l’histoire, à l’art, à la culture et à la littérature. Je n’en dirais pas plus à ce stade du blog, mais sachez que je soutiens à fond les voyages humanitaires, en plus de mes études universitaires… et mes autres grandes passions dans la vie sont le cinéma, le monde de la mer et la musique.

Durant les premières années de ma vie, j’ai vécu en France, en compagnie de mes deux parents puis j’ai suivi mes parents en Guadeloupe, là où se trouve une grande partie de ma famille. Voilà où j’en suis, sur notre petite île.

J’ai toujours su que, d’une manière ou d’une autre, j’étais différent. Toutefois, ayant été élevé dans une atmosphère extrêmement homophobe, je ne pouvais concevoir ne serait-ce qu’un seul instant que j’étais gay. C’était impossible à mes yeux, surtout quand j’entendais mon père répéter qu’il préférerait se trouver face à un meurtrier plutôt que face à un PD.

Et puis, en entrant dans l’adolescence, je me suis rendu compte avec certitude que quelque chose clochait. Je n’avais guère les mêmes centres d’intérêt que les autres garçons, et je me sentais bien mieux avec les filles, avec qui je pouvais partager une certaine sensibilité vis-à-vis des choses importantes de la vie.

En grandissant, j’ai su m’affirmer et profiter pleinement des avantages que m’offraient ma personnalité et mon intérêt pour pas mal de chose. J’ai pu me faire d’excellents amis, autant des filles que des garçons. Ce furent -et ce sont toujours- des amitiés très fortes. Mais on en n’est pas encore là. On en est à ce moment de ma classe de 4ème où je me demande mais pourquoi diable je regarde sans cesse les garçons, pourquoi donc je suis excité par eux ? Toutefois, je refusais toujours de m’avouer mon homosexualité. Il fallait attendre encore 3 ans.

Trois ans de doutes, d’incertitudes, de crises de larmes, de sentiment de solitude profonde, de dégoût de moi-même… et même des pensées suicidaires. Mon environnement familial et scolaire ne m’a bien sûr été d’aucun secours dans cette épreuve, trop dure à supporter pour un jeune ado. C’est l’âge où l’on veut être intégrer à une bande, l’âge où l’on veut imiter ses potes, faire comme les autres… On se sent largué comme pas possible, sans personne pour nous comprendre ou nous offrir de l’aide ; sans compter la honte, la culpabilité que l’on ressent à l’idée d’être ce que l’on est.

Je me dégoutais et me haïssais. Finalement, grâce à des amis compréhensifs, à mes recherches sur Internet et à des réflexions, mais surtout grâce au fait d’avoir trouvé l’amour, je me suis rendu à l’évidence : je n’étais pas un monstre. Je n’étais certes pas normal, mais après tout, qui est normal sur cette planète ? Qu’est-ce que la normalité ? Qui la définit ? Pourquoi obéir à des règles fixes et rigides, pourquoi tout faire comme tout le monde ? Ne puis-je pas être moi-même ?

Ma situation n’est pourtant pas idéale. Je ne puis annoncer la vérité à mes parents, cela leur causerait une peine immense. Et pourtant, cette double-vie me cause des accès de tristesse soudain et incontrôlables. J’ai l’impression de me perdre dans une fosse béante, remplie des fantômes de mon existence. Durant ces moments, je pense exploser, et je ne puis que hurler derrière mes larmes. Mes relations avec trois de mes amis proches se sont aussi brouillées depuis que je leur ai tout révélé. Mais cette expérience m’a bien montré à qui je peux vraiment faire confiance, tout en étant moi-même… Et puis, il m’a fallu un long et douloureux cheminement intérieur pour m’accepter tel que je suis ; j’imagine qu’il doit en aller de même pour mon entourage…

Et bien sûr, vivre en Guadeloupe pour un homo, c’est juste infernal… Il faut se restreindre, se résigner à mettre sa sexualité entre parenthèse pour ne choquer ou ne déranger personne… Mais je suis maintenant en phase avec moi-même. Je sais au moins qui je suis vraiment. Et ça, ça n’a pas de prix.

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