Société

GUADELOUPE : APOCALYPSE OBESITE NOW

J’aime beaucoup les Guadeloupéens*. Des gens tout à fait redoutables, au sens de l’humour aussi sec qu’un verre de rhum agricole marie-galantais, l’alcool étant la première cause de mortalité (vers 23 h 10, ils commencent à être agressifs avec leurs amis de la partie de dominos, et les « piquent » ou les « tuent ». Le lendemain, ils en rigolent). Ailleurs, on ferait des réunions de crise.

Inutile de s’attarder peut-être trop longtemps sur ces 400 000 individus -du genre rapace et irresponsable-, semblerait-il, qui s’accrochent à ce caillou d’une beauté époustouflante. Leur accorder trop d’attention ne pourrait que les encourager.

Quoique concernant ces habitants, je ne pourrai jamais avoir de mots plus durs que les intéressés eux-mêmes.

Par exemple, ils sont les pires ennemis de la nature. Partout dans le monde, des états sont obligés de renoncer aux chantiers qui défigurent le patrimoine naturel de leurs régions. Sauf en Guadeloupe. Ils appliquent une recette particulière de « développement économique » totalitaire. Prenez l’exemple de la rivière La Lézarde à Petit-Bourg, un joyau environnemental, allègrement sacrifié pour empiler des hangars monstrueux.

Chaque femme ou homme politique guadeloupéen se prend pour la sœur ou le frère de Terminator, est un prosélyte de sa propre apocalypse (et de celle du peuple guadeloupéen). Oui, parce que dans sa nouvelle religion, il ou elle va construire un marché d’intérêt régional, l’autre un golf en montagne, un troisième ferait de Pointe-à-Pitre une base aéroportuaire planétaire, une quatrième a même imaginé un immense complexe cinématographique en période de covid-19 dans la petite ville de Baie-Mahault.
Il ou elle est fière(e) d’appartenir à la race des bétonneurs, des constructeurs, il en parle sur le mode du sentiment amoureux.

Je suis resté lundi assez longtemps à devoir arpenter des rues de quartiers de Pointe-à-Pitre (la ville qui brûle), pour des raisons diverses. Et c’est là que j’ai compris que leur population était devenue une population de mutants.

Oui, des mutants.

Une foule composée de fillettes, de garçonnets, de femmes, d’hommes, de jeunes, de vieux, ou entre deux âges, incroyablement gros, ventripotents, n’arrivant pas même à franchir les passages piétons, sollicitant du regard les automobilistes, pour que ces derniers les laissent traverser selon un scénario en trois temps. L’engagement sur le passage piéton, la récupération angoissée de pénibles efforts sur ce même passage piéton, puis enfin la délivrance par le franchissement du passage devenu monstrueux.

Et c’est là que m’est revenu en mémoire l’ouvrage de Jean-François Bouvet : « A quoi ressemblerons-nous demain », étude des changements génétiques qui s’opèrent en chacun à cause de l’homme lui-même. Les gaz à effet de serre, les déchets toxiques, les pesticides, ou encore l’alimentation qui participent à des changements comme l’espérance de vie, la fertilité, l’obésité. Oui, l’obésité en Guadeloupe, bien loin des images de Miss diaphanes et éthérées, ou de sportifs gwada se lançant à la conquête du monde.

Aujourd’hui dans le monde, l’obésité tue plus que la famine. C’est un fléau qui frappe partout.
« Je ne pense pas que la biologie humaine ait changé, c’est le type de nourriture et la fréquence des repas, et aussi la manière dont nous mangeons » explique le docteur canadien Jason Fung, spécialiste du surpoids et du diabète.
« Je vois plus de gens mourir du sucre que de la criminalité « poursuit-il ( L’OBS du 14/04/2020).

Un obèse sur trois est diabétique. Le nombre de personnes amputées à cause du diabète est important. Le covid-19 a démontré s’il en était encore besoin, que l’obésité est un facteur aggravant de mortalité. Mais en Guadeloupe, ils font des concours de Miss rondes.

L’hypocrisie de la société guadeloupéenne serait sans aucun doute fustigée par la psychanalyste Catherine Grangeard.
Elle relate une séance avec une jeune fille. « Jusqu’alors dans sa famille, on mange beaucoup. Alors on est tous gros. Et c’est comme sans importance ». C’est quand l’attrait hors du groupe familial commence à imposer d’autres normes, que se font sentir la différence et le vacillement. Surtout pour les ados filles qui se réfugient dans des démarches alimentaires compulsives.

Les formes vécues comme trop sexuelles sont gommées soit par la maigreur (il n’y a plus que le squelette), soit par l’excès de gras (qui noie les seins, les fesses, dans un amas auto-désigné comme difforme, informe), nous informe Catherine Grangeard dans « la clinique lacanienne ».

L’idée de minceur de notre société est cruel pour les femmes. Un double discours se tient. Publiquement il est de bon ton de dire que toutes les morphologies sont respectables. Le body positive est un mouvement qui s’affiche et laisserait espérer que le problème est réglé. Or, nous savons que l’idée même de grossir crée de l’angoisse, y compris chez les enfants. Sans compter qu’il faut ajouter le manque d’estime de soi.
Mais tout cela sert à creuser le fossé entre les personnes issues de milieux populaires, victimes sacrificielles de la malbouffe, et qui vont continuer à gonfler sous les applaudissements des organisateurs des concours de Miss rondes, et celles issues de milieux plus aisés.
L’obésité : la nouvelle norme en Guadeloupe?
« COVID-19, OBESITE, une même mort », assurément, en déboulonnant des statues, et en citant Fanon.

*Pastiche de « la vérité sur le miracle scandinave » The Guardian Courrier International 13-19 février 2014

 

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Théo LESCRUTATEUR

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