Société

Govou : À Knysna, on ne voulait pas vraiment faire grève

Souvenez-vous de la débâcle des Bleus à Knysna en 2010, en Afrique du Sud, les réactions d’Alain Finkielkraut, philosophe académicien ayant droit à la parole dans les médias : « Si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète : avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff » et sa déclaration magique sur les ondes de RMC totalement passée à l’as à l’époque : « Il y a des antillais dans cette équipe. Et les martiniquais et guadeloupéens ne s’entendent pas ».

Dix ans ont passé. Mais dans une interview dans So Foot vendredi Sidney Gouvou, ancien joueur de Lyon est revenu sur le grand plus scandale du football français.

« J’étais capable de jouer partout en attaque. J’avais aussi un gros volume de jeu, donc dans des équipes comme la nôtre, avoir un attaquant capable de faire les efforts défensifs, parfois, ce n’était pas négligeable. J’étais un joueur assez sérieux, dans le sens où quand on me donnait des consignes, je les respectais assez facilement…

… Après l’Euro, c’était quasiment impossible de faire quelque chose de bien au mondial et on l’a rapidement compris, même si on avait envie d’y croire, même si on avait une bonne équipe… Il y avait trop de divergences avec le coach, avec les médias… Et on n’avait pas un groupe capable d’affronter tout ça. 

En 2006, tu as beaucoup de joueurs qui arrêtent, et je me souviens que lors de l’un de nos premiers rassemblements, on a senti le début d’un changement et le départ d’un nouveau cycle… Les nouveaux avaient les dents longues, ce qui est louable, mais il fallait qu’ils aient envie de s’intégrer. Dans le même temps, il fallait que les anciens acceptent de les intégrer correctement aussi. Là, les jeunes avaient un caractère particulier, restaient beaucoup entre eux, ne s’ouvraient pas et ce qui devait arriver est arrivé…

J’étais content d’aller en Afrique du Sud, de jouer pour ce maillot… Il n’y a que les derniers moments au mondial où ça a été très compliqué dans la tête. J’espérais un électrochoc. Certains prétendaient à certaines responsabilités, mais finalement, ils voulaient ces responsabilités pour briller individuellement plutôt que pour créer un collectif. C’est ce qui nous a tués… C’était le cirque permanent. En fait, si on avait fait corps contre l’extérieur, ça n’aurait pas été dérangeant, mais là, certains trouvaient de l’intérêt à alimenter cette divergence. Tu avais des mecs qui soutenaient le coach, d’autres non, certains fustigeaient des coéquipiers…

… Raymond Domenech savait ce qu’il voulait mettre en place. Mais à un moment donné, Franck (Ribery) ne voulait pas jouer à droite, mais à gauche, Malouda voulait jouer à gauche, Nico (Anelka) voulait jouer en 10… Honnêtement, moi, ça m’a dégoûté parce que c’était du grand n’importe quoi… Je pense d’ailleurs que Domenech m’a mis sur cette compétition pour compenser défensivement les faibles replis de Yo (Gourcuff) et Nico (Anelka). Après, quand tu n’as pas d’organisation… On parle quand même d’une Coupe du monde… Il y avait une bonne ambiance entre les joueurs. Il n’y avait pas de réelles tensions.

… Vu le caractère des mecs (Anelka et Domenech) ça n’a pas été surprenant. Là, on touchait à Nico, quelqu’un d’important dans le groupe, que tout le monde appréciait… Mais c’est ce qui est dommage. L’unité a été faite de mauvaise manière. Pour moi, la raison était louable, mais la manière n’était pas la bonne…. Sur un groupe de 23, tu en as 10 qui disent oui, quelques-uns qui disent peut-être et les autres, ils suivent…

… Sur le moment, c’est dur à comprendre, parce qu’on ne sait pas que c’est filmé en direct… Surtout, on ne voulait pas vraiment faire une grève. On voulait rentrer aux vestiaires, c’était un jour de décrassage, on pensait que ça aurait un autre impact. Ça a été mal fait aussi parce qu’on devait aller au stade, où il y avait des gamins à qui on voulait signer des autographes… En fait, c’est une succession d’événements qui a conduit à cette catastrophe.

… Derrière, ça ne ressemble plus à rien. Dans ma tête, c’est mort. On nous explique qu’on peut éventuellement se qualifier… Mais je sais que c’est foutu… Honnêtement, je ne garde pas grand-chose de positif de cette aventure, si ce n’est peut-être la visite d’un township et quelques moments de vie commune… En rentrant, je n’avais pas peur. Je n’avais simplement qu’une envie : partir en vacances. Je n’ai pas suivi tous les débats, je me suis déconnecté de tout. Ça allait trop loin, il fallait tourner la page ».

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