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George PAU-LANGEVIN : Nous ne sommes plus à la hauteur de l’actualité des difficultés climatiques qui nous menacent.

A l’occasion d’un pique nique citoyen aux jardins familiaux à Dugny, nous avons interrogé l’ancienne ministre des Outre-Mer sur son sentiment de la gestion de crise autour de l’ouragan Irma.

 97L : Pour les Iles du Nord, il y aura un avant et un après Irma.

C’était quelque chose de particulièrement difficile puisque c’est un ouragan force 5, quelque chose qu’on avait jamais connu auparavant. C’est vrai que les dégâts sont considérables et en même temps je me dis que comme Césaire l’avait clamé : « Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme » et la population va repartir.

J’espère que dorénavant, nous allons pouvoir reconstruire en essayant d’être plus rigoureux, puisque beaucoup des habitations qui ont été abattues étaient dans des zones non constructibles ou réalisées avec des matériaux de mauvaise qualité. Aujourd’hui, il faut qu’on fasse plus et mieux.

97L : Comment expliquez-vous toutes les polémiques ?

Moi j’ai été un peu surprise car quand un phénomène d’une telle puissance se développe, et que de surcroît on arrive à avoir des dégâts humains relativement modérés, j’avais l’impression que par rapport à ce que l’on craignait on s’en est plutôt bien sorti. Et la multiplicité des polémiques m’a étonnée.

Peut-être aurait-on pu mieux prévoir, peut-être aurait-il pu y avoir de meilleures réactions çà et là. Bien sûr. Quand des gens souffrent, ils ont besoin de réconfort dans l’immédiat. Mais quand on voit comment on est dans le flou et inquiet face à un événement météorologique comme un cyclone qui s’annonce, je suis toujours abasourdie de voir qu’il y a des gens qui savaient, qui pouvaient prévoir,  qui pouvaient organiser les choses.

J’ai une maison en Guadeloupe. On pensait qu’Irma passerait dessus. On l’a donc sécurisée comme tout un chacun avec son lot d’angoisse, d’incertitude et de crainte. Finalement le cyclone est passé très en amont dans les Iles du Nord. Ce scénario n’était pas écrit d’avance. Je suis admirative des gens qui savent tout avant.

97L : C’est le premier cyclone force 5 subi par nos îles. Ne faut-il pas reconsidérer les normes établies et les mesures préventives ?

Il faut en tout cas se rendre compte que vu la force des phénomènes, ce qu’on savait avant est caduque. Aujourd’hui, il faut réajuster notre manière de voir, d’appréhender les choses. Les instruments de mesure météorologiques ont été détruits car ils n’avaient pas la force de résister aux vents. Il faut que nous réajustions nos modes de mesure. Nous ne sommes plus à la hauteur de l’actualité des difficultés climatiques qui nous menacent. Cela montre que cela évolue. Il faut nous préparer.

L’homme ne peut empêcher un cyclone de naître. La seule solution pour nous consiste à limiter leur impact. Après la prévention, la surveillance des phénomènes, on peut développer le génie paracyclonique pour améliorer la résistance générale des bâtiments aux cyclones.

97L : Mme Bareigts désavouée en Guyane, Mme Girardin impuissante à Saint-Martin. Le poste de Ministre des Outre-mer est-il encore nécessaire ?

Je pense que c’est quelque chose d’indispensable. Pour tout choix politique, le ministre doit convaincre ses collègues. S’il n’y a pas quelqu’un pour pouvoir s’accrocher aux basques de tous les ministres et leur dire : « l’Outre-mer existe, il faut lui donner des moyens », il ne se passera rien. Chaque ministre détermine les investissements pour tout l’hexagone et l’Outre-mer. Si le ministre de la Santé envisage un hôpital à Paris, à Romorantin ou à Nice, peut être que l’hôpital qu’il faut créer en Nouvelle Calédonie ou en Guadeloupe lui semblera moins important.  Je crois que le ministre des Outre-Mer est là pour défendre ses compatriotes qui sont importants. Les Outre-Mer enrichissent la France qui ne serait pas au Conseil de Sécurité de l’ONU si elle n’était présente dans tous les océans grâce à ses territoires.

97L : Un mot sur les futures assises de l’outre-Mer ?

Je ne sais pas et ne peux rien vous dire dessus. A la date d’aujourd’hui, je ne suis pas conviée. Si jamais on m’invite, j’irai, mais pour l’instant je n’en suis pas informée.

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