Société

Fréderic Regent succèdera-t-il à Myriam Cottias ?

« Y a-t-il quelque chose de pourri au royaume du CNMHE ? » pourrait-on demander à Myriam Cottias en paraphrasant William Shakespeare. Et tous les regards se tournent vers l’Elysée et Matignon. Pour le public, un historien remplacera une autre : histoire d’un petit SMS qui témoigne d’une grande lutte d’influence et idéologique dans l’optique de mai 2017 entre cercles d’initiés et  étalé sur les réseaux sociaux.

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Frederic Regent futur Président du CNMHE ?@CNMHE

Le 10 mai 2013, Myriam COTTIAS, directrice de recherche au CNRS, était nommée Présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage CNMHE pour une durée de trois ans entourée par 15 personnalités  choisies par le Premier ministre. En août 2016 le gouvernement aurait sélectionné un nouveau président à savoir Frédéric Régent, guadeloupéen né en 1969, docteur en histoire à Paris I, auteur de « La France et ses esclaves, de la décolonisation aux abolitions 1620-1848 » et de « Libre et sans fers ». Un changement poste pour poste penserait-on au premier abord mais ce n’est pas l’avis de l’ancienne Présidente.

Parmi les quinze membres précédents outre Fréderic REGENT bien sûr,  Emmanuel GORDIEN maître de conférences des universités-praticien hospitalier, vice-président du Comité Marche du 23 mai 1998 et Philippe PICHOT chef de projet « route des abolitions de l’esclavage »,  sont semble-t-il assurés d’y être. Pour les autres on attend la parution du décret. Antonio de ALMEIDA MENDES, Charlotte de CASTELNAU L’ESTOILE, Audrey CELESTINE, François DURPAIRE, Annie FITTE-DUVAL, Gilles DESIRE DIT GOSSET, Jean-Claude JUDITH DE SALINS, Stéphanie MELYON-REINETTE,  Euzhan PALCY, Josy ROTEN, Maboula SOUMAHORO seront-ils resollicités ? L’ancienne Présidente en doute fortement.

Après avoir appris sa non-reconduction à la tête du comité, c’est sur Facebook depuis quelques jours que réagit Mme Cottias :  « … J’ai reçu hier ce SMS de Madame la Ministre des Outre-Mer sans doute désignée pour apporter cette nouvelle : Bonsoir, je suis désolée de vous indiquer que votre renouvellement au poste de Présidente du CNMHE n’a pas été validé. Je pense que dans le cadre de la création de la Fondation, il sera possible de faire appel à votre expertise. Pour ma part, j’ai eu de l’intérêt à échanger avec vous et vous remercie de votre investissement dans la réussite de la Flamme pour l’Egalité. Amitiés. GPL ».

Après avoir établi un bilan de l’action du CNMHE plus que positif, l’ex-Présidente précise que les actions menées montraient «  que les esclaves ne se sont pas pensés comme « victimes » et que leurs descendants n’acceptent pas une identité de « victimes de l’esclavage ».

« Pas de mémorial de noms d’affranchis de 1848 car les mémoriaux sont faits pour les morts et non pas pour les personnes qui ont lutté pour leur droits et leur place au monde; non, une histoire qui, fondée sur les combats quotidiens et sur les héros, s’impose dans l’analyse des valeurs de la République, une République des principes et des idéaux (plutôt celle de 1848 que la IIIè et la IVè). Celle que nous appelons de nos vœux mais pas celle qui semble actuellement se perdre dans les méandres de l’analyse de courte vue et de l’opportunisme, en particulier pour l’Outre-Mer.

Je n’éprouve pas de dépit car cela fait longtemps que je sais que je ne plais pas à ces messieurs qui nous gouvernent car je ne me suis pas pliée aux diktats de leurs réseaux. Non, je me dis que la mémoire de nos aïeux requiert de l’exigence de dignité, qu’il faut donc continuer à faire connaître leur histoire. Elle nous aide à comprendre la fabrication des inégalités, raciales, sociales, de représentations, la fabrication de cette condescendance paternaliste vis-à-vis de l’Outre-Mer et des « ultra-marins ». Elle nous aide aussi à comprendre les conditions de la construction de la démocratie. C’est aussi cela que l’Outre-Mer apporte à la France. La gauche peut-elle encore le comprendre, n’est-il pas déjà trop tard ? »

Dans un autre post elle confie : « … Ainsi le gouvernement va-t-il choisir la version victimo-néoconservatrice tendance négationniste de la mémoire et l’histoire de l’esclavage pour la composition du prochain CNMHE.

… La question de l’esclavage est une question sérieuse, non pas un argument électoraliste ni un hochet de consolation pour conforter ceux/celles que les urnes ont rejeté. Ces deux attitudes révèlent précisément que la Gauche ne mesure pas à son exact poids l’importance de ce passé.

Mais il fallait sans doute faire le grand ménage parmi ceux qui ont travaillé à promouvoir, défendre, faire connaître l’histoire de l’esclavage avec conviction comme ciment des valeurs de la République et les mettre hors-jeu afin de promulguer un décret-à venir on peut en être certain- sur la Journée du 23 mai comme « Journée des Victimes de l’Esclavage Colonial ».

L’Outre-Mer ne devrait pas éviter les questions d’éthique, de morale, de projet politique et à l’heure de « l’égalité réelle », c’est plutôt une « exigence réelle » de pensée qui devrait être recherchée ! »

Une contre-publicité dont se serait bien passée Fréderic Régent pas encore intronisé et une belle leçon pour ceux qui imaginent que l’histoire n’a pas de liens avec la politique. Affaire à suivre…

 

 

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