Société

FAUX CHEVEUX, VRAIE TRAITE HUMAINE

Château d’Eau : le quartier des coiffeurs, des Beyoncé Coulibaly, des Sapeurs Congolais, des rabatteurs alpaguant le client à la sortie du métro pour une coupe. Un quartier où celles qui prennent soin des autres n’ont personne pour les défendre.

En passant au 57, boulevard de Strasbourg vous ne verrez pas de clientes dans la boutique. Juste des jeunes femmes, des résistantes. Elles ont dit non : travailler 7 jours sur 7, 12 heures non stop et pour un salaire entre 380 et 430 euros par mois. Elles se sont mises en grève l’année dernière et viennent d’obtenir des titres de séjour temporaires, l’inspection du travail n’hésitant pas à parler de traite humaine.

Venir à Paris pour travailler, le rêve de nombreux jeunes comme Fatoumata. Venant du quartier Attecoube d’Abidjan, on lui avait promis qu’avec ses doigts de fée et du courage, elle ne tarderait pas à avoir sa propre boutique à Paris. « La meilleure coiffeuse de la ville » fanfaronne-t-elle. Débarquée avec un faux titre d’étudiante, on l’a rapidement «placée» dans un sous sol avec des chinois à préparer des produits capillaires. Au bout de 6 mois, il lui a été proposé de travailler dans un établissement à sa grande joie. 3 ans plus tard, Fatoumata confie ses désillusions : «La gérante du salon de coiffure compte plus vite que moi.  Le boss passe chaque semaine récupérer sa part (pour les deux, environ 60 % de son chiffre d’affaires). Je n’aurai jamais assez de zôtôs (argent) de ma vie et je suis sans papier, à tout moment je peux me faire expulser ».

Le mouvement du 57 ne lui donne-t-elle pas envie de faire pareil ? « On nous a averti que si nous allons voir Mr Syndicat (sic), il nous arriverait malheur. Et il n’y pas de travail en Côte d’Ivoire». Et que pense-t-elle de cette mystérieuse secte qui dit-on dirige tout le système ? Elle ouvre les yeux en grand. « L’Eglise Céleste  je ne connais pas ». Mais Fatoumata en veut aussi aux habituées dont de très nombreuses antillaises.

«Elles ne s’intéressent pas à nous dêh ! Malgré le temps passé à les coiffer, elles font les faro-faro (intéressantes). Elles parlent de soirées, mariages, voyages… Elle sont libres, elles se plaignent. Aucune d’elle ne connait notre vie. Et nous qui nous écoute ? Qui nous aidera ?».

Château d’Eau : Pour nous, un bout d’Afrique en plein Paris de la débrouillardise et la bonne humeur. Pour eux, la crainte des représailles et des rêves brisés.

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