Société

Eric de Lucy : Arriver à mettre au point des variétés de banane sans pesticides serait extraordinaire !

Retour sur le salon de l’agriculture et le lancement de la marque « banane équitable ». L’objectif des producteurs est de soutenir les petits planteurs durement touchés par Maria. Eric de Lucy, le président de l’UGPBAN prépare aussi l’avenir.

97L : Expliquez-nous le terme de banane équitable.

C’est un produit qui essaye de répondre aux meilleurs normes environnementales et particulièrement aux normes sociales les plus exigeantes en matière de travail dans les plantations de banane. C’est un produit qui rémunère le mieux possible ceux qui le produisent en l’occurrence la banane équitable de Guadeloupe et de Martinique. Les salaires pratiqués sont 5 à 6 fois plus élevés que ce même travail partout dans le monde. La banane française équitable est destinée aux petits planteurs, aux petites exploitations de 4 ou 5 hectares  voire moins, et sera rémunérée nettement plus cher que le reste de la production de la Guadeloupe et de la Martinique. En conclusion, la banane equitable est une niche de production réservée aux petits producteurs.

97Land : Pourquoi revenez-vous chaque année au salon de l’agriculture ?

Parce que c’est une ambassade. Le salon de l’agriculture c’est là ou se pressent des centaines de milliers de gens et c’est là oú vous pouvez faire passer des messages. Cette année c’est la banane équitable, il y a 3 ans c’était la banane française. Nous avons en permanence un message nouveau. Nous pouvons montrer les innovations, les progrès que nous faisons en matière environnementale, qualitative, en maîtrise de plantes de couverture.

97L : La présence des ministres était-elle importante lors du lancement ?

Bien sur. Des membres du gouvernement en exercice à savoir le ministre de l’agriculture et la ministre des Outre-mer viennent soutenir cette action et saluent l’initiative; ça permet de souligner son importance. Les ministres ont salué le fait que l’ensemble de la production de Guadeloupe et Martinique s’attache à promouvoir sa petite production

97Land : Ce salon est particulier après  les cyclones dévastateurs. Où en est la banane des Antilles ?

La banane est en train de revenir en production. La production guadeloupéenne à été totalement détruite par Maria, la production martiniquaise touchée à 60 %. La Martinique revient doucement en production, à partir de fin avril début mai, mais le volume sera moindre que les années précédentes. En Guadeloupe nous aurons les premières exportations à partir d’avril en petit volume. Il faut savoir que la production guadeloupéenne mettra 3 bonnes années à retrouver ses volumes habituels, la Martinique au moins 2.

97Land : Quelles sont vos ambitions pour les années futures ?

Notre ambition est de maintenir le cap en matière environnementale, continuer à produire des bananes aussi peu utilisatrices de pesticides. Nous sommes en milieu tropical humide, c’est un challenge terrible dans le milieu de la banane. Partout ailleurs dans le monde où on produit la banane, on utilise de nombreux pesticides, de nombreuses matières actives qui ne sont plus autorisées en Europe qui font que c’est un concours d’ingéniosité de la part de nos producteurs qui nous permet de produire encore des bananes.

On peut dire que la filière de production de la Martinique et de la Guadeloupe est de tres loin celle qui dans le monde utilise le moins de pesticides. L’idée est de continuer à aller dans ce sens. Mais le climat tropical humide a des limites. Il n’y a pas d’hiver, il pleut tres souvent chez nous, les champignons sont actifs en permanence et toutes sortes de bactéries prolifèrent.

Nous devons arriver à produire des bananes dans des conditions phytosanitaires tres exigeantes.  C’est un challenge que nous relevons avec beaucoup de courage et il y a un moment où on peut craindre de ne pas être en mesure de continuer à  maintenir un niveau de production suffisant. C’est la raison pour laquelle nous travaillons depuis plusieurs années sur le développement  de nouvelles variétés qui seraient résistantes aux principales maladies particulièrement la circosporiose noire, un champignon extrêmement virulent.

Les chances sont assez grandes que l’on puisse dans les 3 ans à venir mettre sur pied, c’est le cas de le dire, des variétés résistantes. Ce serait un progrès considérable pour notre filière deja reconnue comme extremement novatrice et qui passerait pour révolutionnaire dans le milieu de la banane. Arriver à mettre au point et à développer des variétés qui n’auraient plus besoin de pesticides ce serait extraordinaire !

97Land : Personnellement, visitez-vous le salon ?

Honnêtement tres peu. Je visite quand je peux mais nous recevons sur notre stand des dizaines de personnalités, ça nous prend à moi-même et à mon équipe tout notre temps. Nous recevons énormément de responsables de la grande distribution qui viennent voir le travail que nous faisons. On a une semaine éprouvante. Nous avons une trentaine de producteurs des deux iles qui se relaient et une dizaine de membres du staff commercial, marketing devoués à notre banane.

 

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