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Elie Domota : YO FÈ KONPLO POU TCHOUYÉ NOU

CAMARADES, TRAVAILLEURS, PEUPLE DE GUADELOUPE

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Ils étaient tous là, la main sur le cœur et la larme à l’œil. Tous bouleversés, choqués et encore plus étonnés, qu’un jeune de 15 ans ait pu prendre la vie d’un autre jeune du même âge.

Et de déplacer l’abribus. Et de commander en urgence 70 gendarmes. Et de promettre des contrats d’avenir sans avenir. Et de mettre le pays sous surveillance vidéo. Et d’appeler à un sursaut populaire. Et d’invoquer an tan lontan. A la veille des élections ka nou pé ké tann !

OUI, la Guadeloupe pleure mais doit pleurer encore plus car nous n’avons pas perdu un enfant mais deux enfants. Un fils prometteur, assassiné par un autre fils qui a pris un mauvais  chemin.

Certains, comme pour se voiler la face, préfèrent retenir que le présumé meurtrier est  un dominiquais comme si un enfant guadeloupéen n’est pas capable de tel forfait. D’autres ont même appelé au lynchage du jeune meurtrier. D’autres encore, pour se donner bonne  conscience, préfèrent appeler au sursaut des guadeloupéens en refusant de voir la vérité en face.

MAIS la réalité est là. Quelques jours plus tard, ce sont deux jeunes guadeloupéens qui sont à l’origine de la mort d’un vieil homme à Marie-Galante.

MAIS la réalité est là. En Guyane, c’est une découverte macabre dans un congélateur.

La réalité est là. Sauver notre fils, c’est empêcher notre autre fils de se transformer en monstre. Mais pourquoi le premier n’est-il pas devenu un monstre lui aussi ?

Nous ne sommes pas tous Usain BOLT, ni Frantz FANON, ni Georges NICOLO. Nous sommes tous différents et réagissons différemment face aux contraintes et autres rencontres de la vie.  

NOU PA FÈT AN SÉRIE NOU PA SÒTI MENM KOTÉ-LA. OUI, NOUS VIVONS DANS UNE SOCIETE CONSTRUITE DANS LE SANG ET LA VIOLENCE.

Une société bâtie sur le massacre des indiens Kalinas et le vol de leurs terres. Une terre fécondée par la sueur et le sang de ces millions d’Africains déportés et mis en esclavage. « Les nations européennes se vautrent dans l’opulence la plus ostentatoire. Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves, elle s’est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l’Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l’oublier.  » Les Damnés de la terre (1961). Frantz Fanon.

Une société construite pour pérenniser, à jamais, la domination blanche. C’est le sens du décret de 1848 et de la loi de 1849 validé encore par le jugement du 8 septembre dernier. Une société construite sur la destruction des valeurs familiales, sur la destruction de notre modèle social centré sur la famille, l’entraide et la solidarité.  Une société construite sur la destruction de notre mode de vie, de nos coutumes, de notre manière d’être… Et tout cela au nom de l’assimilation, au nom de l’intégration pour mieux singer l’autre jusqu’à perdre notre âme. Une société érigée sur le démounaj de l’être et la déshumanisation. Une société érigée sur les discriminations, le racisme, l’apartheid, le mépris, l’exclusion, la misère et la pauvreté des guadeloupéens d’origine africaine et indienne.

Plus de la moitié des Guadeloupéens bénéficient de prestations sociales et près de 5.000 familles ont recours à l’aide alimentaire. Seule 33% de la population est considérée comme socialement favorisée. La Guadeloupe compte 21% de bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) (contre 6% en France), 61% de bénéficiaires d’allocations, 21% de bénéficiaires de la CMU (couverture maladie universelle) et 11.000 demandes de logement social en instance. Une société frappée par le chômage, l’illettrisme, l’analphabétisme, où des centaines de travailleurs se retrouvent au chômage du jour au lendemain. Comment comprendre la liquidation des hôtels qui reçoivent des millions d’euros d’exonérations et de subventions ? Une société construite sur la pwofitasyon dont les lois PENCHARD et LUREL protègent les escrocs. Pwofitasyon synonyme de violence par les prix; violence dans la gestion de l’eau; violence par l’inorganisation des transports; violence dans la maladie… Oui, la réalité est là.

NULLE SOCIETE NE PEUT CONNAITRE LA PAIX QUAND SES ENFANTS SONT DANS LA RUE.

Nulle société ne peut connaître la paix quand plus d’un tiers de sa population active est frappé par le chômage. Nulle société ne peut connaître la paix quand plus du quart de sa population est illettré.

Nulle société ne peut connaître la paix dans un système colonial qui est basé sur la domination politique, économique, sociale et culturelle des peuples colonisés considérés comme inférieurs. NON, la colonisation n’est pas le partage des cultures mais la négation de l’être et l’affirmation d’une théorie raciste qui voudrait qu’il y ait des civilisations supérieures et d’autres inférieures (Jules Ferry). Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. Les Damnés de la terre(1961) Frantz Fanon.

La recrudescence des propos racistes des ministres et autres élus de la république française à l’encontre des «non blancs» témoignent de ce mépris colonial. NON, nos ancêtres ne sont pas gaulois et nous ne sommes pas français et ne l’avons jamais été. Car si nous avions été français, Napoléon n’aurait pas rétabli l’esclavage en Guadeloupe en 1802. Car les Guadeloupéens étaient devenus français depuis le 4 février 1794, date de la première abolition de l’esclavage. Schœlcher, au nom de la République Française, au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité n’aurait pas indemnisé les esclavagistes mais plutôt les esclaves. L’armée française n’aurait pas massacré des centaines de nos frères et sœurs en 1910, 1925, 1935, 1952, 1967… L’Etat français aurait appliqué le protocole LKP du 4 Mars 2009 qui prévoit la mise en œuvre d’un plan d’urgence pour la formation et l’emploi des jeunes de Guadeloupe pour les15 à 20 années à venir. Bien au contraire, Ils ont préféré IGNORER cet engagement pris en 2009 !

Piétinant le combat mené par le peuple de Guadeloupe; avec la complicité de leurs valets locaux, nos chers élus guadeloupéens, YO KAKA SI JÉNÈS GWADLOUP.

Ils préfèrent organiser vivandri en tout genre, laissant se développer l’implacable schéma : ECHEC SCOLAIRE->EXCLUSION DU SAVOIR->EXCLUSION DU TRAVAIL ->EXCLUSION SOCIALE->DEVIANCES ET VIOLENCES.

NON, ce n’est pas une fatalité. Nou fanmi, manman, papa nou pé pa aksepté sa…Nou dwètèt goumé pou pitit an nou grandi byen pou yo pa pri adan pon zatrap yo simé, goumé pou jénès gwadloup pran fòs pou divini dénonmé fanm doubout !

KI JAN NOU VLÉ TI MOUN AN NOU DWÈT SI NOU MENM KOCHI.

Il nous faut nous questionner, nous interroger, nous rebeller; et sans cesse faire preuve d’esprit critique sur tous les sujets car tout est fait pour nous faire avaler l’imbuvable. A bien réfléchir, n’est-il pas curieux que des médias et même des municipalités fassent de la propagande en faveur de la course Mac DO sur fond de la lutte contre la drépanocytose (noble cause); et cela dans un pays où l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires, l’obésité, conséquence de la malbouffe symbolisé par Mac DO, constituent la première cause de mortalité chez nous. Un de ces jours, c’est un Producteur de film porno ou un fabricant d’armes qui organisera un camp pour des jeunes enfants. La république française a indemnisé les esclavagistes et a jeté les esclaves dans la misère et la pauvreté. Où sont-elles, ces fameuses valeurs républicaines que nos élus et les représentants de l’Etat français tentent de nous faire avaler chaque jour ? Comment peut-on accepter la propagande raciste de la Générale des Eaux laissant

Entendre que les mauvais payeurs sont des guadeloupéens d’origine africaine et indienne, alors que les impayés concernent les collectivités, la gendarmerie, les hôtels notamment, dans un pays où les multinationales et les élus ont pillé la poche des usagers ? Wè, je paie mon eau mais l’eau n’arrive pas car les tuyaux sont pourris.

OLA LAJAN-LA PASÉ?

NOU PA NI MALÉDISYON. TIMOUN AN NOU PA FOU. TI MOUN AN NOU PA PÒK.

La réalité est là et bien là. 60% des jeunes de moins de 25ans sont sans travail. Chaque année, ce sont 1200 à 1500enfants qui sortent du système scolaire sans formation ni qualification. Un taux d’échec qui atteint 75% en première année à l’université. Un terrain pour l’oisiveté, mère de tous les vices, antichambre de la délinquance. Dès lors, le système scolaire prend l’allure d’une machine à fabriquer l’échec. Alors, posons-nous les bonnes questions ? Nos enfants sont-ils idiots ? Nos enfants sont-ils plus violents que les autres ? Naissent-ils méchants ? La réponse est NON, NON et NON. Et comme par hasard, nous vivons des situations similaires aussi bien en Martinique, qu’en Guyane, à la Réunion, en Nouvelle Calédonie ou à Mayotte. Enfin, dans les colonies. Pour valider l’échec naturel de nos enfants dans leur école, la première réponse des institutions : c’est le SMA, premier opérateur en matière de formation professionnelle pour «sauver» quelques-uns d’entre eux, les faisant chanter chaque matin : «Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons! Marchons, marchons! Qu’un sang impur… Abreuve nos sillons !».

Ainsi, il ne s’agit nullement de rechercher les causes de l’échec du système scolaire et éducatif en Guadeloupe mais de pérenniser un principe qui veut que nos enfants sont plus idiots que les autres. Une théorie raciste à l’image des colons qui justifiaient l’esclavage en disant que les noirs étaient naturellement oisifs et qu’ils ne pouvaient travailler que par la contrainte. La formation professionnelle est confiée à l’armée. Et dire que l’on pensait que c’était ainsi, uniquement dans les dictatures militaires. C’est aussi l’école de la deuxième chance sans n’avoir jamais eu de première chance. C’est aussi le départ de centaines de nos jeunes diplômés par le biais de LADOM, nouveau BUMIDOM, vers la France, l’Europe, le Canada et les USA. La grande majorité ne travaillera jamais en Guadeloupe, surtout dans un pays gangréné par les discriminations liées à la couleur de peau.

NOU PÈD YO.

C’est aussi, et vous l’aurez tous remarqué, cette campagne de recrutement de l’armée française pour séduire nos enfants, armes à la main, et les envoyer donner et trouver la mort dans des guerres organisées par la France, la Russie, les USA, la Grande Bretagne, l’Allemagne, le Canada notamment, dans d’autres pays, dans le but de voler, de piller les ressources naturelles et disloquer les nations et les peuples.

OUI, la Guadeloupe est un terrain de recrutement pour l’armée coloniale française non pas pour défendre les libertés et la démocratie mais pour continuer à soumettre des peuples aux quatre coins du globe pour mieux piller leurs matières premières. Quel meilleur terrain de recrutement qu’un pays dont la jeunesse est désœuvrée, terrassé par un chômage de masse ?

SA YO BIZWEN sé solda pou ay fè la gè. Pas besoin de réussite scolaire ou universitaire.

Pour tuer et se faire tuer. Il est vrai que ce ne sont ni les fils de ministre, ni de parlementaires… SA YO BIZWEN sé on jénès a lagonni ki pa ni pon vizyon et surtout qui ne revendique pas une vie meilleure dans une autre Guadeloupe plus juste et plus équitable. SA YO BIZWEN sé on koloni a kouyon, méchan é malfétè pou YO FÈ SA YOV LÉ.

WI, YO VÉ FÈ ON KOLONIA KOUYON !

« La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites ; c’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambée, que je suis poursuivi par une meute de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n’arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin. Cette agressivité sédimentée dans ses muscles, le colonisé va d’abord la manifester contre les siens. C’est la période où les nègres se bouffent entre eux et où les policiers, les juges d’instruction ne savent plus où donner de la tête devant l’étonnante criminalité nord-africaine. « Les Damnés de la terre (1961).Frantz Fanon.

Ni la France, ni la bourgeoisie guadeloupéenne n’ont intérêt à aider nos enfants à se développer vers l’excellence. Plus de chômage, plus de maladies, plus de virus, plus d’handicap, plus de délinquance, plus de drogue, plus d’échec scolaire pour mieux nous dominer et maintenir la Guadeloupe et le sGuadeloupéens dans la soumission, la médiocrité et le mensonge.

WI – YO MONTÉ KONPLO POU TCHOUYÉ NOU ! NOU PÉPA RÉTÉ KONSA

La domination coloniale ne peut conduire qu’à la destruction du colonisé… Il s’agit bien d’un plan savamment orchestré pour nous faire disparaître et ainsi annihiler toutes velléités de contestation voire d’émancipation de la jeunesse guadeloupéenne. Aujourd’hui, notre pays se caractérise, notamment comme les autres colonies de la France, par :Un fort taux d’échec scolaire;

– Une pauvreté accrue avec une augmentation de 84% de l’aide alimentaireentre2009et2012;Lasortieprématuréed’ungrandnombrede jeunes du système scolaire sans qualification, sans formation; Le faible niveau de formation des chômeurs de Guadeloupe; L’exode massif des jeunes étudiants et diplômés; Un fort taux de chômage des jeunes; Une baisse de la natalité et un vieillissement de la population; La fermeture de classes et la suppression de postes dans l’éducation; La construction de places de prison; Une farouche répression contre les militants syndicaux et les travailleurs notamment à travers les lois, Macron, Rebsamen, Elkhomri; Un modèle économique et social qui résulte de la pérennisation du modèle de l’économie de plantation et qui s’appuie sur des rentes de situation de monopole, des abus de positions dominantes générant des injustices qui sont autant d’obstacles au  développement économique endogène et à l’épanouissement social. Tous ces ingrédients, terreau des déviances en tout genre, sont symptomatiques de la société coloniale, une société dominée où les indigènes sont considérés comme des sous hommes. Tous ces ingrédients, réunis, pour faire de ce pays et de ce peuple on koloni a kouyon ki ké disparèt piti a piti. Plus que jamais, il nous faut lutter pour notre liberté, lutter pour l’émancipation sociale et nationale de la Guadeloupe, des Travailleurs et du Peuple de Guadeloupe. Lutter contre cette république colonialiste, esclavagiste et  donc raciste…

Ces derniers jours, à l’approche des élections, Victorin LUREL et ses amis nous abreuvent d’égalité réelle. Un nouveau concept qui confirme, pour ceux qui en doutaient encore, que nous Guadeloupéens, n’avons jamais été considérés comme français. Travailleurs, Peuple de Guadeloupe, notre avenir réside dans la décolonisation de la Guadeloupe…

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