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Edith Richemond, le sens de la communauté

Cette nécrologie fait partie d’une série sur les personnes décédées de la pandémie de coronavirus dans le New York Times.

Le surnom d’Edith Richemond dans son quartier de Brooklyn était « Big ». Pas de la façon moqueuse dont on affuble les personnes corpulentes, mais à cause de son cœur disproportionné battant dans ce corps minuscule.

Mais son surnom ne faisait pas seulement allusion à son esprit généreux. Dans son enclave d’immigrants haïtiens très soudée à East Flatbush, elle était connue pour sa volonté de réussir, étant arrivée à New York désargentée et sans d’éducation. Et c’est ce qu’elle a fait, finissant par investir dans l’immobilier et posséder deux laveries automatiques.

Pour sa nièce Athalie LaPamuk, sa tante était « grande » parce qu’elle avait aussi « une grosse affaire » dans son quartier.

Mme Richemond est décédée des complications du nouveau coronavirus le 25 avril dans une maison de soins de Brooklyn, à 88 ans.

« C’est une ironie cruelle du destin de ne pas lui avoir donné un enterrement approprié », a déclaré Mme LaPamuk, « parce que je ne pense pas qu’il y ait un salon funéraire à Brooklyn assez grand pour accueillir la foule de gens qui y aurait assisté. « 

Mme Richemond a suivi les traces d’innombrables immigrants attirés à New York par la perspective d’une vie meilleure pour elle et ses enfants.

« Ce qu’il y a d’impressionnant, c’est qu’avec son éducation primaire, elle a pu déménager à New York, acheter des immeubles, louer des appartements et créer ses laveries, à partir de la seule compétence qu’elle ait apprise en Haïti – laver des vêtements – et en vivre. »

Mme Richemond, née Marie Edith Duverger le 6 février 1932, à Dessalines, ainée de dix frères et sœurs, a quitté l’école après la huitième année pour s’occuper de ses jeunes frères et sœurs.

Elle a émigré à New York dans les années 60, alors qu’elle avait la trentaine, a épousé Jacques Richemond en 1969, conducteur de bus scolaire décédé en 2015. Outre sa nièce, la pleurent son fils Jude, son frère, Arnoux et une sœur Adeline.

Après son arrivée à New York, Mme Richemond a travaillé dans une usine textile puis a économisé suffisamment pour commencer à investir dans l’immobilier, achetant un immeuble sur Rutland Road. Elle a ouvert au rez-de-chaussée une laverie, avait une cuisine dans laquelle elle préparait chaque jour des repas haïtiens qu’elle offrait gratuitement à ses voisins. Elle faisait la lessive pour les mères célibataires et d’autres personnes dans le quartier sans les facturer.

La laverie est devenue au fil du temps un centre communautaire, où les expatriés haïtiens se réunissaient pour débattre de politique, jouer aux cartes ou aux dominos. Après un accident vasculaire cérébral en 2013, Mme Richemond a vendu ses propriétés.

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