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Des irlandais de race noire ?

Le terme de Black Irish est utilisé pour les personnes brunes d’origine irlandaise, une fausse croyance populaire suggèrant que les Irlandais sont descendants de populations noires de la péninsule ibérique et des Berbères.  Aux Etats-Unis, dans les premières années de l’immigration, Irlandais et noirs libres vivent côte à côte, en compétition pour les mêmes emplois. Dans le recensement de 1850, le terme mulâtre apparaît pour la première fois en raison principalement des mariages mixtes entre afro-américains et irlandais surnommés «Nègres retournés à l’envers ». Une phrase célèbre de l’époque de la part d’un noir : « Mon maître est un grand tyran, il me traite comme un Irlandais ordinaire », oubliée volontairement depuis.

 

L’afro-américaine Nell Irvin Painter dans « Histoire des Blancs », dont la traduction française est parue aux éditions Max Milo, explore les constructions mentales qui depuis l’Antiquité, ont forgé la notion de race blanche.

Elle retrace tout un pan « oublié », de l’histoire mondiale, celui de l’esclavage des Blancs, qui a duré plus de deux mille ans, et qui ne s’est terminé qu’avec la modernisation ottomane au début du XXème siècle.

Tout d’abord, l’auteur rappelle que les Vikings ont été des marchands d’esclaves de premier ordre, et ont déplacé massivement des peuples, à tel point que ces trafics ont changé la face de l’Europe.

C’est un des paradoxes de l’histoire : le modèle blanc s’est imposé comme canon esthétique. Or cette beauté-là nous vient de celle des femmes esclaves sexuelles d’Eurasie.

Au XIème siècle, Dublin est le plus grand marché aux esclaves d’Europe, et un dixième de la population britannique est esclave. 

Au milieu du XIX ème siècle, on ne croit pas en une race blanche, mais en plusieurs races blanches qu’on hiérarchise. 

Les Teutons, les Saxons, les Nordiques, les Juifs, tous ces peuples sont de race blanche, mais de grade racial différent.

Puis à  partir des années 1910-1920, on se définit selon trois races : les caucasoïdes, les mongoloïdes et les négroïdes.

Mais dans ce classement  les Irlandais, par exemple, parce que considérés comme celtes et catholiques, sont persécutés et occupent les emplois précaires. Les Etats-Unis sont traversés par un anti-catholicisme sanglant. Considérés comme des « dégénérés », et comparés aux noirs, les Irlandais pratiquent la discrimination raciale pour s’élever au-dessus de ces derniers.

Jusque dans les années 1970, les Américains ont continué à stériliser 65 000 Blancs considérés comme «  dégénérés », en Californie et dans les Etats du Sud.

La question raciale est indissociable de la question sociale, confirme Pap Ndiaye. Les immigrés italiens aux Etats-Unis ont été animalisés et victimes d’un racisme incroyable. Ils ne se sont blanchis qu’au fil de leur ascension sociale. Quand on est tout en bas de l’échelle sociale, on n’est jamais totalement blanc. 

Dans une interview du Point du 8/02/2019 de Nell Irvin Painter , à la question suivante, dans votre livre, vous expliquez que les peaux foncées sont en cours d’intégration, et vous demandez : «  Est-ce la fin de la race en Amérique » ?, la chercheuse, livre cette réponse.

« Je réponds que non. Il y a un besoin social d’expliquer la pauvreté. Les pauvres sont souvent de peaux foncées, et expliquer la pauvreté par la race, ça marche » . 

Si le racisme perdure, c’est qu’il y a un but psychologique, social et politique.

Mais le cas irlandais est très instructif. Dans Stéréotypes et Identités : Irlande et les Irlandais dans le music-hall britannique 1900-1920 de John Mullen, nous apprenons que le racisme anti-irlandais de l’élite avait une structure colonialiste classique. Il remontait à Cromwell, qui mena une colonisation brutale, justifiée par l’incapacité supposée des Irlandais à rentabiliser leurs terres

De 1641 à 1652, plus de 500 000 irlandais furent tués par les anglais. La population irlandaise passa de 1 500 000 à 600 000 en dix ans. Le grand romancier victorien et pasteur anglican Charles Kingsley, auteur de The Water Babies, traitait les Irlandais de « chimpanzés blancs ».

Punch, la revue satirique de l’élite, publie en 1848 le poème suivant :

« Paddy*, tu fais deux mètres

Mais es-tu plus grand mentalement

Que le plus pauvre des nègres ?

Je te compare à Sambo

Sous l’emprise de la superstition

Prostré comme un crétin soumis

Devant les fétiches. »

L’histoire de la Grande-Bretagne  montre que le racisme peut donc être basé sur d’autres éléments que la couleur de la peau.

Des publications de l’époque allèrent jusqu’à affirmer que la race irlandaise, originaire de l’Afrique, était naturellement inférieure.

Un article de RFI du 5/03/2019 est  ahurissant. Il indique qu’en Ecosse, c’est dans les stades de football que le racisme anti-irlandais qui perdure est le plus visible. Il rappelle que les Irlandais arrivés en masse en Ecosse au XIX ème siècle, ont alors été classés comme une race différente et inférieure aux Ecossais et aux anglais. 

L’Ecosse peine à mettre un mot sur ce phénomène. Des joueurs recevant des projectiles, des chants à caractère raciste, des injures faisant référence à l’origine irlandaise des sportifs ou à leur prétendue supposée religion catholique.

Et pourtant nous avons vu que les immigrés irlandais aux Etats-Unis, malgré leur passé fait d’ostracisme et de ségrégation,  ont fait preuve eux-mêmes d’un racisme effroyable à l’égard des noirs américains.

John Mitchel (1815-1875) archétype du rebelle irlandais, au XIX ème siècle, a pris ouvertement position en faveur de l’esclavage, et proclame que « les Américains soient fiers et friands de participer à cette institution nationale ». 

Et les vrais noirs d’Irlande ? The Guardian a réalisé un documentaire très troublant sur les mauvais traitements subis par les enfants noirs nés et élevés en République d’Irlande dans les années 50/60. Fils et filles de pères africains ou caribéens, leurs mères irlandaises blanches, honteuses de ces enfants métis les abandonnaient souvent dans des institutions catholiques irlandaises. Les religieuses les traitaient de nègres et sauvages, leurs camarades de classe leur répétant qu’ils étaient moins qu’humains conduisant beaucoup d’entre eux à l’âge adulte, à souffrir de dépression. Une victime confiait au narrateur du documentaire qu’elle croyait que son prénom était «nègre» ayant été si souvent appelée ainsi.

* Abréviation de Patrick, « Paddy » représente l’Irlandais moyen

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Théo LESCRUTATEUR

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