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Des Black Bitches aux Bad Black Mothers

Le jeune antillais appelle dorénavant sa petite amie « ma chienne» (chyenn en mwen)*.

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Le rêve absolu du rappeur : la WAG

La putain dominatrice – en anglais Female Hustler – de Missy Elliott qui assurait dans «  Get your freak » (Lâche ton côté sauvage) qu’elle pouvait tenir vingt rounds avec des négros ( Niggahs), à Lil Kim et Nicky Minaj, qui se disputent le titre de « Queen Bitch », qu’elle agisse pour le plaisir, la drogue, la revanche ou l’argent, est une version moderne de la Jézabel biblique, reformatée par les canaux médiatiques contemporains. Elle hante nos salons, et nos écrans. J’ai même vu l’ex-première dame des Etats-Unis, Mme Obama, rapper Get ur freak on avec un talent certain, d’ailleurs, dans l’émission karaoke du célèbre animateur James Corden. Il y a aussi toutes ces figurantes dans les clips vidéos actuels qui ne sont plus peuplés que de hordes de filles noires dénudées et se trémoussant, réduites au rôle d’accessoires sexuels.

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Lil Kim objet de toutes les convoitises aujourd’hui défigurée

Ce traitement des corps livrés en pâture à des foules extatiques et voyeuses, même si nos black Bitches affirment pour les plus célèbres, en maîtriser les codes, n’est-il pas dans la lignée des exhibitions d’esclaves nues lors des ventes aux enchères ?

La mise en forme et en images par les médias de sexe pratiqué par des femmes noires au-delà des limites de la normalité s’avère être une représentation de genre «  racialisée ». Ne s’agit-il pas pour ces femmes de faire de leur corps un objet de commerce, afin d’être acceptées au sein d’un univers contrôlé par les hommes , et fait navrant également noirs, nous dit la sociologue Patricia Hill Collins ? Ce mélange d’attirance et de répulsion fantasmées, cette nouvelle mythologie de déesses du sexe tournées exclusivement sur leur propre satisfaction sexuelle ou la libération frénétique des instincts mâles, marquent aussi une délimitation nette avec les normes  dominantes des WASP (White anglo-saxon protestant).

@Jason LaVeris

La Trinidadienne Nicky Minaj fait monter la température par ses tenues sexy et ses poses provocatrices @Jason LaVeris

L’excitation générée par ces courants musicaux mêlant féminité noire, sexualité et violence, et renforcée par des médias en quête d’un besoin toujours plus vorace d’images sexuées, ne peut pourtant pas  faire oublier que ces jeunes femmes sont fécondes et deviennent des mères. Dans une réminiscence de l’association des Africains et des animaux, le terme de Bitch renvoie aussi à celui de chienne, et n’est pas anodin. « Il convoque tout un réseau sémantique qui relie la sexualité débridée à une fécondité non maîtrisée. Les chiennes ou bitches s’accouplent et produisent des portées de petits chiots ».

La Black Bitch sera alors montrée du doigt et sera très vite accusée par les mêmes qui claironnaient qu’elle ne fait que transformer la grandeur et la décadence du ghetto en lingots d’or,  de transmettre ses valeurs dépravées à ses enfants. Ces derniers seront suspectés d’avoir de grandes chances de devenir plus tard des criminels et d’engrosser à leur tour des adolescentes, qui mettront au monde des bébés testés positifs aux drogues. Ces pauvres ex-Superwomen du sexe pourront-elles se plaindre de mauvais logements, d’écoles délabrées, de maris violents et de harcèlement ?  

Car leur supposée sexualité débridée confortée par les images de quartiers sauvages, hors de contrôle, avec leurs repaires de criminels, leurs artistes rap et gangstas autoproclamés favorisent également le silence des citoyens sur le traitement médiatique des femmes noires, et les discriminations sociales associées.

( Nous avons tenté de faire la synthèse la plus simple possible de «  Images of Black Women Contemporary America » de Patricia Hill Collins, une des plus grandes sociologues noire américaine, professeur émérite à l’université du Maryland. Nous conseillons aussi son essai traduit en français «  Quelles politiques pour les femmes noires ? ». Dans ce dernier, Mme Collins indique que la sexualité peut se penser comme un système d’oppression parallèle aux autres systèmes de race, de classe, de nation et de genre)   

* C’est le triste constat d’un pasteur évangéliste sur Radio caraïbes international dans son émission hebdomadaire dominicale.

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Théo LESCRUTATEUR

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