Société

DE CHARLOTTESVILLE à BORDEAUX : Faut-il débaptiser les rues de négriers ?

Les événements de Charlottesville font écho au travail social et politique mené dans les anciens ports négriers français.

Les événements de Charlottesville ont rappelé dans l’actualité la mémoire douloureuse de la traite et de l’esclavage des noirs menés par les occidentaux pendant quatre siècles.

Déclaré crime contre l’humanité, par les Nations-Unies, par la France (2001) et par le Sénégal (2010), « l’infâme commerce » a enrichi les ports négriers européens tout autant que des villes américaines qui en portent la triste et révoltante marque.

La violente polémique déclenchée outre-Atlantique par des mouvements d’extrême-droite déterminés à préserver la mémoire de personnalités connues pour leur passé esclavagiste fait écho au travail social et politique que Mémoires & Partages effectue depuis plusieurs années sur la signalétique urbaine dans les ports négriers français.

Lancée depuis Bordeaux, 1er port colonial français, notre campagne pour débaptiser les rues de négriers a provoqué un vif débat et interpellé les autorités politiques sur cet héritage encombrant qui non seulement viole la loi française mais surtout offense les victimes, les résistants et les descendants d’un crime contre l’humanité dont les stigmates restent toujours aussi prégnants.

Honorés au fronton de plusieurs villes, comme autant de fiertés et de mérites, ces personnages, criminels contre l’humanité au regard du droit et de la mémoire, trônent à Nantes (rue Grou, rue Leroy, rue Berthelot, Av Bourgaud-Ducoudray, Av Guillon, rue Fosse, rue Terrien, Av Millet), à Bordeaux (rue Baour, Cours Balguerie, Cours Portal, rue Saige, rue David Gradis, rue Gramont, Pl Lainé, rue de la Béchade, rue De Bethman, rue Desse, Place Mareilhac, Cours Journu-Auber, Place Ravezies, rue Daniel Guestier, Place John Lewis Brown, rue De Kater, Place Johnston, rue Fonfréde)à La Rochelle (Avenue Belin, Square Rasteau, rue Fleuriau, rue Admirault, rue Giraudeauet Le Havre (rue Masurier, rue Begouen, rue Boulongne, rue Eyrier, rue Massieu).

La persistance de ces honneurs, malgré l’évolution des consciences et du droit, installe, dans l’esprit de beaucoup de citoyens, une impression de banalisation d’une histoire qui est non seulement aux origines de la mondialisation mais aussi nourrit les mouvements d’extrême-droite.

Contrairement à la gestion politique de la signalétique urbaine héritée de la seconde guerre mondiale et relative à la collaboration et à la Shoah, Mémoires & Partages œuvre pour l’apposition de panneaux explicatifs sur les lieux concernés.

Car, selon Karfa Diallo, directeur de Mémoires & Partages, « si on débaptise, on efface la mémoire… Il faut que ces noms restent pour que nul n’oublie les crimes commis. L’apposition de panneaux explicatifs fera oeuvre de pédagogie et de justice…Il ne s’agit cependant pas de jeter l’opprobre sur des villes ou des familles, car la culpabilité n’est heureusement pas héréditaire (tout comme les honneurs ne devraient pas l’être non plus), mais plutôt d’engager un travail de mémoire apaisé, loin de toute repentance, en vue de redonner plus d’intégrité à la signalétique urbaine et de laisser des symboles plus exemplaires aux générations futures »

L’association Mémoires & Partages a décidé d’envoyer un courrier aux maires des quatre villes concernées afin de leur rappeler l’enjeu de citoyenneté, de justice et d’égalité que pose cette douloureuse question.

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